vendredi 4 février 2011 14:53
Stop motion, Lady Gaga, caméra caché : revue de talents
par Marie Lechner
tag : court-métrage
The Raftman’s Razor - DR
Keith Bearden fait partie de cette poignée de réalisateurs qui a réussi le grand saut du court au long. En 2005, The Raftman’s Razor est récompensé au Labo, mélange surprenant entre comics et prise de vue réelles, qui raconte l’histoire de deux ados nerds qui fantasment sur un «super-héros» de BD, échoué sur un radeau avec un rasoir. Une intrigue pas si éloignée de celle de sa fiction Meet Monica Velour (sortie en 2010 aux États Unis), épopée d’un geek fétichiste énamouré d’une star du porno à la retraite (Kim Cattrall, la vamp de Sex and the City). Plus classique dans sa facture, il reste fidèle à l’univers de l’auteur et à son goût pour la junk culture. «Gagner le prix de la presse à Clermont m’a permis d’aller dans d’autres festivals, d’avoir de l’attention et des critiques», dit Bearden, jury du Labo cette année. Le succès de The Raftman… lui a permis de rencontrer des producteurs. «Meet Monica Velour est un projet de film "commercial" qui se veut populaire, et qui, j’espère, me donnera la possibilité de faire des films plus expérimentaux. Les gens l’ont aimé, surtout à Hollywood. Ils pensent aussi qu’il est assez étrange et me considère comme un nouveau "storyteller". La vie et le cinéma sont si souvent ennuyeux, être qualifié de bizarre est plutôt bon signe», estime le réalisateur. Diplômé des Beaux-Arts de Gand, l’artiste emblématique du Labo — qui lui dédie un programme entier — a un pied dans la sphère du cinéma et l’autre dans les arts visuels. «Je veux que mes films fonctionnent aussi bien dans les salles qu’accrochés au mur d’un musée comme une peinture.» Et sa palette est vaste, de la pure recherche formelle avec ses films à effets miroirs (Papillon d’amour qui revisite le Rashomon de Kurosawa), au remix de films hollywoodiens (Gravity et ses étreintes stroboscopiques), en passant par les fictions (Exoticore). «J’utilise les éléments, la grammaire du cinéma pour en faire des sculptures audiovisuelles», explique l’artiste qui présente deux films en compétition au Labo, dont Stardust, second volet d’une trilogie débutée avec Plot Point (prix spécial du jury) qui navigue entre réalité et fiction. L’action se déroule à Las Vegas, «avec 90 % de caméra cachée et 10 % de mise en scène», mêlant stars (Jack Nicholson, Dennis Hopper…) et des gens transformés en personnages. Provost joue avec les codes du thriller pour reconstruire avec ces images volées un film de fiction. Il travaille actuellement sur le long The Invader, thriller avec pour anti-héros un immigré clandestin. «Un film grand public qui parle de notre peur de l’envahisseur, où j’essaie d’incruster mes idées de plasticien.» Malgré une vingtaine de films et 60 prix, le Belge qui était à la recherche d’une coproduction en France, constate que cela n’a eu aucun effet. «L’industrie ne prend plus de risque.» Avec Please Say Something, ours d’or en 2009, qui atomise le cartoon traditionnel du chat et de la souris, David O’Reilly fait souffler un vent frais dans la 3D, à contre-courant de l’hyperréalisme. Le réalisateur irlandais, désenfle l’animation en volume pour la réduire à son expression la plus brute, polygones géométriques, animation basique, pixels criards et interfaces apparentes. Cette économie délibérée de moyens donne un style brut à ses films qui ne cherchent jamais à masquer le côté artificiel et irréel de l’imagerie numérique tout en réussissant à communiquer des émotions très authentiques. Un parti pris affirmé dès 2008 dans la série Octocat, le chat pieuvre, devenu un hit viral sur le Net où O’Reilly se fait passer pour un gamin de 9 ans. The External World, son nouveau court buggé en compétition au Labo et déjà multiprimé, est plus siphonné dans sa narration, teinté d’un humour noir trash qui confronte le spectateur à ses propres angoisses (déréalisation, solitude…). Courtisé, O’Reilly a aussi signé un clip pour U2, des visuels pour la chanteuse MIA, friande de cette esthétique low-res, et réalisé une série de portraits de son égérie Lady Gaga. «J’aime Lady Gaga pour la même raison que j’aime la 3D, ça finit par devenir plus vrai en étant plus faux.» Grand Prix du Labo 2009, avec Muto, Blu renouvelle le genre avec ce court métrage filmé en image par image à partir de dessins réalisés à même les murs de la ville, où prennent vie ses monstres gloutons mutants. Unmix décapant de graffiti et d’animation qu’il sophistique encore dans son nouveau film en compétition Big Bang Big Boom, une époustouflante fresque animée qui réécrit sur les murs l’histoire de l’humanité (et sa chute) depuis le big-bang. À nouveau, Blu impressionne par son inventivité, sa manière d’investir l’espace et de déployer ses dessins dans toutes ses dimensions, d’intégrer le mobilier urbain, la moindre fissure ou bout de tuyauterie. On retrouve son talent pour la métamorphose farfelue digne du pionnier de l’animation Emile Cohl, ainsi qu’une technique de dessin animé qui évoque celle du Sud-Africain William Kentridge, consistant à effacer certaines parties pour les redessiner, tout en gardant visibles leurs traces. S’y mêlent en outre des séquences d’objets animés particulièrement inspirées, sac plastique volant transformé en méduse ou ballon crevé en tortue de mer. «Pff… Celui-ci a demandé un travail très long», est la phrase laconique qui accompagne la vidéo sur son blog. Insaisissable, l’artiste italien refuse les interviews et ne vient pas aux festivals. «Pour Muto, ça a été un vrai casse-tête pour obtenir une copie 35 millimètres, commente Calmin Borel, sélectionneur du Labo. Le cinéma ne l’intéresse pas. Il fait ses peintures murales monumentales, les filme, et poste les vidéos sur le Net, qui deviennent très vite virales.» Paru dans Libération du 02/02/2011Keith Bearden en route pour Hollywood
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Blu le fantomas arty d’internet
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