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vendredi 17 août 2012 16:15

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Spotify, je suis ton pair !

par Sophian Fanen

tags : justice , streaming , Spotify

Extrait d’un brevet de Nonend daté de février 2007.

On est désormais plus qu’habitué aux procès portant sur des brevets dans le domaine de la high-tech, où Apple, Samsung, Microsoft et compagnie s’écharpent joyeusement. Même chose en ligne, avec des batailles mêlant Yahoo ou Facebook. Dans le monde du streaming musical, par contre, les actions notables sont restées rares, et on se souvient surtout de l’affaire PacketVideo contre Spotify — déjà — en juillet 2011.

L’action intentée mi-août contre Spotify par une entreprise néerlandaise inconnue jusqu’ici, Nonend Inventions, est donc doublement intéressante. Comme l’explique Techcrunch, celle-ci attaque Spotify pour « violation de cinq brevets distincts » datant pour certains de « février 2001 ». Le développement de Spotify, cofondé par un dirigeant de µTorrent, avait quant à lui débuté vers 2006.

 

2012-08-15 Nonend v Spotify - Complaint

 

Le dossier (résumé ici) a été déposé le 15 août devant la cour de district du Delaware et vise les multiples structures de Spotify : Spotify USA Inc. (dans le Delaware, donc), Spotify Limited (Londres), Spotify AB (Stockholm) et Spotify SARL (Luxembourg). Sur la nébuleuse d’entreprises qui constituent aujourd’hui le service de streaming lancé depuis la Suède, on peut lire cette enquête publiée chez ZDNet.

Nonend se présente dans son dossier comme un « pionnier » en matière de « streaming de contenu multimédia depuis un réseau peer-to-peer organisé », propriétaire de brevets qui seraient aujourd’hui utilisés sans licence pour faire tourner Spotify. Ces derniers concernent la réception de contenu « à partir de sources multiples » et « de pair à pair » ; la lecture et diffusion simultanée de contenu « par segments », le streaming de contenu « entre lecteurs » capables de « se repérer mutuellement » ; ou encore la « diffusion de contenu depuis une ou plusieurs sources ou lecteurs médias ».

Toujours selon Nonend, Spotify a réussi à imposer son service grâce à cette technologie très efficace basée sur le peer-to-peer. « Les utilisateurs reçoivent du contenu en streaming non seulement des serveurs de Spotify, mais également d’autres utilisateurs, détaille la plainte. Ceci rend Spotify plus rapide, plus efficace et moins coûteux à faire fonctionner, et c’est la technologie qui est au cœur des brevets de Nonend. Spotify utilise cet argument clé pour se différencier de ses concurrents, qui ne proposent qu’un service basé sur un serveur. [...] Une étude interne de Spotify montre que seulement 8% du contenu qui est diffusé provient d’un serveur de [l’entreprise], tandis que 35,8% provient des utilisateurs [organisés en] peer-to-peer. »

 

Le fonctionnement du réseau Spotify shématisé dans un document en septembre 2011.

 

Tout cela ressemble effectivement beaucoup à la solution technique choisie par Spotify, qui — comme cela a déjà été largement détaillé — fonctionne sur la base d’un réseau peer-to-peer secondé par des serveurs. Chaque utilisateur y est en même temps consommateur de données et fournisseur de données (en l’occurrence du ogg vorbis à un taux de compression qui va de 96 à 320 kbps), qui sont stockées en cache et circulent entre machines de la façon la plus optimisée possible. Les données qui ne sont pas accessibles en cache ou en peer-to-peer proche sont rapatriées depuis des fermes de serveurs. D’autres services de streaming, comme Deezer ou Pandora, ont choisi une technologie plus basique : un portail en ligne va chercher ses données sur des serveurs et stocke ce qu’il peut en cache pour gagner du temps et éviter des circulations inutiles.

On peut toutefois se demander pourquoi Nonend, dont le site Internet semble dater de 1998 et ne met en avant aucun produit, n’a jusqu’ici rien fait de ses brevets. On se demande aussi pourquoi l’entreprise basée à Bilthoven, près d’Utrecht, n’a pas attaqué Spotify plus tôt, lorsque le service s’est déployé en Europe et notamment aux Pays-Bas en mai 2010. Nonend n’a pas encore donné suite à notre sollicitation, mais une première hypothèse serait que l’entreprise néerlandaise a attendu que Spotify grossisse pour tenter de lui revendre sa technologie — ou au minimum à lâcher un paquet d’argent lors d’une négociation. En janvier dernier, la plainte de PacketVideo avait ainsi été classée après la signature d’un accord resté secret avec Spotify.

Interrogé par Techcrunch, l’avocat de Nonend en charge de l’affaire se contente d’expliquer que l’entreprise n’a pas pour l’instant l’intention d’attaquer d’autres services utilisant une technologie p2p similaire, mais « serait disposée à licencier sa technologie ».

Spotify n’a pour sa part pas encore réagi, notamment sur les brevets déposés pour défendre sa technologie. Ceux-ci sont en partie disponibles via Google, et concernent notamment le transport d’éléments fragmentés par un réseau de peer-to-peer. Dans cette bataille, Microsoft possède aussi certains brevets portant sur le peer-to-peer.

 

Extrait d’un brevet de Spotify publié en janvier 2009.

 

En 2010, un document signé par deux jeunes chercheurs du Royal Institute of Technology de Suède, également employés par Spotify, détaillait les principales caractéristiques techniques du service de streaming et expliquait que Spotify utilise « un client et un protocole propriétaires ». Cette affirmation a depuis été répétée en septembre 2011 dans un document similaire.

Les mêmes documents confirment par ailleurs à peu de choses près les chiffres avancés par Nonend dans sa plainte : en 2010 (avant l’intégration à Facebook et l’arrivée de Spotify aux Etats-Unis), en moyenne, 9,62% des données streamées provenaient des data centers de Spotify (à Londres et Stockholm), 33,86 du réseau peer-to-peer qui connecte chaque utilisateur du service, et 56,53% du cache de chaque utilisateur (ce qui fait au final 100,01%...).

 

La répartition des charges entre serveurs, cache et peer-to-peer, selon Spotify. Document publié en septembre 2011.


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