samedi 5 juillet 2008 09:12
Le Web sous les bombes
L’art de rue prend une nouvelle dimension sur le Net.
par Astrid Girardeau
tags : exposition , blog , graphisme , graffiti
Hiperion, de Sam3 - DR
Internet et les réseaux dit virtuels comme promoteurs de l’art de rue ? La question se pose naturellement quand on réalise à quel point les graffitis, pochoirs, peintures et autres installations urbaines font partie du paysage quotidien de la toile. Une photographie du « dernier » Banksy ou d’un ours en sac plastique qui, arrimé à la grille d’aération d’une rue de New York, s’anime lors du passage du métro se retrouvent en quelques jours à faire le tour du web. « L’art de rue est le premier mouvement a avoir été propulsé par Internet » estiment Sara et Marc Schiller du site Wooster Collective, où ils publient des vidéos et photographies réalisées par leur soin ou envoyés par leurs lecteurs. L’histoire a commencé en 2001. « On vivait au cœur de Manhattan. Un jour, on est tombé sur une pièce qui nous a accroché. On a alors commencé à en chercher tous les jours de nouvelles pendant qu’on promenait notre chien Hudson racontent-ils. Une fois notre disque dur plein, on a tout téléchargé sur Internet. Les photos en ligne, tout a alors explosé. Les gens ont commencé à nous envoyer des mails avec des images d’autres pièces. » Gratuit, éphémère et souvent clandestin, cet art contemporain, aussi appelé post-graffiti (en référence au mouvement graffiti hip-hop des années 80), a trouvé dans Internet une manière de circuler. Grâce à des sites et blogs spécialisés comme Wooster Collective, Streetsy ou le portail européen ekosystem, mais aussi de projets (Santas’s Ghetto, The Graffiti Project, etc.), de magazines à télécharger (Salissures, Trash magazine, etc.), et d’artistes venus et actifs dans les quatre coins de la planète : l’espagnol Sam3, l’américain OBEY Giant, l’italien Blu, le français Mr Brainwash, l’anglais Banksy, le collectif canadien-américain-japonais Faile...
Le web est aussi un moyen d’enregistrer une trace de ces œuvres, qui fatalement finissent un jour effacées ou recouvertes. Ainsi, le projet Graffiti Archaeology permet de suivre l’évolution des strates de graffitis de certains murs de San Francisco, New York ou Los Angeles, de la fin des années 90 à nos jours. A partir de photographies prises par des différentes personnes à des années d’intervalle et envoyées au site, son créateur, Cassidy Curtis, rassemble les fragments et reconstruit un bout d’histoire de l’esthétique urbaine. « Ce projet est l’exemple d’un phénomène nouveau propre à l’ère de la photographie numérique et d’Internet » explique t-il sur son site. Aujourd’hui, les artistes ont pris l’habitude de filmer le processus de réalisation de leurs créations. Et de mettre les vidéos en ligne. Par exemple, l’année dernière, quatre artistes brésiliens, les jumeaux Os Gêmeos, Nina Pandolfo et Nunca ont été invités pendant un mois à repeindre, avant restauration, les murs du Kelburn Castle, un château écossais du treizième siècle. Jour après jour, des photos et vidéos montrant l’avancement du projet (intitulé The Graffiti Project), ont été mises en ligne et suivies par des milliers d’amateurs. Plus récemment, c’est un film montrant Alexandre Orion au travail qui circulait sur le net. On y voit l’artiste transformer, à l’aide d’un chiffon, les murs d’un tunnel noir de pollution de Sao Paulo en une frise de têtes de mort. Si l’œuvre, nommée Ossário, n’a pas sensibilisé la mairie, qui a choisi de l’effacer d’un coup de Kärcher, la vidéo a été vue plus de 700 000 fois sur YouTube.
Les exemples se multiplient, les internautes suivent. Et souvent pas les œuvres les plus faciles. Ainsi, le travail assez sombre de l’artiste bolognais Blu suscite, depuis peu, un vif intérêt. Sur son blog, il publie fréquemment des photos et animations autour des peintures murales qu’il réalise à travers le monde. Sa dernière réalisation, MUTO a été consulté plus de 4 millions de fois sur les différentes plate-formes de vidéos en ligne. Aujourd’hui, une monographie lui est consacrée, et il est l’un des invités (avec Faile, Os Gêmeos, Nunca, JR et Sixeart) de l’exposition Street art qui se déroule jusqu’à fin août au Tate Modern de Londres. Car si, en quelques années, Internet a modifié la façon dont les gens apprécient l’art en bas de chez eux, il a aussi changé le regard des médias et du monde de l’art, galeries comme institutions. « Il y a cinq ans, le New York Times parlait toujours de vandalisme dans ses articles sur l’art de rue, alors qu’il y a quelques semaines, ils ont écrit à propos l’art de rue dans la section Voyage comme une raison de venir à New York » s’amuse le Wooster Collective. Une évolution selon eux qui a été alimentée par Internet : « il y avait tellement de gens en ligne qui appréciaient, discutaient et bloguaient sur l’art de rue qu’à un moment il n’a plus été possible aux médias de l’ignorer. Ils ont été obligés de le valider parce que "le peuple" l’avait déjà validé en ligne. »
Sur le même sujet :
The Graffiti Project - DR
Banksy - DR
Ours aérien de Joshua Allen Harris - DR
- Le site du jour : Agency Of The Urban Subconscious
- Le site du jour : Blu
- Le site du jour : Os Gêmeos
- Le site du jour : Archéologie du Graffiti
- Sous les bombes du graffiti brésilien
- Fin de chantier pour The Graffiti Project
- Zoom : MUTO, sept minutes pour faire le mur
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