vendredi 6 mars 2009 11:35
« Street Fighter IV », retour aux taquets
Le nouvel épisode de la série initiée en 1987 dépoussière ce classique de la baston.
par Erwan Cario
DR
Street Fighter IV, Capcom, pour Xbox 360 et PS3, 70 euros.
Quart de cercle vers l’avant plus poing. Face à ces mots, l’humanité se sépare en deux camps distincts. Ceux qui lèvent un sourcil interrogateur, et ceux qui se mettent à hurler « Hadoken » ! Quart de cercle vers l’avant avec le joystick bien calé dans la main gauche et, dans la continuité du mouvement, l’index de la main droite qui appuie sur le bouton correspondant au coup de poing. Un geste devenu instinctif chez les gamers ayant usé leurs yeux sur les bornes d’arcade de Street Fighter 2 (SF2). Qui déclenche un Hadoken, une boule de feu, coup spécial de Ken et Ryu, deux des personnages principaux. SF2 fait partie de ces jeux fondateurs et presque immortels. Apparu en 1991, il a bénéficié récemment d’une nouvelle version, Turbo HD Remix, sortie en téléchargement sur les consoles actuelles. Il a même survécu à la sortie d’un troisième opus apparu en 1997. Il survivra sans doute aussi au quatrième, qui vient tout juste de débarquer, même si ce dernier devrait aussi s’imposer dans la durée. Street Fighter IV transpose, plus qu’il ne modernise, les mécaniques de jeu issues du deuxième épisode dans notre époque faite de haute définition et de 3D rutilante. On retrouve donc la galerie des personnages incontournables de la série. Ryu et Ken, bien sûr, mais aussi Guile, le militaire, Blanka, le monstre vert, Zanguief, le lutteur soviétique, Dhalsim, le bonze yogi, ou encore celle qui est devenue une des icônes féminines du jeu vidéo, Chun-Li et ses célèbres coups de pied éclairs. Et, même si le décor et les personnages sont en 3D, on retrouve les combats en deux dimensions (sur un seul plan), anachronisme des plus chics. Ou snobisme rétro, c’est selon. Car si, historiquement, Street Fighter a toujours été le référentiel incontestable des jeux de baston 2D, il se trouve aujourd’hui dans la cour des grandes séries « modernes » comme Soul Calibur, Tekken ou Dead or Alive, où les personnages peuvent se balader à loisir dans une arène en 3D. Mais Capcom assume complètement son complexe de supériorité. Street Fighter IV fait dans l’exigence. Il faut apprendre chaque personnage, ses coups, ses enchaînements, et surtout son timing. Et, sauf dans le cas d’une confrontation avec un ami adoptant la même tactique, le tapotage aléatoire de boutons est proscrit. Pour s’en persuader, il suffit d’essayer de « débloquer » tous les personnages du jeu en enchaînant des séries de combats contre des adversaires contrôlés par la machine. L’expérience est déroutante. Renonçant à tout amour-propre, on se retrouve vite à régler le niveau à « Débutant ». Et malgré, cette humiliation (qui dans tout autre jeu transforme le combat contre un boss final en simple formalité), on se fait vite dérouiller par un adversaire bien trop coriace. Pour y arriver, certains espèrent une victoire sur un malentendu en réglant des combats courts en un seul round. Sait-on jamais ? Street Fighter IV est élitiste. On pourrait le lui reprocher, mais on préfère s’accrocher. Un jour, peut-être, on arrivera à gagner un combat contre un autre joueur en ligne. En attendant, pour se consoler, on a toujours un ami plus mauvais que soi. Paru dans Libération le 6 mars 2009
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