samedi 19 janvier 2008 08:12
Stridences, ambiance
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
Pour apprécier le rythme auquel se numérise notre environnement sonore, le train, c’est le mieux et le pire. Sans doute, nul espace public ni privé n’est-il désormais préservé des multiples agressions phoniques que génèrent cent portables engins. Il est loin, le temps où des ascenseurs, des parkings ou le métropolitain constituaient autant de havres susceptibles de reposer un peu nos permanents qui-vive. Le bruit parasite est partout, désormais. Même chez soi, une stridence dans un poste, on ne sait si elle ressortit à l’univers privé ou téléporté. Dans le train, pareil… Le voyage ferroviaire, longtemps rythmé par l’horloge du martèlement de l’acier sur les rails (les secondes de la métaphore) et de la tourne feutrée des pages de papier (les minutes, si l’on veut…), ne l’est plus aujourd’hui que par une cacophonie qui bouleverse la chronologie. L’intensité du trafic téléphonique y mesure la proximité des gares, et le bourdonnement ambiant de multiples films ou concerts téléchargés, le temps apaisé de la plaine traversée. Ce qui dérange, ici, c’est moins le bruit que la multiplicité des bruits, et l’obsédant souci, conscient ou inconscient, de les identifier. On sait que l’oreille humaine perçoit des fréquences de 50 à 18 000 Hz (en gros), et que la fréquence qu’elle entend le mieux est celle de la voix humaine, mesurée (en gros) de 300 à 3 000 Hz. C’est la tessiture privilégiée du son téléphonique qu’utilisent les machines numériques. D’où l’hyperréactivité du voyageur, qu’il soit numérisé ou victime passive du numérique. Témoignons que le second peut aisément passer six cents kilomètres à tenter d’identifier dans un wagon les différents récepteurs de divers stimuli ; à coordonner sur un clavier des sons et des touches ; à superposer sur un écran des éclats de bande-son échappée d’un écouteur et l’image muette d’un DVD. Et à se réjouir, tous branchements éteints, de n’être pas ainsi, en permanence mobilisé.
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