Studios versus studios
par Olivier Séguret
Spore, bientôt le film... DR
L’interpénétration des mondes du cinéma et du jeu vidéo ne cesse de prendre des formes nouvelles. Liées depuis toujours pour le meilleur et pour le pire, ces deux industries qui, à bien des égards, n’en forment qu’une, semblent engagées dans un dialogue en miroir permanent. Qu’il se fasse sur le mode de la compétition, de la complémentarité ou de la synergie, le rapprochement cinéma-jeux est devenu un paradigme incontournable pour chacun des deux secteurs. Dernière nouvelle en date : l’annonce par Variety (le 1er octobre) que la Fox et Electronic Arts avaient signé un pacte pour l’adaptation de Spore sur grand écran. Ultime trouvaille du roi de la simulation, le génial game designer Will Wright, Spore, sorti en 2008, est une interprétation fun et ludique des principes darwinistes de l’évolution. Le joueur y crée toutes sortes d’espèces animales et gentiment monstrueuses, qu’il accompagne au cours de leur développement organique et sur la route qui mène à la civilisation. De l’état d’amibe à la conquête spatiale, le joueur, plus démiurge que jamais, pilote en fait rien moins que l’épopée de la vie. Bien, mais quelle matière cinématographique peut-on deviner, imaginer ou anticiper dans Spore ? C’est l’identité du metteur en scène pressenti qui nous renseigne sur cette question : cet élu est Chris Wedge, réalisateur réputé (et verni) de l’Age de glace. Spore sera donc un film d’animation en images de synthèse, et il sera probablement disponible en relief. C’est en quelque sorte une grande première : malgré l’évidence technologique, le cinéma numérique n’a pas encore accueilli tel quel l’univers numérique d’un jeu, excepté Final Fantasy the Spirits Within (qui n’est d’ailleurs pas adapté d’un jeu mais lointainement inspiré de la saga ludique FF). Si Lara Croft avait été l’objet d’un film d’animation numérique, peut-être son passage au cinéma aurait-il eu davantage de sens et d’intérêt. Idem pour Resident Evil… C’est peut-être ce genre de réflexion qui conduit aussi les plus grands studios de développement, et notamment Ubisoft, à se poser la question suivante : pourquoi vendre à Hollywood des licences chèrement élaborées et pourquoi ces studios, qui ont à la fois le matériel et les compétences numériques, ne produiraient-ils pas eux-mêmes les films adaptés de leurs succès ? C’est sans doute la prochaine étape, industrielle et logique, de la confrontation. Paru dans Libération du 10 octobre 2009
Il y a 2 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article

