mercredi 30 mars 2011 16:04
« Sucker Punch » : le meilleur du film déjà sur le Net
tags : animation , fantastique , court-métrage
Photo Waner Bros
Avant d’évoquer la triste impression que nous a laissé Sucker Punch, dernier film de Zack Snyder, en reproduisant ci-dessous notre critique de la chose parue dans Libé ce matin, faisons un petit détour par un dérivé de l’univers du film développé sur le Net. Bien qu’il s’agisse avant tout d’un gadget promo plus qu’autre chose, quatre courts métrages animés se déroulant dans les univers oniriques du film ont été mis en ligne. Ces vidéos ont été supervisées par le réalisateur et animateur suisse Ben Hibon, 33 ans, dont on avait déjà parlé pour son court métrage prometteur et son travail sur le dernier Harry Potter. Voilà donc les quatre courts, postés ci-dessous dans l’ordre d’apparitions de leurs « mondes » respectifs dans le film. Aucun spoiler ici, au contraire : même s’ils n’apportent concrètement rien à ce qui fait office de scénario pour Snyder, les courts se contentent de créer une trame de fonds aux univers de Sucker Punch, pour un résultat bien moins laid que le film :
Feudal Warriors
The Trenches
Dragon
Distant Planet Sucker Punch, de Zack Snyder avec Emily Browning, Abbie Cornish… 1 h 50. Etrennant la fournée 2011 des blockbusters hollywoodiens, Sucker Punch représente pour le studio Warner Bros une relative prise de risque : dans une année où le nombre de « suites » produites (incluant remakes, dérivés, etc.) atteint un record, le dernier film de Zack Snyder est l’un des rares longs métrages friqués « originaux », ou plus clairement non basés sur une franchise existante (série télé, comics, jeu vidéo…). C’est d’ailleurs une première pour le réalisateur de 300 qui depuis son premier film l’Armée des Morts en 2004 (remake du Zombie de Romero) ne s’était jamais frotté à un matériau personnel. Devant le résultat au mieux indigeste, au pire indigent, on comprend mieux pourquoi. Ecrit par Snyder avec un de ses potes de fac, Sucker Punch s’ouvre sur les drames qui façonneront — ou détruiront, c’est selon — sa jeune héroïne, Babydoll (les six premières minutes sont d’ailleurs visibles en ligne ici). La blondinette perd successivement mère et sœur, pour finir internée dans un asile sur ordre de son terrifiant beau-père. Ces premières minutes, assurément les moins pires du film, synthétisent la principale qualité de l’esthète bourrin Snyder : son aptitude héritée de ses années pubs-clips à raconter une histoire uniquement par l’image, sans dialogue. Passé ce prologue, voilà que les personnages ouvrent la bouche et l’affaire se gâte : répliques plates, caractères sans profondeur, acteurs cabotins (Carla Gugino, hilarante avec son faux accent polonais)… Heureusement, le blabla est souvent mis de côté au profit de scènes d’action dantesques (écolière contre samouraï géant, régiment de pin-up contre zombis nazis, bombardier contre dragon et plus si affinité).
Ces morceaux de bravoure joliment réalisés mais vite pénibles sont permis par l’artifice scénaristique un peu bidon du film : dès qu’un souci se profile, Babydoll s’enfonce dans ses rêveries et part dégommer du monstre avec ses copines dans un univers onirique. Imaginez Dancer in the Dark avec des explosions au ralenti à la place des claquettes de Björk. Les notes aiguës de l’Islandaise squattent d’ailleurs la bande originale du film qui carbure aux reprises : chaque scène d’action est illustrée par un standard (Pixies, Stooges, Jefferson Airplane) revisité façon guimauve. Malgré de multiples coupes pour obtenir un classement quasi tout public aux Etats-Unis (une director’s cut avec dix-huit minutes supplémentaires est prévue pour le DVD, on meurt d’impatience), on sent que Snyder s’est fait plaisir, profitant de la paternité du projet pour dérailler sans craindre les représailles de geeks comme ce fut le cas pour son Watchmen. Une réplique du film illustre bien la chose. S’apprêtant à abuser d’une de ses demoiselles, un maquereau déclare : « Je me sens comme un petit garçon dans un bac à sable qui n’aurait pas le droit de toucher à ses jouets que tout le monde tripote. Maintenant, c’est mon tour. ». Espérons que Christopher Nolan, bien plus doué en matière de rêveries filmiques (Inception), saura maîtriser les ardeurs de son confrère pour son futur projet, qu’il produit : adieu créations personnelles, Snyder s’attaque à une énième résurrection de Superman.
Photo Warner Bros
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