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mercredi 3 septembre 2008 07:51

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Avec « Martyrs », Pascal Laugier manie l’épouvante avec brio et renouvèle le genre jusqu’à l’hypnose.

par Bruno Icher

tag : violence

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Contrairement à ce qui est avancé un peu partout avec une gourmandise rafraîchissante, Martyrs ne sonne pas forcément le réveil en fanfare du cinéma de genre français. C’est peut-être même le contraire. Il y a en lui une telle intensité baroque, crépusculaire, explosant, sans temps mort, à peu près tout ce qui constitue les conventions du film horrifique, qu’il paraît peu vraisemblable que quelqu’un parvienne de sitôt à égaler les coups de boutoir qu’il est sur le point d’asséner au public hexagonal. On verra bien.

Il vaut mieux se contenter pour l’instant de déguster la petite machine infernale qui déboule. Une toute jeune fille tuméfiée, tondue, scarifiée, fuit à toutes jambes une horreur sans nom. Dans l’institution qui la recueille, elle se lie avec une autre gamine, comme on s’accroche à une bouée dans la tempête. Fin de la bobine Super8 sépia qui tient lieu de générique et irruption brutale dans le présent. Une famille bien comme il faut prend un petit-déjeuner dominical dans une maison de campagne directement prélevée dans un rêve de sitcom. A peine le temps de les détester qu’on sonne à la porte. Le père ouvre et reçoit une décharge de chevrotine à sanglier à bout portant. Et c’est parti pour un festival ébouriffant, entre boucherie méthodique et épouvante fantastique, toujours sur le fil du rasoir et toujours à fond la caisse. Seulement voilà : si chaque situation a vaguement un goût de déjà-vu, ce n’est jamais dans ce sens là. Pascal Laugier, à qui il faut déjà reconnaître une solide érudition dans son domaine, ne fait pas le malin avec des classiques qu’il connaît sur le bout des doigts.

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L’attraction hypnotique que provoque son film tient d’abord à l’intelligence de sa construction. Au bout d’une demi-heure, il a enchaîné frénétiquement des séquences qui, dans l’interminable filmographie de l’horreur ordinaire, constituent « toujours » le bouquet final. Une tuerie vengeresse grand-guignolesque, un monstre visqueux et rampant qui accule sa victime dans ses ultimes retranchements, des morts qui reviennent à la vie ou un retournement complet de situation et le petit miracle est accompli.

Au bout d’une grosse demi-heure, Martyrs a radicalement déréglé la boussole de son auditoire groggy. Pas moyen d’imaginer ce qui peut bien se passer pour la petite heure qui reste à venir, ainsi que le signale avec insistance la petite horloge interne du spectateur, implacablement formatée à la durée d’un long métrage au cinéma. Et pourtant, en maniant encore le contre-pied avec brio, Martyrs s’installe ensuite dans un autre rythme, plus éprouvant encore, même si une certaine grandiloquence détériore un peu la conclusion. Pas question d’en dévoiler une bribe, bien entendu, si ce n’est que, comme l’écrivait Bossuet à qui on ne peut reprocher sa bigotterie dans son panégyrique de saint Gorgon : « On appelle martyrs de Jésus-Christ ceux qui, souffrant pour la foi, en ont témoigné la vérité par leurs souffrances et l’ont signée de leur sang. »

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De cette manière, Martyrs s’inscrit dans une logique contemporaine qui veut que le revival du film d’horreur, en tout cas occidental, relève davantage de l’art d’accommoder les restes que d’une cuisine nouvelle et inventive. Et alors ? Que ce soit du côté des petits malins espagnols REC. ou les Proies, qui réchauffent habilement des plats traditionnels, ou des français A l’intérieur ou autre Frontières, qui versent volontiers dans une surenchère un peu vaine, sans oublier la grande vague des remakes, souvent à côté de la plaque, de valeurs sûres des années 70, les fanas du frisson et de l’angoisse ont eu peu d’occasions de goûter à des saveurs inédites sans pour autant bouder leur plaisir.

Dans ce registre, il faut aller chercher du côté de la méchanceté teigneuse d’un Rob Zombie, du glacial acharnement d’un Eli Roth, de l’obsession d’un Romero, voire d’un diabolique Haneke, les uns et les autres naviguant dans des eaux bien balisées, pour remuer l’estomac et les méninges. Martyrs rejoint cette famille-là et ce n’est pas rien si l’on y songe. Du coup, le petit parfum acide qui accompagne le film depuis sa première au marché du film à Cannes cette année, trouvant acheteurs dans une trentaine de pays, se perçoit mieux. Même l’involontaire publicité que lui a servie la nouvelle cagade de la Commission de classification des films, qui l’avait affublé d’une interdiction aux mineurs, signant ainsi son arrêt de mort commerciale, avant de revenir à plus de mesure (interdit aux moins de 16 ans, quand même), relève d’une certaine logique. Martyrs est un film violemment iconoclaste qui cogne sec sur, pêle-mêle, la famille, le spirituel, la morale ou les bons sentiments. Mais, dans son élan, il saccage avec une même ardeur communicative les fondations un brin vermoulues du cinéma de genre sur lesquelles il est construit.

Sur le même sujet :
- « Martyrs » s’en sort -02/07/2008)
- « Martyrs », comme son nom l’indique (03/06/2008)


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