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mardi 25 janvier 2011 19:58

  • télévision

Sur France 5, les bandes s’annoncent

par Stéphanie Binet

tags : documentaire , France 5

La page d’accueil du site Internet d’une bande de l’Essonne. DR

Les bandes, le quartier et moi
documentaire d’Atisso Médessou
France 5, ce soir, 20 h 35.

Au départ, Atisso Médessou devait appeler son film Bande à part, puis 222 Bandes, comme le chiffre recensé en France de ces groupes criminalisés ou non qui occupent les halls d’immeubles. Puis le réalisateur a opté pour plus personnel : les Bandes, le quartier et moi. Histoire de ne pas être faux-cul. En effet, il est omniprésent à l’écran. Détective, il mène l’enquête tout d’abord au téléphone pour essayer d’obtenir du ministère de l’Intérieur ce fameux rapport de la sous-direction de l’information générale (Sdig), ex-RG, dont quelques extraits avaient été livrés à la presse en mars 2009 mais dont l’intégralité n’a jamais été rendue publique.

Dans ce document intitulé « Phénomène de bandes, état des lieux », le Sdig regroupe les 44% de « bandes organisées, structurées autour d’un leader, souvent violentes et liées au trafic de stup » et les 56% « autres informelles sans leader désigné, extrêmement liées à leur quartier et qui squattent les entrées d’immeubles, la voie publique… » Il situe aussi 79% de ces bandes en Seine-Saint-Denis et dans l’Essonne. Fâché de ne pouvoir obtenir ce rapport, Atisso Médessou retourne pendant un an dans les deux quartiers rivaux d’Evry et de Courcouronnes où il a grandi : les Pyramides et le Canal dont les groupes de jeunes se battent fréquemment, jusqu’à s’entretuer. Ecrit à la manière d’un polar, son enquête lui fait rencontrer le maire UMP de Courcouronnes, Stéphane Beaudet, qui ironise : « Le cas échéant, s’il y a une bande recensée ici, le ministère de l’Intérieur aurait-il l’amabilité de me prévenir ? » L’élu fera moins le malin, plus tard. Confronté à un père de famille, prof de droit, à qui ses services envoient régulièrement des courriers pour le prévenir que ses fils seront systématiquement placés en garde à vue, le maire s’emporte contre la bande de la place Renoir surveillée par ses caméras.

Atisso Médessou rend visite à ses anciens voisins comme cette jeune mère de famille du Canal, Irène, qui détecte les moments de tension de sa fenêtre aux capuches plus nombreuses qui couvrent la tête des adolescents : « Ils ne se cachent pas des flics, mais des jeunes d’un autre secteur. Ils se protègent ; et à se protéger, ça peut aller très loin. » Ainsi, Espere Touré, 16 ans, est mort d’un coup de couteau en 2006, comme Romuald, 14 ans, en 2000, d’une décharge de chevrotine. La mère de famille a peur pour son fils. Les pré-ados des Pyramides aussi, qui jouent aux grands en formant leur bande et en déclinant les rivales : OGC (Original gangster city), RSP (Racailles sans peur), MGJ (Mafia gangster junior). « J’ai peur, dit l’un d’entre eux, on grandit, on grandit, on a l’âge maintenant de se battre. »

Atisso Médessou redessine la carte d’Evry et de Courcouronnes selon les frontières invisibles des bandes. Le sociologue Marwan Mohammed tente d’y mettre du sens (« Ça leur apporte un statut social que personne à ce moment-là n’arrive à leur apporter ») avant qu’Atisso Médessou présente une autre bande, les OSK du bitume, dix jeunes adultes, déscolarisés pour certains, à l’avenir prometteur pour d’autres comme Issam, jeune footballeur. Ils parlent beaucoup de cette violence, invisible de tout le film, et ont l’air surtout perdus. Tout comme le spectateur et le réalisateur lui-même qui, à la fin de son enquête, admet avoir « vu se dessiner plus de questions que de réponses sous l’œil de [sa] caméra ».

Paru dans Libération du 25 janvier 2011


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