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lundi 23 mars 2009 10:27

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Sur Mediapart, l’info paye

Les sites d’informations sur le Net (1/6). Un journal sans papier, c’est l’aventure tentée par Rue89, suivi d’Arrêt sur Images ou Bakchich, alors que la presse écrtie subit une crise sans précédent.

par Frédérique Roussel

tags : presse , journalisme , médias

DR

« Incroyable, tout ce qu’on est amené à faire… », s’amuse Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction du Monde. Il est près de 18 heures, sous le barnum installé dans la cour du 8, passage Brulon, à Paris 12e, le débat politique entre élus et chercheurs se poursuit avec animation. Des lecteurs sont venus voir l’équipe, échanger, puis sont repartis. Mediapart a choisi de fêter son premier anniversaire en organisant, samedi, une journée portes ouvertes ponctuée de débats. Le dernier se rapatrie, in vitro, dans les locaux du journal en ligne. Dans la grande salle en L, les lecteurs se déploient entre les bureaux de la rédaction. Au menu  : « Presse et démocratie ». Une certaine raison d’être de Mediapart.

« Ils sont fous. » Ce 16 mars 2008, quand Mediapart se met officiellement à l’eau, peu de gens parient sur l’avenir de l’aventure. Edwy Plenel, Laurent Mauduit, Gérard Desportes, François Bonnet, Godefroy Beauvallet et Marie-Hélène Smiéjan partent vent de face.

Ils ont réuni 3,7 millions d’euros avec l’objectif de tenir trois ans. Dans un écosystème en ligne où les sites d’informations générales sont gratuits, ils veulent faire payer le lecteur. Dans un modèle où la pub est la principale source de revenus, ils refusent les bannières. Dans un environnement qui multiplie les images et le flux, ils lancent un journal d’enquêtes et de scoops, nourri de longs articles, sans les fonctionnalités dernier cri du Web. Seule ­concession au gratuit, un espace participatif baptisé « Le club » où peuvent s’ouvrir des blogs.

Un an après, Mediapart se garde de fanfaronner. Le nombre d’abonnements a été revu à la baisse. Aujourd’hui, le site revendique 17 200 inscrits payants depuis son ouverture, 12 300 inscrits actifs au 16 mars 2009 et 500 000 visiteurs uniques par mois. « On sait ce qu’on a gagné, explique Edwy Plenel, qui décline son site en trois mots clefs bien rodés  : Indépendance, qualité du contenu et participation. » Le directeur de la publication dit viser l’équilibre en 2011 et vante les abonnements en hausse, ces derniers jours, par ­centaines.

Sa position de départ n’a pas changé. « La bulle de la gratuité est en train d’exploser sous nos yeux. On l’a combattue comme une imposture, l’illusion du tout gratuit est une aberration de la vieille presse. » « Vieille », « classique », les adjectifs pour désigner la presse papier montrent un rapide changement de paradigme qui s’est accéléré en un an.

Les avanies des journaux américains, de la fermeture du Rocky Mountain News au récent passage radical en ligne du Seattle Post-Intellingencer, ont intensifié l’odeur de sapin. Le Web est in, mais n’est pas encore une issue de secours rentable. « Un grand quotidien [le Monde, ndlr]vient d’augmenter son prix, son éditorial le justifie en expliquant que la qualité de l’information a un coût, et il met tout son contenu gratuitement en ligne », avance Plenel le doigt bien appuyé sur un paradoxe qui lui fut familier.

Le grand écart de la presse, entre coût de son support papier et gratuité dans sa version numérique, conforte Mediapart dans la foi en une valeur de l’information. « On paye son loyer, on paye sa baguette de pain, pourquoi pas l’information », raisonne Jean-Christophe Nothias, directeur du développement recruté en renfort en juillet dernier.

Une gestion plus raisonnée a été mise en œuvre. « Le journal existe, maintenant il faut créer l’entreprise », ajoute Nothias, qui raconte que le simple fait de proposer aux internautes quinze jours à l’essai avant de s’abonner a fait augmenter les adhésions. Le système de l’abonnement (entre 5 et 9 euros par mois, assorti de formules sur un an et deux ans) restant insuffisant, Mediapart tente également de trouver des ressources annexes. Outre la syndication de contenus (le mobile avec Orange, Yahoo, etc.), le site vend des licences aux bibliothèques, aux collectivités locales, aux ministères. La revente de la production audiovisuelle apparaît comme une autre piste. Et, troisième axe, un espace de commerce participatif, qui concernerait essentiellement la vente de produits culturels, est en projet.

La reconnaissance du site tient aussi au dialogue avec les lecteurs, son côté réseau social. « 833 blogs et 129 éditions participatives ont été ouverts et 110 000 commentaires postés », résume François Bonnet, qui pilote une rédaction de 25 journalistes.

« Sur le Proche-Orient, nous avons réussi à montrer que Mediapart était un lieu de débat de qualité. Les commentaires sont restés ouverts quand beaucoup de sites étaient obligés de fermer leurs portes. » Edwy Plenel y voit une preuve supplémentaire de l’inanité de la gratuité  : « Derrière l’anonymat, on se lâche. » En un an, le laboratoire Mediapart, lui, s’est fait un nom.

Paru dans Libération du 23 mars 2009


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