Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 28 mars 2007 14:55

  • internet

Sur le Web de Radio France, la cité a pris ses quartiers

Le journaliste Omar Ouahmane entend donner la parole à la banlieue.

par Gérard Thomas

tags : politique , radio , banlieue , Radio France

DR

Omar Ouahmane sourit malicieusement. Jean, blouson de sport et bonnet de laine enfoncé jusqu’aux yeux, il arpente les couloirs de la Maison de la radio avec la démarche assurée de celui qui reste en toute circonstance au milieu du trottoir. Le souvenir de son premier contact avec le temple parisien de l’audiovisuel, contrat de journaliste en poche il y a une bonne dizaine d’années, le rend soudainement hilare. « A l’entrée, le vigile m’a pris pour un coursier et m’a demandé si j’avais un pli à remettre ! » s’esclaffe-t-il.

A 38 ans, ce fils d’ouvrier plâtrier ­(un Berbère du sud Maroc « illettré » qui arrive en France dans les années 50)­ mesure le chemin parcouru entre la cité de Saint-Etienne où il est né et le statut de grand reporter à France Culture qui le conduit à courir le monde au gré de l’actualité. Lors de la crise qui secoue les banlieues des grandes villes françaises, à l’automne 2005, il se trouve justement entre Ramallah (Palestine) et Tel-Aviv (Israël).

« Quand ça a pété dans les cités en France, les confrères israéliens m’ont immédiatement interviewé sur le thème : " En France aussi vous l’avez votre intifada..." De fait, quand je suis rentré, c’était l’état d’urgence et le couvre-feu en France ! Or la crise était annoncée, prévisible depuis très longtemps. C’est là que j’ai compris qu’il fallait parler autrement de ces zones de grande détresse. » Selon lui, le clivage qui existe entre les habitants des cités et le reste de la société continue de se creuser. Exemple frappant : pour pénétrer dans les « quartiers », les journalistes ont désormais besoin de « fixeurs » (1), comme en Irak ou en Afghanistan.

En compagnie de son ami Fahim Benchouk, responsable du Mouv’ à Paris, il conçoit alors une émission politique d’une heure au cours de laquelle les différents candidats à l’élection présidentielle seraient tour à tour passés au feu des questions portant sur l’emploi, le logement, l’éducation et la sécurité dans les quartiers populaires. L’idée séduit Jean-Paul Cluzel, patron de Radio France, et David Kessler, président de France Culture, qui le détache sur le projet.

Mais l’accouchement se fait au forceps. Initialement prévue pour être diffusée sur les ondes de France Bleu Ile-de-France, l’émission échoue sur le site web. Officiellement, parce « qu’il est difficile de dégager une heure pleine de programmes dans les grilles de nos radios », indique-t-on à Radio France. Officieusement, « parce que les lourdeurs de la maison ont prévalu sur la nouveauté », susurre Ouahmane. Et puis le gaillard n’a pas la langue dans sa poche (« Je suis gérable, mais faut pas me gonfler »), ce qui n’a pas l’heur de plaire à toute la hiérarchie radiophonique.

« De toute façon, le Web se prête à la thématique, se réjouit Pascal Delannoy, directeur de Radio France Multimédia. Les invités ont une heure pleine pour développer leurs réponses. Ce format est plus adapté aux véritables explications qu’aux petites phrases ! » François Bayrou, au sortir de son passage à Pas de quartier, va encore plus loin, qui estime que durant sa campagne Internet lui a permis de contourner les grands médias et que le Web « est en train de changer la démocratie ».

La première de Pas de quartier a eu lieu le 22 février, avec Nicolas Dupont-Aignan, ex-candidat. Les autres prétendants à l’Elysée, ­ Jean-Marie Le Pen compris (« Ça a été chaud, mais il s’est prêté au jeu »),­ ont ensuite été soumis aux questions de Ouahmane et de ses acolytes, composés de journalistes de Radio France, de Raphaël Yem (Fumigène Magazine) , qui ouvre le débat par un portrait au rasoir de l’invité, et d’Adrien Hervais (Radio des hauts de Rouen). Humeur, humour, et décontraction du côté des questions. Etonnement, puis quête du ton juste du côté des réponses. Seul Philippe de Villiers a refusé l’invitation et proposé « d’envoyer un second couteau ». Frédéric Nihous (Chasse, pêche, nature et tradition) et Gérard Schivardi (PT) « ont été contactés ». Nicolas Sarkozy, lui, est attendu dans les prochains jours.

« Si les politiques ne s’emparent pas sérieusement du dossier des quartiers populaires, si des solutions ne sont pas rapidement mises en oeuvre, ça va exploser de nouveau, beaucoup plus violemment peut-être », présage Ouahmane. Bien décidé à continuer à parler des banlieues après les échéances électorales.

(1) De l’anglais to fix : « arranger, organiser ». Dans les zones dangereuses, le « fixeur » est un guide-interprète qui, contre rémunération, organise les rendez-vous des envoyés spéciaux et les fait profiter de ses contacts.


Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

politique - Pierre Lescure, des intérêts en question

radio - Entendu sur le web : Petites voix, Millenium et les sons du chantier

banlieue - Cramé craché, le site qui met le feu aux clichés

Radio France - « France Inter condamnée à 250 000 boules pour licenciement abusif »

article précédent
Les Experts : Citizendium
article suivant
Le collectif_fact, autour de l’urbanisme et la signalétique

  • Sur le Web de Radio France, la cité a pris ses quartiers

    20 avril 2007 18:51
    Bonne émission et belle initiative !

 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Gérard Thomas
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen
  • Un coup de Moog

Lib.fr

  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
  • Le président de la banque du Vatican démissionne
  • Google confronté au viol de droits d'auteur
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008