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lundi 17 mai 2010 15:24

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Surfer, tout un Net-art

par Marie Lechner

tags : net-art , art numérique

Ghostbusterzzz de Dennis Kopf, membre de Nasty Nets : le film revu et corrigé par des collages effectués sur Internet. DR

« Si surfer signifie vagabonder durant quarante jours et quarante nuits dans un désert, le boon [« bénédiction »] est la vision qu’on ramène de notre quête. Le boon est comme un joyau, le moment eurêka où la nature sacrée du Web est clairement révélée au surfeur. » Ça peut prendre la forme d’une simple icône ou se cacher dans le code source d’une page. Ça peut être une collection d’images Jpeg, un gif animé, écrit Kevin Bewersdorf, cofondateur de Spirit Surfers, un club de « surf artistique » qui collecte ces signes révélateurs, quintessence de l’« esprit du réseau ».

Les « surfing clubs » s’inspirent des forums de partage d’images, comme le sulfureux 4chan.org. Ici, les contributeurs ne sont pas des anonymes mais des artistes, des curateurs, des blogueurs, qui se retrouvent par affinités électives. Ils postent le fruit de leur navigation dans les eaux troubles du Net, parfois tel quel, comme un objet trouvé (sur YouTube, Chatroulette, dans les réseaux sociaux…), ou le contextualisent en y ajoutant un titre, en faisant des montages, des collages, des remix, ou des retouches Photoshop.

« Toute ma pratique artistique s’est nourrie d’un surf intensif sur le Net, à collecter et échanger des liens sur deli.cio.us », dit Guthrie Lonegarn dans une interview pour le blog culturel Rhizome. En 2006, il fonde Nasty Nets, une communauté de surfeurs qui partage un goût commun pour le ridicule, les défauts, les poncifs du Web. Objets anodins (un logo, une vidéo promotionnelle) qu’ils rendent soudain étranges, comme ce remake de Quatre Mariages et un enterrement, réalisé par John Michael Boling, à partir de films de famille trouvés sur YouTube. « Chaque membre a son propre ton, et sans qu’on ait eu besoin de fixer des objectifs, quelque chose de cohérent s’est développé de manière organique, un peu comme dans un groupe de rock », dit Lonergarn.

Les membres du club font partie d’une génération d’artistes qui ramassent leur matériau dans le puits sans fond qu’est le Net et se les réapproprient. Confrontés à la surabondance d’images, la possibilité de les copier et de les manipuler à loisir, ces « Net-artistes de surface », comme les désigne le critique Curt Cloninger tentent de moduler le réseau en surface, en tordant les animations, vidéos et autre ready-made qui y circulent. Tandis que les pionniers du Net-art creusaient en profondeur, s’attaquant au code informatique qui le sous-tend. Depuis, l’utopie du Web comme nouveau médium a vécu, faisant place à un usage plus prosaïque de l’ordinateur et du Net, bien de consommation parmi d’autres.

Les frontières entre ce qui relève de l’art ou d’un folklore numérique s’estompent. Les sites comme Nasty Nets, Spirit Surfers ou Loshadka accueillent indifféremment des projets collaboratifs, curatoriaux, des objets trouvés et les productions artistiques de leurs membres. Club Internet, créé par Harm Van den Dorpel, organise, lui, des expositions en ligne autour d’un thème (Dissociation, Monument,, One upon a time in the west...), juxtaposant sans manière une image faite par un amateur avec celle d’un artiste professionnel.

Ces surfing clubs, et les artistes qui les animent font actuellement l’objet d’une exposition à Bâle, également déclinée à l’espace multimédia Gantner, près de Belfort.

Exposition « Surfing Club ».
Plug-In, Bâle (Suisse), jusqu’au 30 mai
Espace multimédia Gantner, Bourogne (90), jusqu’au 3 juillet.

Paru dans Libération du 15 mai 2010


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