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mercredi 22 février 2012 19:15

  • internet

Tunisie : Le porno en ligne ne sera pas filtré (pour l’instant)

tags : justice , censure , Tunisie , porno

Photo Brandon Schauer, CC BY SA

La justice tunisienne a cassé mercredi un jugement ordonnant la censure des sites pornographiques sur internet, suscitant le « soulagement » de journalistes, d’internautes et d’ONG dans un contexte particulièrement tendu pour la presse tunisienne. La Cour de Cassation a renvoyé l’affaire, qui sera rejugée en appel d’ici « deux à trois mois ».

La décision de la justice était particulièrement attendue dans ce dossier potentiellement lourd de conséquences pour la toile tunisienne, qui jouit d’une liberté quasi totale depuis la chute de Ben Ali. À deux reprises, en mai et août, la justice a ordonné à l’Agence tunisienne de l’internet (ATI) de censurer les sites pornos, après la plainte de trois avocats faisant valoir leur dangerosité pour la jeunesse et leur contenu « contraire aux valeurs musulmanes ».

L’ATI, société anonyme dont le principal actionnaire est l’Etat, était sous Ben Ali l’instrument de contrôle de l’internet. Elle refuse aujourd’hui de réendosser ce rôle et plaide pour sa « neutralité ». Son PDG Moez Chakchouk, nommé après la révolution, met aussi en avant des arguments économiques et financiers pour refuser la reprise du filtrage d’internet.

La décision de la Cour de Cassation, dont les motivations seront connues dans quelques jours, a donc été un « soulagement » pour l’avocat de l’ATI, Kais Berrjab, même si l’affaire n’est pas terminée : « Bien sûr on attend l’issue finale puisqu’il y aura un nouveau procès, mais en attendant le principe demeure la liberté d’expression et d’accès aux contenus. C’est peut-être une décision historique. »

« C’est plutôt une bonne nouvelle », a également réagi Olivia Gré, la représentante de Reporters sans frontières (RSF), dont l’organisation avait alerté sur les risques de « retour en arrière » si le filtrage d’internet était rétabli en Tunisie. « Un coin de ciel bleu dans un ciel très nuageux », a commenté pour sa part le journaliste et blogueur Sofiane Bel Haj, en rappelant les affaires qui s’accumulent ces derniers temps et illustrent la tension entre presse et pouvoir, médias et justice.

Cette décision à propos des sites pornos intervient, hasard du calendrier, la veille du procès du directeur du quotidien Ettounssia Nasreddine Ben Saïda, incarcéré depuis le 15 février pour avoir publié en une une photo de nu. Avec l’affaire Nessma, une télévision poursuivie en justice pour avoir diffusé un film jugé blasphématoire, le dossier d’Ettounsia fait grand bruit en Tunisie.

Les organisations de défense des droits de l’Homme et de la liberté de la presse s’inquiètent de l’irruption de la morale dans le champ public et de la criminalisation de délits de presse (le directeur d’Ettounsia a été arrêté sur la base d’un article du code pénal et non du code de la presse).

Certains voient également une tentative du pouvoir, dominé par les islamistes d’Ennahda, de museler la presse et de revenir aux vieilles méthodes. Ils citent à l’appui de leur thèse une série de nominations ou tentatives de nominations par le pouvoir dans les medias publics.

 

(AFP)

 

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