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jeudi 12 juin 2008 11:14

  • internet

Le pirate était une imprimante

par Astrid Girardeau

tags : p2p , droits d’auteur , bittorrent

CC mandolux

La Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet qui accuse une imprimante d’avoir téléchargé le dernier album d’Amel Bent. Ce drôle de scénario pourrait bien arriver, selon une étude (.pdf) de deux professeurs et un étudiant de l’université de Washington. Partant du constat que la bataille entre les ayants droit et les utilisateurs de réseaux p2p s’est durcie, Michael Piatek, Tadayoshi Kohno et Arvind Krishnamurthy ont voulu tester scientifiquement comment les sociétés de surveillance (désignées par la MPAA et RIAA) identifiaient ces internautes pirates. Et ils ont eu des surprises.

Leur principale conclusion : n’importe quel internaute peut être accusé de piratage (et condamné à payer une amende ou à voir son accès Internet coupé) et faire accuser n’importe qui de piratage. Ils ont réussi à recevoir intentionnellement des centaines de plaintes (« DMCA takedown notice ») pour treize machines de l’Université qui n’avaient jamais vu la couleur d’un fichier illégal, dont trois imprimantes et un routeur wi-fi. En cause, à la fois les techniques utilisées pour identifier les échanges illégaux de fichiers sur les réseaux p2p, mais aussi les déficiences des logiciels utilisés par les utilisateurs de ces réseaux pour protéger leur vie privée. Pour leur expérience, mené en mai 2008, ils se sont concentrés sur BitTorrent, mais estiment que leurs conclusions s’appliquent à l’ensemble des réseaux p2p décentralisés.

Petit rappel. BitTorrent est un système de partage de fichiers entre les internautes. Pour télécharger un contenu (chanson, film, logiciel, ...), l’internaute doit télécharger un fichier .torrent. Et pour savoir où récupérer ce contenu sur le réseau, il existe un « tracker », qui conserve la liste des adresses Internet (IP) des utilisateurs qui mettent à disposition une partie ou l’intégralité du fichier. Or ils ont découvert que les sociétés anti-piratage se contentaient d’une « détection indirecte », c’est-à-dire de collecter, via ces trackers, des listes d’adresses IP, sans échanger ensuite avec chacune des adresses IP pour vérifier si elle détient réellement un morceau du fichier (ce qui serait une « détection directe »). (1)

Problème : il est facilement possible de manipuler les adresses IP contenues dans ces fichiers. Certains trackers permettent en effet aux clients BitTorrent de donner une adresse IP différente de leur adresse réelle, sans plus de vérification. Si, à l’origine, cette fonctionnalité est utile pour gérer, par exemple, des cas particuliers d’un réseau local, tout internaute malintentionné peut l’utiliser pour faire condamner un internaute innocent (qui par ailleurs risque d’avoir bien du mal à prouver son innocence). C’est ainsi que les trois chercheurs ont pu rendre responsables de téléchargement illégal de série télé, films et morceaux de musique des imprimantes et des ordinateurs sans logiciel p2p.

Après avoir rappelé que leur travail n’est pas destiné à prendre parti dans le débat, les trois chercheurs concluent qu’en utilisant une détection indirecte, mais aussi des listes noires mal renseignées, les méthodes actuelles de surveillance sont inefficaces. « Le fait de pouvoir générer des plaintes envers des utilisateurs, sans vérifier qu’il y ait effectivement violation ou non du droit d’auteur jette un doute sur l’approche actuelle de l’application du droit d’auteur sur les réseaux P2P. En conséquence, les utilisateurs d’Internet et des fournisseurs d’accès Internet ne doivent pas interpréter les plaintes comme infaillibles », expliquent-ils, espérant que leur travail amènera à plus de transparence sur la question.

(1) A la lecture des documents décrivant la surveillance des réseaux p2p, autorisée par la CNIL en 2007, les sociétés françaises veulent pratiquer une collecte automatisée d’adresses IP grâce à un logiciel, ce qui revient à une détection indirecte.


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