mercredi 16 avril 2008 12:22
Sympathie pour les Stones
Carte vermeil. Martin Scorsese signe une captation complaisante.
par Gilles Renault
tags : documentaire , musique , rock
L’increvable loup de mer fraîchement tombé du cocotier Keith Richards (à droite), ici avec Buddy Guy. DR
Shine a Light, de Martin Scorsese, 2h02.
Musiciens professionnels, Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts et Ronnie Wood sont aussi les producteurs exécutifs de Shine a Light. Cette précision liminaire entérine l’abdication de toute impartialité dans le projet que pilote Martin Scorsese. Car Shine a Light n’a qu’un seul but, auquel il se tient de manière docile et méthodique : démontrer, par le son et l’image, qu’à l’âge des croisières Paquet, The Rolling Stones, eux, galopent encore comme des antilopes. Vrai, même si, étalé sur deux heures, le témoignage paraît ne devoir s’adresser qu’à ceux qui en sont déjà convaincus. Les Rolling Stones ont été gâtés par le cinéma. Charlie is My Darling (Pete Whitehead, 1966), One Plus One (Jean-Luc Godard, 1968), Gimme Shelter (Albert et David Maysles, 1970) et Cocksucker Blues (Robert Frank, 1972), quatre docus phare, ont jalonné les années de tous les dangers. Quarante ans plus tard, Scorsese scelle le mausolée. Entre The Last Waltz (sur The Band), No Direction Home (sur Bob Dylan), Du Mali au Mississippi et les B.O. de ses fictions, sa passion pour le rock et le blues est notoire. Shine a Light emprunte d’abord la curieuse forme artificielle d’un making-of incertain. Scorsese pastiche Woody Allen en démiurge stressé. Vieux singe à qui on n’apprend pas à faire la grimace, Jagger donne la réplique (« toutes ces caméras m’inquiètent »). Le concert est tourné au Beacon Theatre de New York (salle entre l’Olympia et le Grand Rex), avec des huiles (Clinton...) comme figurants. Puis seize caméras ne font plus que disséquer le show, tout juste entrecoupé d’images d’archive faciles, égrenant la question de la longévité posée au groupe à toutes les époques. Sur scène, les Stones (se) régalent, avec une sélection rock-blues-country équilibrée. N’excédant pas les deux ou trois secondes, les plans accentuent l’énergie qui émane des dix-huit chansons retenues. La mécanique, parfaitement huilée, n’est humanisée que par des grains de sable à peine perceptibles : deux regards assassins de Jagger à Richards qui, tel un môme, fait l’andouille au micro ; les bras du même Richards, fripés comme ceux d’un vieillard ; Watts qu’on aide à descendre une marche. Mais rien qui puisse notablement dénaturer la commande laudative. Au début du film, Scorsese, inquiet par la puissance des projecteurs, argue : « On ne peut pas faire brûler Mick Jagger. » Mais le faire briller, oui, comme il est dit dans le titre.
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