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mercredi 23 janvier 2008 11:16

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Syndics-opérateurs : démêlés sur la fibre

Les immeubles sont un enjeu pour le très haut débit.

par Catherine Maussion

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« Bonjour, je m’appelle Sandra, savez-vous que votre immeuble est fibré ? » Le coup de fil vient d’Orange et Sandra essaie de placer des abonnements à très haut débit. Mais Sandra triche un peu : la fibre n’est pas encore dans cette tour du XIIIe arrondissement. C’est une technique : « Quand vous serez plusieurs à vouloir la fibre, on ira voir votre conseil syndical, et il ne pourra pas vous la refuser »… Neuf Cegetel, autre FAI (fournisseur d’accès à Internet) ne s’embarrasse pas davantage : allié à Alcatel-Lucent, son prestataire, il entre dans certains immeubles parisiens ni vu ni connu, en sautant la case obligatoire de l’assemblée générale des copropriétaires. Pour Noos-Numéricâble, c’est encore plus simple, « comme ils sont déjà dans les immeubles pour la télé, ils pensent qu’ils peuvent passer à la fibre sans demander la permission », confie un syndic. Free, lui, s’est un peu assagi depuis qu’il s’est fait condamner pour avoir assené dans ses brochures que la fibre était « une obligation réglementaire ». Ce qu’elle n’est pas encore, même si le ministère de l’Industrie n’a qu’une idée : fibrer au moins 4 millions de foyers à l’horizon 2012.

Mais le ministère butte sur un obstacle : la difficulté pour les FAI d’entrer dans les immeubles. D’où les efforts qu’il déploie pour faire sauter un premier verrou : obtenir le feu vert des bailleurs ou des copropriétaires. Témoin, ce projet de décret concocté par le régulateur des télécoms et que Libération s’est procuré. Il s’agit d’instaurer un droit à la fibre comme il existe un droit à l’antenne pour la télé : qu’un seul occupant la réclame, et voilà l’immeuble fibré illico. Même obsession pour la commission Attali, qui fait du déploiement de la fibre « l’un des grands chantiers technologiques des prochaines années ».

La Fnaim (la Fédération nationale des agents immobiliers), qui représente les syndics, se donne encore une journée pour émettre ses réserves. L’ARC (Association des responsables de copropriétés), elle, est déjà vent debout contre le texte : « Nous n’admettons pas que les parties communes d’un immeuble soient appropriées, sans autorisation de l’assemblée générale par un opérateur, à la demande d’un simple occupant qui dans trois mois aura peut-être déménagé », s’insurge Marc Champavier, son président. Pour les Free, Neuf Cegetel et consorts, le droit à l’antenne simplifierait évidemment les choses : pas de syndic ou de copropriété à séduire, juste un abonné à convaincre et bonjour la fibre. Pour la copropriété, en revanche, la prime au premier « fibreur » peut geler l’arrivée d’autres opérateurs.

A la Fnaim, Claude Chetrit, en charge du dossier fibre, et lui-même syndic, multiplie les expérimentations sur le terrain. A Paris, chaque opérateur s’est vu attribuer un immeuble. Neuf Cegetel fibre rue Marcadet (XVIIIe), Orange rue des Batignolles (XVIIe) et Free rue des Pyrénées (XXe). Ensuite, il mettra chaque opérateur au défi d’apporter son service à très haut débit (en gros, cinq fois plus rapide que l’ADSL) dans les logements déjà fibrés par un concurrent. Son obsession : « La mutualisation. » En clair, il s’agit de fibrer une fois pour toutes l’immeuble, mais de donner à chaque occupant le choix de son opérateur.

Comme l’ARC, la Fnaim en veut au régulateur des télécoms : « Cela fait un an que les opérateurs mettent le pied dans les immeubles et nous ne disposons toujours pas de la règle du jeu », regrette Cyril Sabatié, juriste de la Fnaim. Dans l’intervalle, l’ARC comme la Fnaim ont chacun négocié pour protéger leurs mandants. Chartes qualité, partenariat... les engagements abondent aujourd’hui, mais sans garantie de bonne application. Témoin, cette convention entre Neuf Cegetel et le syndic Loiselet et Daigremont sur le point d’être signée et qui engage la copropriété pour douze ans renouvelable, sans un mot sur la mutualisation.


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