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samedi 20 septembre 2008 09:26

  • télévision

T’as pas vu mon paquet de flops ?

En attendant la vraie rentrée avec un service public sans pub en soirée, les chaînes ont tenté de nouvelles émissions, boudées par le public. « Libé » s’est donc farci ces bides cocasses à votre place.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

Dancefloor - DR

Doté d’un poil dans la main à faire pâlir de jalousie les barbus de ZZ Top, Libération s’est dit que, hein, après tout, pourquoi ne pas dresser un premier bilan de la rentrée sous forme - attention, c’est une formidable idée de presse - de tops et de flops. Mais vous le savez, on est des gros malinos et, reniflant l’actualité tels des limiers de l’information, nous avons fait cette ébouriffante découverte : les jolies nouveautés de la rentrée ne sont que flops et flops. A l’image des deux têtes d’affiche Julien Courbet et Laurence Ferrari, rien à faire : rien ne prend (1).

Faut dire qu’ils ne se sont pas foulé le cervelet, nos manitous de la téloche. Ils savent bien que dans trois mois, on efface tout : la vraie rentrée aura lieu en janvier, quand France Télévisions sera privée de pub à partir de 20 heures. Alors, toutes les chaînes devront s’ajuster aux nouveaux horaires et nouveaux programmes du service public. Et nous voilà avec cette rentrée bancale sur les bras, ces étranges émissions bricolées à la va-vite, foutraques, qui font « flop flop flop » en tentant d’agiter leurs ailes lourdes de mauvaises audiences. Eh ben, vous savez quoi ? On est contents quand même : il n’y a rien de meilleur que la mauvaise télé. Zou : les flops et les flops.

Le Durand du scandale
Dimanche dernier, il s’est passé un truc de fou : dans l’Objet du scandale, Guillaume Durand a été subversif. Il s’est saisi d’un fusil à pompe et il a dit : « Là, chuis un présentateur de télévision normal. » Puis il a fait monter une balle dans le chargeur et a souri : « On change d’ambiance, hein ? » Problème : à 16h15 il n’y avait que Mémé devant la télé, qui pensait que c’était un nouveau comique chez Drucker. Après il y a eu Bonaldi qui a pris un Taser et schtzzzzz, il a tazé un type, en rigolant comme il rigolait quand il montrait à Philippe Gildas des cabinets qui nettoient les fesses. On n’avait pas vu telle transgression depuis la nouvelle coupe de Pujadas. Problème : Mémé, trouvant ce nouveau comique pas très drôle, s’était endormie, comme les 630 000 autres téléspectateurs. Et puis après, il y a eu tout un tas de gens venus discuter armes. C’était drôlement intéressant. Problème : devant sa télé, Mémé était morte. Tu vois, Guillaume : ça, c’est de la subversion.

L’Objet du scandale - DR

Dancefour
Dans dix-sept jours, un drôle d’événement se produira sur TF1. Entre 18h20 et 19h05, il n’y aura plus un seul téléspectateur. C’est ce qui serait arrivé si Dancefloor, qui sera le plus fort ? s’était poursuivi : l’émission a perdu, la semaine dernière, 100 000 téléspectateurs par jour pour atteindre, jeudi, 1,7 million de personnes. Comme le dit la présentatrice Laurence Boccolini : « Yeah. » Coup de pot pour la Une, ce bouche-trou entre Secret Story et Star Academy s’est achevé vendredi avec le démarrage du télé-crochet. Et sinon, c’était quoi ? Ben, des gens qui dansent. Mais encore ? Pff : un DJ William (« Bonsoir public de folie »), des candidats qui guinchent à l’invite de Boccolini (« Que l’esprit de Travolta soit avec toi ») pour remporter 50 000 euros.

@h la barbe !
Ah ça, on ne peut pas dire que France 3 fasse dans le putassier, avec sa nouvelle émission d’après-midi, @ la carte : une animatrice inconnue venue de la radio, un décor réduit au strict minimum, et des thèmes riants. Lundi, le très racoleur « Peut-on virer son syndic ? » nous a tout appris de la gestion de propriété. Mais alors tout. Mais alors vraiment tout. On ignorait ainsi l’existence du puissant « lobby d’ascensoristes ». Et l’@ du titre ? L’interactivité, voyons, qui permet au pékin d’interroger les experts en plateau. Il y eut ainsi des appels, des SMS inscrits en bas de l’écran, mais de téléspectateurs, point. Ou peu : 230 000 lundi, autant mardi et mercredi, une brusque poussée jeudi à 280 000 personnes. Avec ce sujet d’une vulgarité crasse : la généalogie. Jusqu’où ira le service public ?

Rade littéraire
On était 457 960, selon Médiamétrie mais on a eu peur de gêner. Un Café littéraire (c’est le titre), une réalisation très Ardisson période Bains de minuit (c’est d’ailleurs sa productrice qui est aux commandes), des clients qui discutent en bruit de fond. A la table d’à côté, Daniel Picouly taille le bout de gras avec des écrivains connus. On écoute d’une oreille : Daniel Picouly demande à Catherine Millet si elle parle de fenêtres dans son roman parce que sa mère (non, il dit « votre maman ») s’est défenestrée. Mais comme ce n’est pas très poli d’écouter la conversation des gens et même si Picouly parle très fort en faisant des mimiques façon cinéma muet, on se détourne bien vite.

Enquêtes (d’audience) et révélations
D’emblée, un soulagement : même sans Charles Villeneuve, même rebaptisé en Enquêtes et révélations, on retrouve notre bonne vieille crapulerie de Droit de savoir. Pour lancer un reportage embedded avec des militaires français en Afghanistan, TF1 nous la joue clip de recrutement pour l’armée de terre : un montage ultra saccadé d’images choc, un Sarkozy martial égrenant le nom des morts, une veuve éplorée, les attentats du 11 septembre, une caméra infrarouge, une musique à vous étrangler le kiki… Puis, c’est la déception : Magali Lunel, qui remplace Villeneuve, fait dans le sobre et le reportage n’est pas honteux. Résultat : 1,7 million de téléspectateurs et TF1 battu par France 2. Va comprendre, Charles.

Vendredi si ça m’dit - DR

Vendredi si ça m’dit… Ou pas
Non, Patrick. Ne fais pas ça. Patrice, raisonne-le. Cette supplique s’adresse à Carolis et Duhamel, les patrons de France Télévisions : il ne faut pas supprimer Vendredi si ça m’dit, l’émission de Christophe Hondelatte. Alors oui, les audiences toutes pourries… Certes, à peine plus d’un million de personnes, mais laissons ces considérations vulgaires au placard et Hondelatte s’exprimer. Pour faire de la « culture populaire », il reçoit le populo dans un loft décoré de chroniqueurs thématiques pour causer d’Amélie Nothomb, du dernier Julien Clerc, du nouveau polar de Jean-Christophe Grangé, du film Max la Menace, bref, pas les trucs chiants pour bobos-dans-leur-tour-d’ivoire-germanopratine. Souci, un tel concept sans public, ça craint du boudin, comme le reconnaissait vendredi dernier Hondelatte, appelant le téléspectateur à le suivre : « Cette émission n’a de sens que si elle est populaire. »

Et il se donne, Hondelatte, entre Tintin au pays de la culture et Milou au musée. S’exalte, se transporte, ouvre de grandes mirettes éblouies quand il s’aperçoit que les deux films évoqués sont en tête du box-office. Et… Hondelatte chante. Un jeune ménestrel, pioché chez Nouvelle Star, ponctue l’émission de ses compositions et ça, Hondelatte adore. Vendredi dernier, une chanson a été écrite à partir de sketchs d’Anne Roumanoff, invitée ce soir-là. Houla. Pour la première, c’était karaoké sur Hallelujah que toute la colo de Hondelatte a entonné. Et lui de prendre ses chroniqueurs par l’épaule et de chanter, heureux comme Baptiste. C’est pour ça qu’il ne faut pas lui supprimer son émission, à Hondelatte. Lui, il est content tandis que le rare téléspectateur fait cette expérience télévisuelle ultime : rougir de honte pour les gens de l’autre côté du poste.

(1) Là, on imagine Bruce Toussaint regimber : « Mais pâs du tout, depuis que j’ai repris l’Edition spéciâle sur Cânâl+, ça mârche très bien [oui, il parle comme çââ, Toussaint, ndlr]. » Ho, Bruce, tu vas pas nous casser notre angle, on fait ce qu’on veut, on est chez nous.

Paru dans Libération du 20 septembre 2008


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