vendredi 19 juin 2009 16:12
TF1 : crise Dassier et bras de fer à l’info
Fortes tensions avec le patron de la rédaction suite à des licenciements de journalistes.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : économie , journalisme
Un brûlot à l’info de TF1 ! « Depuis quelques mois, le climat se dégrade à la rédaction de TF1. La qualité des journaux se retrouve désormais menacée non seulement par une baisse des moyens, mais aussi par le profond malaise qui s’est installé entre les journalistes et la direction. » C’est écrit noir sur blanc par la Société des journalistes de TF1 (SDJ) qui a revu le jour en 2008 après des années passées à errer dans les limbes. Et le texte, intitulé « TF1 se donne-t-elle encore les moyens de fabriquer ses journaux ? » a été adressé à la presse. Ce qui, dans une rédaction qu’on a connue plus policée, revient à balancer un monumental coup de boule à Jean-Claude Dassier, patron de l’info de la Une. Le déclencheur ? Deux journalistes vont être virées. « Les raisons invoquées par la Direction de l’information ainsi que la direction des ressources humaines, écrit la SDJ, sont l’âge, le nombre de sujets produits… et le comportement. » Des motifs « aberrants », poursuit la SDJ qui compte dans ses rangs 179 des 210 journalistes de TF1. « Deux cas isolés », plaide la direction, mais d’autres salariés de la rédaction seraient également dans le viseur. Surtout les femmes, surtout les plus de 50 ans. Et sur la base de tels critères, souligne la SDJ, « chaque journaliste de cette rédaction se sent potentiellement visé. Le management par la peur qui s’applique aujourd’hui est nuisible à la qualité de l’information ». Les deux procédures de licenciement ont « mis le feu aux poudres, explique un membre du bureau de la SDJ, ça s’est ajouté à un malaise général qui dure depuis des mois, on a voulu mettre un coup de pied dans la fourmilière ». Un malaise que n’arrangent pas des audiences du 20 heures en baisse et un écart avec le JT de France 2 qui s’amenuise. Lundi, une assemblée générale a été organisée par la SDJ, et dans les locaux de TF1, s’il vous plaît. Historique : il y a encore peu, les rares réunions se tenaient à l’écart du siège de TF1 et des oreilles indiscrètes. Interrogés par Libération, les journalistes confient leur « colère », leur « ras-le-bol », leur « déception », parlent « d’extrême tension ». C’est que la réduction générale des coûts annoncée par Nonce Paolini, le patron de TF1, passe mal. « La logique comptable de la direction est en train de saper tout ce qui a fait la réussite et la crédibilité de nos journaux », assène la SDJ. Les 60 millions d’euros d’économies concernent aussi la rédaction : « La direction, admet-on dans les hautes sphères de la Une, prend des décisions qu’elle ne prenait pas quand TF1 vivait dans l’opulence. » Au lieu de former des équipes de trois personnes pour les reportages, il faut passer à deux. « Résultat, raconte une journaliste, on passe plus de temps et on n’arrive plus à faire notre boulot. » En face, Jean-Claude Dassier, qui a succédé en juin 2008 à Robert Namias, ne pipe mot et ne reçoit pas, malgré ses demandes, la SDJ. Hier, lors d’une conférence de rédaction, Dassier s’est adressé à la troupe. Pour se féliciter d’abord de l’excellence des bureaux régionaux. Avant de se mettre en pétard contre la SDJ, accusée de « tirer contre son camp », qualifiant son action de « nuisible et pathétique ». Puis il est parti en claquant la porte. Contacté par Libération, Jean-Claude Dassier a refusé de s’exprimer. Selon sa porte-parole, « il a dit aux journalistes qu’ils doivent ouvrir les yeux pour regarder le monde qui les entoure, c’est la crise ». Face à cette culpabilisation, un reporter rétorque : « D’accord, on est une société privée, mais une société privée qui a une mission d’information. » La crise de foi des journalistes de TF1 est une tranche de plus qui vient s’ajouter au mille-feuilles de difficultés que doit s’engloutir chaque jour le PDG Nonce Paolini : audiences et pub en berne, finances dans le rouge, stratégie erratique. A peine met-il une rustine d’un côté (rachat d’AB et NT1, nomination d’Axel Duroux à ses côtés) que le navire prend l’eau de l’autre. Quand ça veut pas… Paru dans Libération du 19 juin 2009
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