samedi 14 mai 2011 09:57
TF1, peau de chagrin
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Photo Richard Ying, CC BY SA
Est-ce un lupus ? Une tumeur pas très maligne du cerveau ? Ou bien, tout bêtement, un syndrome de Paolini ? Il faudrait l’atrabilaire Dr House pour diagnostiquer le mal dont souffre TF1. Sous-cutanée depuis des années, malgré quelques éruptions ici et là, la maladie est apparue au grand jour cette semaine et c’est pas joli à voir : 23,2 % de parts de marché en avril, selon le thermomètre de Médiamétrie qui mesure l’audience des chaînes de télé. Ouch. Jamais TF1 — qui, du temps peu glorieux des Perdu de vue et autre morandiniesque Tout est possible dans les années 90, folâtrait bien au-dessus des 40 % — n’était tombée aussi bas. Lundi dernier, nouveau symptôme et autre record : jamais l’écart entre le 20 heures de la Une et celui de France 2 n’avait été aussi mince, avec 800 000 téléspectateurs de plus seulement pour TF1. C’est bien simple : depuis que Nonce Paolini a pris en 2007, à la paire Patrick Le Lay-Etienne Mougeotte, les rênes de la filiale du groupe Bouygues, rien ne va. Laurence Ferrari, qu’il a installée au 20 heures après avoir viré l’icône électroménagère PPDA, n’arrive pas à endiguer la fuite des téléspectateurs vers le soap marseillais de France 3 Plus belle la vie. Le directeur des programmes qu’il s’était choisi, Laurent Storch, vient tout juste d’être rétrogradé, au profit d’un parfait inconnu, Jean-François Lancelier, après l’arrêt prématuré de l’élégante télé-réalité Carré Viiip. Soyons (un peu) honnêtes : c’est tout le PAF qui s’est pris dans la figure le succès des chaînes de la TNT qui, nées en 2005, représentent aujourd’hui quasiment l’audience de TF1 (lire page 4). Mais si toutes les « vieilles » télés en ont pâti (notamment France 3), aucune n’a autant morflé que la Une. Qui, pourtant, hier encore, affichait pour le premier trimestre 2011 d’excellents résultats financiers et un bénef en hausse de… 47,9 %, excusez du peu.
À TF1, Paolini n’a jamais réussi à endiguer l’érosion naturelle, ni à renouveler ses programmes : quelques fictions françaises hors d’âge (Joséphine ange gardien) surnagent encore dans une grille où seules les séries américaines sauvent la chaîne de la panade complète. Même l’événement, la marque de fabrique de TF1, est dans les choux : le mariage royal britannique a ainsi été majoritairement suivi sur France 2. TF1 qui, dans un paysage audiovisuel atrophié, fut longtemps la télé la plus puissante d’Europe (elle l’est encore mais de peu, devant la britannique BBC1 et l’italienne Rai Uno, toutes deux publiques), celle qu’il fallait redouter et dorloter, ce bras armé façonnant cerveaux et présidents, voit son audience baisser : une normalisation, en fait.
Paru dans Libération du 13 mai 2011
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