mercredi 19 septembre 2007 11:36
TF1 : pin-pon, y a l’feu à la fiction
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : série
DR
A ce stade, c’est carrément la morgue : 16,2 % de parts d’audience lundi soir pour l’Hôpital, la nouvelle série de TF1. Un score jamais vu sur la Une depuis février 2006 et le cuisant échec du Royaume, une télé-réalité médiévale que TF1 avait fini par déprogrammer. France 2 a ramassé la mise avec 32,7 % d’audience pour Cold Case, une autre série, mais américaine cette fois. Une douche froide pour TF1 qui compte tout de même poursuivre la diffusion de l’Hôpital. Depuis des mois, la Une claironne le renouveau de sa fiction. Enterre un à un ses vieux héros récurrents qui s’étalent sur quatre-vingt-dix minutes pour les remplacer par de sémillants cinquante-deux minutes (dix ans après que France 2 eut introduit ce format avec P.J.). Raté : le premier épisode de l’Hôpital, diffusé le 10 septembre, était juste au-dessous de 19 % de parts de marché. Jeudi dernier, Section de recherches (avec pourtant ce talent brut de Jean-Pascal Lacoste, oui le Jipé de Star Ac’) a frisé à peine les 20 % et lundi soir donc, l’Hôpital a poursuivi sa chute jusqu’à 16,2 %. Quand le moindre Joséphine, ange gardien rassemble encore plus de 37 % des téléspectateurs. Il faut dire que les molles intrigues de l’Hôpital, décalquées de la série américaine Grey’s Anatomy (voix off, héroïne fille de mandarin, amourettes entre médecins et internes déprimés) , déjà diffusée sur TF1, sont pour beaucoup dans ce four à l’audimat. Au final, plutôt que Grey’s Anatomy, l’Hôpital, c’est « Sous le soleil des scialytiques ». Oui, rétorquerez-vous, mais Joséphine, ange gardien, c’est pas du Bergman non plus, mais ça marche. C’est bien là le drame de TF1 qui, pour renouveler sa fiction vieillissante à base de héros récurrents (Julie Lescaut, Navarro, les Cordier), n’a rien trouvé de mieux que d’imiter les succès américains et d’en commander des pâles copies aux producteurs français : R.I.S. pour les Experts, Paris, enquêtes criminelles pour New York, section criminelle, etc. Pour TF1 - Takis Candilis, directeur de la fiction, en « séminaire de direction » toute la journée d’hier, n’a pu répondre aux questions de Libération, c’est ballot -, il y a deux raisons à cette débandade. D’abord, les Experts, diffusés jusqu’à trois soirs par semaine, ont « ringardisé » les séries tricolores. « Les séries françaises ont été d’autant plus ringardisées, rétorque le producteur Nicolas Traube, que ceux qui les ont commandées ont produit des ringardises ». Ensuite, plaide-t-on à TF1, il y a une crise globale de la fiction française. Ce qui fait légèrement pouffer dans les autres chaînes sur l’air de « Merci mais nous, ça peut aller ». A France Télévisions par exemple, note un spécialiste du secteur, « les derniers gros succès sont des fictions ». Michèle Podroznik, productrice à Telfrance, approuve : « Plus belle la vie, que je produis, réunit entre 5 et 6 millions de téléspectateurs chaque soir et les Maupassant de France 2 ont formidablement bien marché. » La semaine dernière encore, ce brave vieux Loulou la Brocante (France 3) a renvoyé Prison Break 2 (M6) à ses chères études. Tandis que les fictions puisant dans l’histoire récente se sont ramassées : « Ce qui ne marche pas, reconnaît Vincent Meslet, directeur des programmes de France 3, ce sont les sujets proches de l’actualité contemporaine. Par exemple, L’affaire Villemin a été en deçà de ce que nous attendions. » Même sanction pour Ondes de choc, fiction plutôt réussie diffusée samedi sur France 3 ou pour le Mesrine de TF1. « TF1 avait des fictions traditionnelles qui marchaient bien mais vieillissaient, note un spécialiste des médias, et elle a voulu faire une rupture trop brutale. Le problème, c’est que quand on singe la fiction américaine avec cinq fois moins de budget, c’est évident que ça ne peut pas marcher. » Pour Michèle Podroznik, l’équation est simple : « Avec l’argent d’un épisode de NYPD, on peut produire douze PJ ! » En cause également, la politique de production de TF1 et de son artisan, Takis Candilis, souligne Podroznik : « Takis choisit jusqu’à la couleur des sacs à main des héroïnes ! A partir du moment où le diffuseur a un droit divin sur la production, où il impose réalisateur, acteurs et auteurs, les fictions deviennent formatées. » Maigret, reviens, ils sont devenus fous !
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