vendredi 21 mars 2008 10:59
TNT locale : c’est le bouquet !
Sept chaînes ont été lancées hier en Ile-de-France. Séquence émotion.
par Arthur Navellou
tag : TNT
Lors de la cérémonie de lancement, hier, à Paris. Photo Frédéric Stucin. MYOP
Libération a confié son édition du 21 mars aux étudiants de Nanterre. Arthur Navellou est étudiant en licence 3 arts du spectacle
Dans la chaleur d’une salle surpeuplée du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), les chaînes locales franciliennes de la TNT voyaient le jour. C’était hier et j’avoue que c’est la larme à l’œil et le cœur serré que je vous fais part de ce grand moment d’émotion solennelle. Enfin l’Ile-de-France possède son propre bouquet télévisuel, des chaînes de proximité destinées à renouer les liens entres les Franciliens, dans la solidarité et l’amour. C’est beau, non ? La cérémonie a lieu dans une petite salle en haut d’un grand immeuble du XVe arrondissement de Paris et nous sommes conviés à nous y présenter à 11 h 30. Au programme : présentation des chaînes, discours du patron du CSA, d’une certaine Christine Albanel, le lancement et un festival de petits fours, de cocktail, de « oh c’est magnifique ! Quel merveilleux bébé ! » Il y a sept petits bébés, certains plus beaux que d’autres, et tous attendent pour sortir et commencer à se montrer. Le premier à se présenter n’est autre qu’IDF1 et, tout de suite, c’est l’illumination ! « Dorothée est là ! » Je trépigne d’impatience de voir cette idole qui certes n’a pas bercé mon enfance, mais a eu le mérite de traumatiser des centaines de milliers de jeunes. « Elle sera elle-même, dit le président d’IDF1, et également passeuse » entre les émissions au programme. Le jingle de la chaîne n’est pas sans rappeler les magnifiques productions télévisuelles des années 80, quand il faisait bon être daltonien. Un festival de couleurs fluo sur une musique bon marché, où de magnifiques voix célèbrent la solidarité pour « la plus belle des télés ». Une autre chaîne, une autre vision de la société. BDM TV, pour banlieues diversités médias, donne la possibilité aux jeunes de s’exprimer et d’interagir avec le média qui leur est dédié. Et pour le film d’annonce, le message est clair : « BDM TV, ça déchire ! C’est un truc de malade ! » Le tout sur une petite chanson jazzy de supérette. Enfin, ma préférée, Cinaps TV. Une chaîne à prétention artistique. Les présentations sont terminées, on va laisser parler Dominique Baudis, ancien président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, à l’origine de l’arrivée de la TNT en France. « Nous tournons une nouvelle page de l’audiovisuel français », dit Michel Boyon, qui a repris le CSA en 2007. Il faut dire que la France était à la ramasse en termes de chaînes locales face à ses voisins allemands, belges ou italiens. La ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, énonce les qualités que doivent avoir ces chaînes locales : « Pluralisme, souci de proximité et diversité. » Pour la qualité il faudra encore attendre. Michel Boyon lance ensuite un appel aux annonceurs, aux publicités qui rapportent tellement d’argent et qui mettent le feu à la maison France Télévisions. Ces nouvelles chaînes ont besoin d’argent pour vivre. Elles ne sont pas toutes nées avec une cuillère en argent dans la bouche, comme c’est le cas pour Cap24, qui bénéficie de soutien comme Hersant, Lagardère ou la Caisse d’épargne. Mais attention ! Le décompte ! 5... 4... 3... 2... 1... L’instant est magnifique, plus rien ne bouge. Ca y est ! Les chaînes sont lancées. Le combat commence alors pour les subventions et les petits-fours. On discute assez fort en sirotant tranquillement son champagne. Je fais plusieurs fois le tour de la salle, en quête d’informations croustillantes. J’entends la Ministre parler de la grande distribution, on parle aussi de la presse quotidienne régionale, qui a raflé toutes les chaînes de proximité en province.
Mais certains s’y voient déjà. Comme cet homme, d’une des chaînes associatives, qui parle de la concurrence et qui s’écrie, à propos des grandes chaînes : « On va les niquer ! On a dix ans d’avance sur le matos et le traitement numérique en banlieue. »
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