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mercredi 6 juin 2007 11:07

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Tarantino : en voiture, Marcel !

Le proustien « Boulevard de la mort » malaxe des souvenirs de séries B.

par Philippe Lançon

Kurt Russell dans Boulevard de la mort de Quentin Tarantino - DR

Boulevard de la mort (Death Proof) de Quentin Tarantino, avec Kurt Russell, Rosario Dawson... 1 h 50.

Brusquement, parmi tant de bavardages, d’accélérations, de condensation, de second degré, de bimbos et de machos, d’énonciations de mots sexuellement pénétrants, de mortels carambolages et de violence hystériquement distanciée, et alors que la fatigue ressentie ralentit le mouvement déployé, le nouveau film de Quentin Tarantino rappelle malgré lui une scène d’A la recherche du temps perdu.

C’est au début du Côté de Guermantes. Le narrateur entre à l’opéra pour y revoir la grande actrice racinienne qui enchanta son enfance : la Berma. Il se souvient de ce qu’il éprouvait : « Phèdre, la "Scène de la Déclaration", la Berma, avaient alors pour moi une sorte d’existence absolue. Situées en retrait du monde de l’expérience courante, elles existaient par elles-mêmes, il me fallait aller vers elles, je pénétrais d’elles ce que je pourrais, et en ouvrant mes yeux et mon âme tout grands j’en absorberais encore bien peu. Mais comme la vie me paraissait agréable ! L’insignifiance de celle que je menais n’avait aucune importance, pas plus que les moments où on s’habille, où on se prépare pour sortir, puisque au-delà existaient, d’une façon absolue, difficiles à approcher, impossibles à posséder tout entières, ces réalités plus solides, Phèdre, la manière dont disait la Berma. »

La Berma de Tarantino, l’a-t-il assez dit, vivait dans les cinémas de quartier où il se rendait enfant. Ses « réalités plus solides », « en retrait du monde de l’expérience courante », sont là. C’est à elles qu’il consacre sa recherche cinéphilique du temps perdu : il crée de ne pas oublier ce qui semblait fait pour l’être. La nouvelle réminiscence, Boulevard de la mort, est sale, bavarde, presque défaillante. Au moins reste-t-il quelque chose de l’enfance : l’énergie. Boulevard de la mort est une bonne barre de céréales, vaine et sucrée.

Là où allait Tarantino, il y avait deux films jumeaux par séance. Lui et Roberto Rodriguez (l’auteur de Sin City) ont repris ce principe. Rodriguez a tourné Planet Terror, inspiré par les films d’horreur des années 70 (de type George Romero). Le film de Tarantino rend hommage aux films de poursuites de voitures. C’est l’histoire d’un cascadeur machiste et dépassé qui tue sur la route, à l’occasion de poursuites ou de chocs frontaux, des bombes sexuelles conduisant de jolis bolides. Le film se divise en deux temps et deux trios de filles.

Tarantino fait d’abord supporter une demi-heure de conversations ineptes entre les trois premières. L’une des causeuses est jouée par la fille de Sidney Poitier. Quand le tueur arrive, joue au vieux chat puis les exécute, c’est un soulagement. Il est interprété par Kurt Russell, héros mineur des années 70, homme d’action fétiche du réalisateur John Carpenter. Russell, c’est la puissance ambiguë. En deux scènes, il séduit et fait jouir le spectateur : Tarantino joue sans compassion avec les pulsions du public.

Mais il faut une morale à l’histoire, même si personne n’y croit ­ même si tout n’est que « genre ». Le second trio de filles vaincra et humiliera le tueur, vengeant la mort du premier. Les héroïnes valent à peine mieux que le méchant. Dans la scène la plus absurde du film, celui-ci révèle un tempérament ridiculement lâche et douillet. A Cannes, Kurt Russell racontait qu’après la première prise, Tarantino lui-même trouvait que c’était trop : « Mais à la fin, c’est quand même cette prise qu’il a gardée. » Avec les souvenirs d’enfance, on n’en fait jamais trop.

Comme toujours, le metteur en scène effrite donc miette à miette sa madeleine industrielle. Il répète les « scratchs » qui, feignant la mauvaise qualité de la copie, font sauter l’image et provoquent en salle une inquiétude, puis, lorsqu’on a compris, quelques pouffements. Il introduit également des discussions cinéphiliques entre ses personnages, aussi abrutis soient-ils (la cinéphilie ne garantit aucune sensibilité) : deux cascadeuses (dont une vraie, la Néo-Zélandaise Zoé Bell, qui doublait Uma Thurman dans Kill Bill) font leur petit Talmud à propos de Point Limite Zéro (1971). Le film de Richard Sarafian mettait en scène un ancien marine, qui tentait d’effectuer Denver-San Francisco en quinze heures. Boulevard de la mort atteint le point limite en saturant de bruits, de mots ­d’une avalanche de signes ne renvoyant plus à grand-chose, sinon à « l’existence absolue », comme l’écrit Proust, de l’ex-enfant qui les combine. Les jeux de mémoire ne sont parfois qu’une manière de tuer les autres en route ­ ou sur elle.


Bande-annonce de « Boulevard de la mort »

A lire également :
- Site officiel de Death Proof (en anglais)
- Site officiel de Grindhouse (en anglais)


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  • Tarantino : en voiture, Marcel !

    7 juin 2007 10:29
    Quelle bétise d’avoir séparé les deux films... j’ai l’impression qu’on me prends pour un demi spectateur au passage Aura t on le droit un jour à la vraie version ( http://www.imdb.com/title/tt0462322/ ), telle que voulue à la base par Tarantino/Rodriguez ?
    • Tarantino : en voiture, Marcel ! 8 juin 2007 08:13, par tintinmarre
      selon Tarantino lui meme, il y a 3 films :
      - death proof (version "longue")
      - planet terror (version "longue")
      - grind house (avec les films en version courte + les bandes annonces)

 

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