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lundi 28 mars 2011 09:04

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Techno : recyclage à l’oeuvre

par Marie Lechner

tag : Art

ReFunct Media (extrait) de Benjamin Gaulon

L’Occident produit près de 50 million de tonnes de déchets électroniques chaque année (en Europe, seuls 25% sont recyclés), déversés en Afrique, en Inde ou en Chine transformés en poubelles numériques, comme le montre ces monticules fumants d’ordinateurs démembrés et toxiques au Ghana, saisis par l’objectif de Pieter Hugo dans sa série Permanent Error.

La question du recyclage est au coeur du travail de Benjamin Gaulon (voir aussi la playlist qu’il avait réalisé pour Ecrans). Qu’il s’agisse de donner une seconde vie à des fichiers numériques dont on n’a plus que faire ou de quincaillerie informatique réagencée. « Le déchet de quelqu’un est le trésor d’un autre », estime l’auteur de DigitalRecycling, sorte de vide grenier en ligne qui permet de mettre à disposition ses fichiers au rebut, « un peu comme un objet abandonné dans une rue qui devient un bien public ».

Graphiste, il se forme à l’électronique et à la programmation pour pouvoir maîtriser ses propres outils. Car, « utiliser un logiciel, c’est vivre le rêve de quelqu’un d’autre » selon la formule de l’un de ses professeurs. Le fan de hip hop et de jeu vidéo se met à démonter et bricoler des consoles de jeu obsolètes, transformant la NES de Nintendo en RES (Recycling entertainment system), une installation musicale pour six joueurs, dotés d’une manette connectée à un logiciel qui permet de jouer l’un des instruments (basse, percu, synthé, boucles...) et fait du jeu solitaire une expérience collective.

RES mini

Une version RES-mini existe désormais, à fabriquer soi-même de A à Z, grâce à un manuel en ligne, avec logiciel open source et plate forme Arduino. « Au départ, le recyclage s’est imposé pour des raisons bêtement financières, admet l’artiste qui en a fait son cheval de bataille. Il s’intéresse à l’obsolescence planifiée des biens de consommation, mais aussi à ces produits (iphone etc) qu’on jette alors qu’ils fonctionnent encore, simplement pour avoir le dernier design à la mode.

Plutôt que de longs discours, il confronte le public directement à ces technologies périmées, qu’il détourne dans de nouveaux dispositifs, comme dans ReFunct Media, longue chaîne de téléviseurs, caméras, ordinateur MO5 et autre gameboy hackés et interconnectés. Ou l’invite à mettre la main à la pâte lors d’ateliers e-waste, où les participants sont invités à imaginer un objet créatif personnalisé à partir d’un bric à brac de scanners poussiéreux, imprimantes et autres jouets électroniques. « Les gens réalisent tout ce qu’on peut faire avec ces déchets. Cette électronique des années 70 à 90 est relativement facile à hacker. Aujourd’hui c’est plus compliqué, souvent c’est une seule puce qui contrôle l’ensemble, recouverte de glu pour empêcher les manipulations ».

E-Waste

Comme la plupart des gens de sa génération, Benjamin Gaulon, 31 ans, navigue entre online et offline, parasite le cyberespace avec son logiciel de corruption d’images, ou investit les murs de la ville, avec son Printball, robot graffiti permettant de bombarder des messages via un fusil de paintball transformé en tête d’impression ou son Pong augmenté qui permet de jouer contre un bâtiment, la balle ricochant sur les aspérités de l’architecture, qu’on a pu voir en action lors du BYOB à Paris, le week end dernier.

Hard Drivin’ from recyclism on Vimeo.

Parfois, les installations sont à cheval entre les deux, comme Hard Drivin’, version revisitée du premier jeu de course dans un décor de polygones 3D, créée avec Ivan Twohig et Brian Solon, où les internautes peuvent commander à distance des petites voitures électriques qui carburent aux tweets. Plus le message est long et plus la distance parcourue est grande. On peut également faire "suivre" un utilisateur par une voiture, qui avance chaque fois que ce dernier twitte.

Installé à Dublin, Gaulon a fait de la ville son terrain de jeu, organisant de curieux ateliers de psychogéographie. Munis d’un récepteur 2,4 GHZ, gadget électronique acheté sur un site chinois, les participants scannent la ville à la recherche de signaux des caméras de surveillance privées sans fil. Les images interceptées sur l’écran mettent en lumière un étrange paradoxe, celui du surveillant surveillé, « elles permettent de voir depuis la rue ce qui est censé être protégé, un lit d’enfant, une cabine d’essayage, etc... ».

2.4Ghz™ Project by Recyclism from recyclism on Vimeo.


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