mercredi 7 mai 2008 07:48
Télé : Plus « Betipul » la vie
Série. Un soap sur le thème de la thérapie, diffusé par la chaîne Keshet, fait un malheur en Israël.
tag : série
Les acteurs de la série. Au centre, au premier plan, Assi Dayan. Debout, veste en cuir, Lior Ashkenazi. DR
En France, on a Plus belle, la vie, le feuilleton popu marseillais qui scotche tout le pays devant le poste à l’heure de la bouillabaisse familiale. En Israël, ils ont Betipul. Ca dure trente minutes et il ne se passe rien. Ou, si vous préférez, l’action se résume en une ligne : deux personnes sont assises l’une en face de l’autre, elles parlent. Et ça fait un malheur, cinq jours par semaine, pour la deuxième saison consécutive, sur la chaîne privée Keshet. En hébreu, Betipul veut dire « en thérapie ». L’idée est simple : chaque jour de la semaine, du lundi au jeudi, un psychothérapeute, Ruben, reçoit un patient différent – le pilote de chasse traumatisé parce qu’il a tué des civils en Cisjordanie, l’adolescente suicidaire, la jeune femme qui tombe amoureuse de Ruben... Le vendredi, c’est lui qui va chez son « contrôleur », son psy à lui, parler des problèmes que lui posent ses patients et de sa vie personnelle qui part en vrille. Le résultat risquait d’être radicalement soporifique. En réalité, les spectateurs sont accros. Et c’est vrai que, quand on a vu trois ou quatre épisodes, on est assez d’accord avec l’explication d’Arik Kneller, un agent littéraire et artistique de Tel-Aviv : « C’est back to basics : très bien écrit, très bien joué. » Betipul a été inventé par Hagai Levi, un ex-critique de cinéma qui a longtemps travaillé pour la télévision, « y compris sur des telenovelas. C’était nul, mais j’aimais ce pouvoir addictif du feuilleton quotidien ». Il a voulu recréer cette drogue de tous les jours, mais en imaginant quelque chose pour lui, ses amis et tous ceux qui pensent qu’il n’y a rien pour eux à la télé. Au départ, une ou deux envies. Retrouver le plaisir de « diriger deux personnes qui parlent de manière intime, le contraire d’une série avec des ambulances et des sirènes hurlantes ». Et raconter quelque chose sur les psys. Lui-même a été en thérapie toute sa vie, « après avoir quitté une famille ultra-religieuse et commencé à avoir des attaques de panique ». Mais ce qu’il voulait montrer, plutôt que les patients, c’était la vie du psychothérapeute. « Tous les patients se demandent comment vit leur psy et ce qu’il pense d’eux. C’est ça qui m’intéressait. » Pendant plus de deux ans, il a construit son histoire et, dès que les personnages ont été trouvés, il a confié chacun d’eux à un scénariste différent. Dès le début, il a aussi demandé à un psychothérapeute de travailler avec l’équipe. « On inventait des personnages de fiction et on lui demandait de les soigner. On lui disait : "Celui-ci vient vous voir, comment faites-vous avec lui ? Quelle enfance a-t-il eue ?" A la fin, on lui a demandé de regarder ce que nous avions écrit. Dans un épisode, l’adolescente, trempée par la pluie, se change chez Ruben. Il nous a dit que c’était absolument invraisemblable, on l’a quand même laissé. » Une autre particularité, c’est que les acteurs ont été choisis avant l’écriture des épisodes, le psy en particulier, interprété par Assi Dayan. En France, Dayan n’est pas très connu (même si on l’a vu récemment dans les Méduses et dans My Father My Lord), mais c’est un réalisateur, un écrivain et un des grands acteurs israéliens. C’est aussi, bien sûr, le fils de Moshe Dayan. En Israël, tout le monde a entendu parler de ses problèmes de drogue et de dépression, mais c’est une personnalité extrêmement populaire. Dans le casting, on retrouve aussi Assi Levi, la magnifique actrice d’Avanim, et Lior Ashkenazi, qui jouait un très irrésistible agent du Mossad dans Tu marcheras sur l’eau. Si la série a un tel succès, dit Hagai Levi, c’est que tout le monde peut se retrouver dans ces histoires de couples ou de malaise adolescent, « mais c’est aussi un miroir de la société israélienne, avec ce pilote fils de déporté, ce PDG ultra-compétitif ou cette femme de 40 ans qui ne supporte pas de ne pas avoir d’enfant ». Le plus étonnant, affirme-t-il, c’est que la série a entraîné une telle hausse de fréquentation chez les psys que leurs tarifs ont augmenté. Voilà qui est malheureusement invérifiable, mais ce qui est sûr, c’est que certains spectateurs sont retournés chez leur thérapeute habituel en lui reprochant de ne pas être comme Ruben – autrement dit de ne pas parler assez – et que d’autres ont appelé la production pour demander à Ruben de les prendre en thérapie. « C’est incroyable qu’un type aussi tourmenté soit devenu le psy de la nation. » Quant aux vrais psys, leur réaction a été globalement positive, souvent enthousiaste. Le DVD de la série est utilisé dans les conférences sur le transfert érotique et un thérapeute de Tel-Aviv s’est écrié : « Enfin ! Mes parents comprennent ce que je fais ! » Malgré cette unanimité nationale, Hagai Levi refuse, pour le moment, de céder aux pressions et de préparer une troisième saison. Il jure être encore épuisé par les deux premières. Il a quand même participé à l’écriture de la version américaine diffusée sur HBO et se verrait assez bien faire la même chose en Europe. A lire également sur Ecrans :
« In Treatment », le divan quotidien
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