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lundi 23 janvier 2012 12:39

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Télé : ç se dégr de

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : Bourre-Paf

Encore une chance, sur NRJ 12.

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Allez, AA+. Aura-t-on glosé sur cette dégradation infligée à la France par Standard & Poor’s… Ici, là, partout, évidemment sur les Internets où les petits marquis de la dérision, toujours abrités derrière l’anonymat de leur cynisme en bandoulière, se divertissent des malheurs de notre pays sur l’air de la Carmagnole, on a feint l’innocuité de cette déchéance. Alors que nous avons pu, dès le lendemain du funeste vendredi 13, constater l’apparition des premières séquelles.

Il était 20 h 37, ce samedi 14 et nous tentions de nous repaître d’une soupe à l’eau (c’est qu’on n’a plus de tickets de viande) en regardant, à la lumière d’une bougie de saindoux, la chaîne Gulli. Ben oui. Voilà que commence l’Ecole des fans. À quel grand chanteur de notre beau patrimoine croyez-vous que rendirent hommage ce soir-là les petits d’hommes ? Charles Aznavour ? Johnny Hallyday ? Voire, bien qu’un peu canaille et zazou, Francis Cabrel ? Non : Philippe Lavil. Philippe. Lavil. Voilà : sitôt la note économique de la France dégradée, la télé, déjà dans un sale état, se dégradait elle aussi ; ça ne faisait que commencer.

 

Elkabbach : dévalué !

 

Sombre lendemain de dégradation. L’Ecole des fans ayant vite fait de nous taper sur les bambous, on file sur Public Sénat. Oui, Public Sénat un samedi soir, c’est ça, le journalisme gonzo. C’est l’heure de Bibliothèque Médicis, l’émission de Jean-Pierre Elkabbach, notre concession hebdomadaire à l’intelligence à l’état pur au milieu de livres moisis (ou l’inverse). Et là, invité d’Elkabbach, Alain Duhamel. Déjà, Elkabbach, c’est raide mais Elkabbach plus Duhamel, ce n’est plus une dégradation de la télé, c’est carrément une rétrogradation circa 1974 : à vous Cognacq-Jay.

 

Zemmour et Naulleau : sapés !

 

Dimanche, notre AA+ vacillant, on se console à l’idée d’assister à la grande première de Zemmour et Naulleau. Sur M6. À 0h15. Virés de France 2, les mecs n’ont pas trouvé mieux, en guise de promotion, que de remplacer la causerie 100% Foot succédant au téléfilm érotique de la Six, on tombe de Charybde et Joy à Hongkong en Scylla, le célèbre libero du PSG, pour s’écraser sur Zemmour et Naulleau. Pire, c’est même pas du frais, mais une pauvre redif de l’émission diffusée sur Paris Première deux jours plus tôt, autant dire un siècle.

 

« L’amour… » : atrophié !

 

Que sont nos paysans devenus ? Que nous avions de si près connu, et tant moqués ? Ils sont où, Pôscôl qui mangeait du coq au vin en boîte au petit-déjeuner, Freddy les griffes de la fourche ? Où sont-ils tous ces célibataires de L’amour est dans le pré dont on redoutait qu’ils finissent dans Faites entrer l’accusé ? Au lieu de nos habituels monstres de foire agricole, la nouvelle saison du dating champêtre de M6, entamée lundi, n’exhibe plus que des candidats désespérément normaux, sans aucun éclat salace dans l’œil révélant la présence d’un charnier de jeunes vierges sous le fumier.

 

« Le grand frère » : déglingué !

 

Et après, on nous dira qu’il n’y a pas de complot… Comme par hasard, Pascal le grand frère est revenu sur TF1 mardi, soit quatre jours après la perte de notre beau triple A. Et, comme par hasard, lui aussi est tout flapi. Au point que la production a dû lui adjoindre des coachs (psy, chef d’entreprise et éducatrice spécialisée) pour venir à bout de cette graine de délinquant de Swann. Enfin, mauvaise graine… Une lavette, oui : dès le deuxième jour de mission de Pascal le grand frère, voilà Swann qui s’effondre en larmes au terme d’une séance de psychothérapie en auto-tamponneuse avec sa daronne (au sens strict : mère et fils se rentrent dedans sur un manège en se lâchant des phrases telles que : « T’as fait passer ton travail avant moi » ou « tu ne me portes pas assez d’attention », du lourd, du très lourd). Fini les Priscilla et les Kevin qui servaient à Pascal du « grand frère de merde », là, on n’aura droit qu’à un Swann traitant sa reum de « zobi ».

 

Lignac : détérioré !

 

Il avait Paris à ses pieds. Avec lui, M 6 avait créé le phénomène des émissions culinaires en lançant Oui chef ! En 2005. Une star des toques. Un cador des fourneaux : Cyril Lignac. Mais ça, c’était avant la nouvelle émission que lui a confié la Six : le Chef en France. La première, diffusée mardi, montre l’étendue de l’avanie infligée à Lignac : le voilà en Bretagne, dans un paysage évoquant la pub pour le thon Petit Navire, et dans quel but ? Apprendre les recettes locales. Quelle déchéance. Le voilà tentant de faire des crêpes et échouant lamentablement sous les lazzis d’un maître crêpier au teint écarlate de celui qui a été biberonné au chouchen. Quelle humiliation.

 

Castaldi : déprécié !

 

Une roue rutilante, un animateur fringuant, rien moins qu’une Miss France en guise de potiche. Et flop. Depuis le 9 janvier que Benjamin Castaldi et Valérie Bègue présentent la Roue de la fortune, désormais diffusée à 11 heures sur TF1, c’est un four, la Une étant même battue par France 2 et le néolithique Motus dont la célèbre boule noire était bel et bien l’augure qu’on redoutait : cinq jours après le retour de la Roue, la France perdait un A. « AAAAA, A, A, A, A, AAAA. » (1).

 

« Starac » : délabrée !

 

On rigolait, au début de cet article, avec les tickets de viande mais on y vient. La preuve, mardi prochain à 20 h 35 sur NRJ 12, avec Encore une chance, parfaite illustration de la dégradation de la télévision : d’anciens candidats de Star Academy, Popstars ou Nouvelle Star, ayant tous échoué à percer, sont conviés à un genre de soupe populaire de la chanson où il s’agit d’aller grappiller quelques résidus de célébrité sur une chaîne vue par environ trois téléspectateurs. Le gagnant se verra octroyer une chanson composée par le rappeur en plastoc K Maro et Corneille. Pas le dramaturge hein, mais le chanteur dramatique.

(1) Ceci est la petite musique déceptive qui, dans « Motus », accompagne la pioche de la boule noire.

 

Paru dans Libération du 21 janvier 2012


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