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dimanche 1er mai 2011 10:54

  • télévision

Télé, la triste réalité

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : télé-réalité

montage Ecrans

Approchez les enfants, approchez… Tiens, toi, petite Loana, monte sur les genoux du Dr Garriberts. Et regarde cet œil, là, en couverture de Télérama sous le titre « Dix ans de télé-réalité », ça te dit quelque chose ? Oui, c’est bien de là que vient ton si joli prénom. Loft Story, ça s’appelait. Non, Brandon, pas « scorie » - petit intello, va -, mais « story », une histoire. Quoi ? Que le Dr Garriberts vous raconte une histoire ? Ah non, pas celle du monsieur et de la dame tout nus dans la piscine en avril 2001 sur M6, celle-là tout le monde la connaît. Notre histoire, laissez-nous d’abord bourrer notre pipe, puf-puf , notre histoire commence au début de l’an 2001, dans le bureau de Patrick Le Lay, grand méchant loup de TF1. Il reçoit un autre grand méchant loup, Nicolas de Tavernost, de M6. Les deux messieurs prononcent ces mots : « Nous promettons de ne pas diffuser sur nos antennes respectives une émission du type Big Brother, c’est-à-dire un programme fondé sur l’enfermement pendant une longue période d’hommes et de femmes, vivant 24 heures sur 24 sous l’œil de caméras, faisant fi de toute intimité. » Et là, ils se tapent dans la main. Comment ça, Brandon, on ment ? Petit con. Oui, en vrai, ça c’est la version de Le Lay, toujours démentie par Tavernost. Mais on va faire comme si : ils ont juré-craché ; le 26 avril 2001, Loft Story n’a pas débuté sur M6 et n’a pas bouleversé toute la télé. D’ailleurs, la télé-réalité n’a jamais existé : il aurait été une fois.

Sans « Loft Story »

Du haut de la tour TF1, une femme contemple son empire. Quelle réussite. En 2005, son émission de l’après-midi est devenue une chaîne à succès de la TNT au point qu’en 2009, Evelyne Thomas a pu racheter TF1. Et dire que tout a commencé sur France 3, dans C’est mon choix, quand elle recevait des anonymes aux étonnants hobbies, tel ce quidam déguisé en pingouin qui gobait des sardines crues. Vu que la télé-réalité n’a jamais vu le jour, c’est Evelyne Thomas qui a eu le monopole de l’anonyme et en a fait son miel. Bon, d’accord, le miel pue un peu. Ainsi le 20 heures de TF1 présenté depuis le Celtique par Mimile (« Rhâ, y commencent à nous faire chier en Libye, c’est quand le beaujolais nouveau ? ») ou Retour de flammes, un concours de pets enflammés animé par Lagaf. Lesquels Mimile et Lagaf font, une semaine sur deux, les unes de Closer et Voici. Faut bien qu’elle vive, la presse people, sans Loana ni Giuseppe.

Désormais présidé par Jean-Luc Delarue, nommé là par le président de la République, Nicolas Sarkozy (eh ouais, ça, télé-réalité ou pas, impossible d’y couper), France Télévisions a su également négocier le virage de l’anonyme. Mais attention, on est sur le service public. Un gigantesque et quotidien Ça se discute explore un thème chaque soir différent : « Autisme et laïcité : ils témoignent », « Ma vie intime avec un trouble obsessionnel compulsif », « Le syndrome Gilles de la Tourette : Dominique de Villepin nous dit tout ».

M6, elle, continue de prospérer gentiment sur son vieux fonds de Petite maison dans la prairie. Marc-Olivier Fogiel est toujours sur la Six où il continue de recevoir dans T’empêche tout le monde de dormir d’anciennes vedettes auxquelles il continue de servir les mêmes questions : « Alors Micheline Dax, ça vous fait quoi d’être has-been-han ? »

Sans Benjamin Castaldi

Mais qu’avez-vous à vous agiter ainsi, petits Brandon et Loana ? Elle n’est pas drôle notre histoire ? C’est vrai que la lucarne sans la télé-réalité, c’est beaucoup moins rigolo : pas de crêpages de chignons à la boue fraîche dans Koh Lanta ni de maisons pleines de moisi poilu dans C’est du propre et encore moins de couples se trompant à string rabattu dans l’Ile de la tentation. Et encore, imaginez le funeste destin des Castaldi, Aliagas et Rotenberg. Le premier, sans la consécration publique de Loft Story, a laissé tomber la télé, après Célébrités qu’il animait sur TF1, pour porter casquette et sébile afin de faire visiter la demeure de Simone Signoret et Yves Montand. Il s’en contente, répétant à qui veut l’entendre que « c’est que du bonheur », mais il y a une eau dans son regard.

De chroniqueur chez Christine Bravo, Nikos Aliagas est devenu présentateur du JT de 20 heures de France 2. Et c’est là, plutôt que sur le plateau de la never-been Starac, qu’il se livre à des imitations de Johnny Hallyday, s’attirant les foudres quotidiennes de l’Acrimed. Elles, elles n’ont jamais connu les sunlights : Danièle et Béatrice astiquent au petit matin les bureaux de M6 au savon de Marseille et à la moutarde de Dijon. Oui, ce secret qu’elles nous auraient fait partager avec amour dans une autre vie et C’est du propre. Un seul, finalement, s’en est bien sorti sans connaître les joies de faire cling-cling sur sa coupe de champagne pour annoncer la Cérémonie de la rose dans le Bachelor : Stéphane Rotenberg tient toujours la chronique auto dans Libération. Un joli succès. Dédé, quant à lui, persiste à écrire des chansons pour Liane Foly. Malheur.

Sans Loana

Il faut être fort, la Jument de Michao ne sera pas le tube de l’été 2011 puisque Nolwenn Leroy ne chante que dans sa salle de bains, et sans caméras, la nulle. Idem Jenifer, toujours attachée de presse comme avant la Starac qu’elle n’a jamais fait, de même que Grégory Basso, qui ne sera pas le Millionnaire de pacotille de TF1, continue de croupir dans un cachot humide après avoir encore une fois vendu du shit à un policier en uniforme. Steevy ? Ce jeune barman connaît un gentil succès dans une discothèque mancelle grâce à son cocktail le Bourriquet. Une certaine Loana affole de ses danses lascives les VRP en goguette niçoise. Pas loin de là, on apprécie la gouaille de cette serveuse, Angela, qui n’aura évidemment jamais « la tehon devant toute la ceFran » beuglée dans Loft Story 2, mais juste la tehon devant tout Juan-les-Pins. Brandon et Diana, sans Ile de la tentation, restent fidèles l’un à l’autre ainsi qu’à leurs spectacles érotiques dans des boîtes de nuit. Le cachet est de misère, mais ils ne croiseront jamais la route de maître Jérémie Assous, l’avocat des tentateurs et trices : il a raté l’examen du barreau et officie pour le tirage du Loto en tant qu’huissier. Enfin et surtout, nous ne saurons jamais qui c’est qu’a pété.

Paru dans Libération du 30/04/2011


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