Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

dimanche 6 novembre 2011 10:36

  • télévision

Télé : le Pirée devant nous

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : musique , télé-réalité , Bourre-Paf , Grèce

S.A.G.A.P.O. à l’Eurovision 2002 - DR

» sur le même sujet

Instants télé : Indigné, indigeste et indigent

Dechavanne cède sa place, NRJ 12 recycle les rebuts et PPDA squatte France 3.

Bon alors, nous allons être très clairs : ça suffit. Ça. Suffit. Certes, ils vont bientôt nous contraindre à réinstaurer les tickets de rationnement alors qu’eux, c’est bien connu, roulent tous en Porsche Cayenne qu’ils conduisent d’une main, l’autre passée par la fenêtre pour aérer leur vulgaire gourmette en or mais merde : les Grecs sont aussi des êtres humains, enfin. Et pourtant, on la sent enfler, la nuée de huées contre nos dispendieux voisins qui se permettent de songer à des référendums alors qu’on leur sauve la vie. On la voit la prochaine une de Charlie Hebdo avec un pope hilare nous menaçant de « 100 coups de moussaka si vous ne riez pas » ; on l’imagine déjà l’odieuse circulaire anti-Grèce (logique, en fait, après la circulaire anti-Rroms… Rroms… Rome… Grèce… Bon d’accord, on la remballe). Alors que la Grèce, on lui doit tout. Pas seulement le berceau de la démocratie gnagnagna, non. Figurez-vous que, nous l’avons découvert cette semaine et il faut le dire vite tellement c’est énorme, la Grèce est le berceau de la télévision française.

 

L’Eurovision à l’origine

 

Bien sûr, l’Eurovision. Qui, chaque année et trois minutes durant, voit la musique grecque imprégner un peu plus à la fois nos portugaises et le paysage audiovisuel français. Allez-y, donnez-nous une année au pif et on vous interprète, avec la choré s’il vous plaît, la chanson du candidat grec. 2002 ? Fastoche : S.A.G.A.P.O. Là, imaginez cinq gus, entre CRS et Terminator pour le costume (et un peu pour la danse, aussi), chantant, l’air très pénétré : « Give the password, the password, the password [oui, il y avait un brin d’écho, ndlr], say the magic word, S.A.G.A.P.O. » Soit J.E.T.A.I.M.E. Une autre ? 2009 ? Impossible que vous ayiez oublié Sakis Rouvas, téton au vent, perché sur un genre d’agrafeuse géante qui s’ouvre à la fin de la chanson pour dévoiler un drapeau grec. Et le refrain… ! « This is our night », brame Sakis. « FLYYYYY… » s’exclame le chœur pour le coup pas très antique. « …To the top, baby ! » s’enflamme Sakis. Moquez-vous mais Sakis a fini septième. Preuve que la créativité musicale grecque fait son chemin jusqu’aux esgourdes européennes pendues devant leur télévision, Helena Paparizou, en 2005, se hisse même sur la plus haute marche du podium avec le certes pas très hellène You are my number one. Et c’est avec l’organisation de l’Eurovision l’année suivante, tous les économistes un peu sérieux vous le diront, que les finances grecques ont commencé à sérieusement déconner.

 

Les piliers Nana et Demis

 

Là, alors que S.A.G.A.P.O. est en train de vous vriller le cervelet, on vous sent douter de notre angle d’airain, prêt à jeter cet article avec l’eau du Papandréou. Alors, on abat notre paire d’as : Nana Mouskouri et Demis Roussos. Ça calme, hein ? Que serait donc la télévision française sans Nana ni Demis ? Pas grand chose, vous pouvez nous croire tant ces deux artistes lyriques — non, nous n’avons pas peur des mots — ont façonné le PAF. Sans eux, pas de Guy Lux, pas de Jacques Martin, pas de Maritie, ni de Gilbert, ni de Carpentier. Ils en étaient à chaque fois, ou presque, Nana et Demis, des Numéro 1, des Top à…, des École des fans et des Palmarès, infusant notre belle télé française à la grecque. Les preuves existent, vous les trouverez sur les internets. Ainsi la Périchole d’Offenbach interprétée deux fois au moins par Nana Mouskouri, une avec Thierry Le Luron, en 1980, et une autre avec Marcel Amont, en 1972 (et à moto, ne nous demandez pas pourquoi).

Et Demis Roussos, on lui doit, nous indiquent des archéologues de renom, rien moins que le générique du feuilleton le Jeune Fabre (en très gros, voire en énorme, le Secret Story de 1973). Mmmgrnimportequoimmmgr… Pardon ? Vous osez chouiner devant le caractère un peu daté de cette éclatante démonstration ? Puisque c’est comme ça, on vous balance dans la tronche 1) Vangelis. 2) Sandra princesse rebelle. La musique — les Chariots de feu — du premier, Grec patenté, servit de gimmick musical aux retransmissions sportives d’Antenne 2 dans les années 80. Plus proche de nous encore, la seconde, terrible héroïne de feuilleton de TF1 en 1995, avait pour crieur de générique — on n’en sort pas — Demis Roussos. Et ne vous plaignez pas, on vous épargne Georges Moustaki.

 

Aliagas pour l’exemple

 

Allez savoir pourquoi, pour contaminer le paysage audiovisuel français, la Grèce n’a pas suivi le canal habituel qui consiste à inonder les marchés étrangers de ses programmes. Interrogé par Libération, Bertrand Villegas, spécialiste des télés du monde entier au sein de l’agence The Wit, est formel : « Je ne peux pas penser à une exportation grecque. » De fait, côté télé, la Grèce semble un peu à l’ouest. Là-bas, pas de Big Brother mais un Big Mother avec des candidats enfermés en compagnie de leur mère. Et en mars, alors que la crise financière dansait déjà allègrement le sirtaki, une chaîne programmait The Real Housewives of Athens, l’adaptation d’une télé-réalité américaine exhibant de riches rombières athéniennes. Très adéquat.

Plus inspiré, le jeu Money Drop est arrivé en Grèce un an avant la France (sur TF1) : il s’agit non pas de gagner de l’argent, mais de ne pas perdre le pactole de départ. Qui se retrouve quasi systématiquement dilapidé, si vous voyez ce qu’on veut dire, cochons de Grecs.

Pas la thrace d’un programme grec dans le PAF qui continue pourtant de voir la colonisation grecque gagner chaque jour un peu plus. Jusque dans la publicité (oui, « la feta Salakis au bon lait de brebisse »). La liste est longue, qu’on ne va pas établir ici, du dessin animé Ulysse 31 à la journaliste Daphné Roulier, en passant par le producteur à succès Takis Candilis. C’est même devenu un tic à la mode dans le PAF que de se faire passer pour grec afin de réussir. Regardez donc ce félon de Nikos Aliagas : animateur fétiche de TF1, tout lui réussit, Star Ac, chansons. Le voilà même désormais, au côté de l’un de nos plus brillants comiques Nicolas Canteloup, en charge de l’ultrastratégique case de l’après-20 heures de la Une. Grec, Nikos ? Tu parles ! A d’autres… Il se parfume au tarama, c’est tout.

 

Paru dans Libération du 5 novembre 2011


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

musique - Un coup de Moog

télé-réalité - NRJ 12, garage à BIP !

Bourre-Paf - De la BFMisation de la télévision

Grèce - Anonymous à l’offensive en Grèce

article précédent
Le petit libraire, les géants du Net et la TVA
article suivant
La bourse ou le rugby !


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Raphaël Garrigos
  • écrire à Isabelle Roberts
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008