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dimanche 18 novembre 2007 17:32

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Télé : où va la redevance

Sur les 116 euros de la taxe audiovisuelle annuelle, France Télévisions en perçoit 68.69 %. Soit 79,69 euros. Détail en 11 exemples.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , radio , économie

CC daviddesign

Vingt millions de foyers français se sont posé la question jeudi en payant leur redevance audiovisuelle  : rogntudjuu  ! mais où vont-ils ces 116 euros  ? Difficile de trouver taxe plus impopulaire, et pourtant, la redevance française est l’une des moins chères d’Europe  : les Britanniques payent 200 euros par an pour financer la BBC, qui ne dispose pas de ressources publicitaires. Car si en France la télé publique a de la pub, France Télévisions tire plus de 60 % de ses revenus de la redevance, soit 1,8 milliard d’euros, quand la publicité lui rapporte quelque 800 millions d’euros par an (contre 2,6 milliards en 2006 pour TF1). Sans la redevance, France Télévisions n’aurait plus qu’à mettre la clé sous la porte.

Vendredi, à l’Assemblée nationale, les députés examinaient le chapitre audiovisuel public du projet de loi de finances 2008. Ils ont reconduit la redevance à 116 euros le petit doigt sur la couture du pantalon, vu que le Nicolas Sarkozy s’est fermement opposé à toute hausse. Seul le député Christian Kert – UMP en plus – a joué les empêcheurs de tourner en rond en voulant faire adopter une hausse de 2 euros. En vain. Pour Kert, il s’agissait de lancer le débat sur le sous-financement de l’audiovisuel public. Car 2 euros, c’était, pour la télé publique, 40 millions d’euros bruts de plus dans ses caisses. Une somme bienvenue alors que, laminée par le succès de la TNT, France Télévisions pourrait avoir du mal à boucler son budget.

Depuis des mois, son président, Patrick de Carolis, tente d’obtenir une rallonge  : hausse de la redevance, coupure pub dans les divertissements… Tout lui a été refusé, le gouvernement repoussant le débat au printemps 2008.

Pour patienter, voici les réponses à l’angoissante question de savoir où vont nos fameux 116 euros : Libération a sorti son boulier et calculé le coût, par an et pour chaque foyer qui s’acquitte de sa redevance, de quelques unes des émissions emblématiques du service public.

9,60 € pour l’info

C’est l’un des plus gros postes de dépense de France Télévisions (avec la masse salariale de quelque 11 000 personnes travaillant pour la télé publique, dont plus de 2 500 journalistes) et le plus gros investissement, tout programmes confondus. Pour 9,60 euros, le téléspectateur dispose, chaque jour, de neuf journaux télévisés sur France 2 et de… 111 journaux sur France 3, en incluant les multiples éditions locales des stations régionales. Ces quasi 10 euros comprennent également tous les magazines d’infos des chaînes publiques, tels Envoyé spécial (France 2) ou Pièces à conviction (France 3).

0,53 € pour « Ce soir (ou jamais) »

Frédéric Taddeï sur son plateau. DR
C’est l’incarnation du « virage éditorial » voulu par Patrick de Carolis  : une émission culturelle quotidienne et en direct. Lancé en septembre 2006 sur France 3 et malgré une audience légère, Ce soir (ou jamais) s’est peu à peu installé dans le paysage  : le saxo du générique, l’ambiance de boîte de nuit où l’on bavarde de tout et de rien, où parfois on s’engueule, où souvent on réfléchit. Depuis la rentrée 2007, Marie Drucker et son Soir 3 ont rejoint le plateau de Frédéric Taddeï. Bref, un agréable ovni dans le PAF.

0 € pour Patrick de Carolis

DR
Non, le président de France Télévisions ne travaille pas pour des quetsches, mais son salaire est négocié directement avec le ministère des Finances. Il touche 240 000 euros par an, auxquels s’ajoute éventuellement une part variable, conditionnée aux résultats de France Télévisions. « Je gagnais plus lorsque j’étais animateur des Racines et des ailes », a-t-il récemment déclaré lors d’une rencontre avec des téléspectateurs. Surtout, c’est une misère vis-à-vis de ses concurrents  : en 2006, Nicolas de Tavernost (M6) affichait 1,7 million d’euros annuels au compteur, tandis que Patrick Le Lay (TF1) tentait de survivre avec 2,2 millions d’euros.

0,13 € pour « Des chiffres et des lettres »

Alors là, franchement, c’est donné. 13 centimes d’euro pour les animateurs les plus hype de la télé, à savoir Laurent Romejko, Bertrand Renard et Arielle Boulin-Prat, c’est peanuts  ! Oui hype, car depuis quelque temps, nos trois amis des Chiffres et des lettres jouent de petites pastilles comiques pour annoncer l’émission un peu avant 17 h 30 sur France 3. Ça donne Romejko et Renard chantant « On est en finaleu, on est en finaleu des Chiffres et des lettres ! » et priant Arielle de leur apporter de la bière. Bon, pour ceux qui ne seraient pas convaincus, un simple calcul : 13 centimes d’euro, ça fait 0,014 euro la lettre par tirage de neuf lettres, et 0,021 euro le chiffre. Honnêtement ça les vaut.

0,43 € pour « Télématin »

Sachant que, chez Darty, le radio-réveil le moins cher coûte 7,90 euro (ceci dit sans corruption aucune), on en a pour son argent chez William Leymergie qui, 260 jours par an, s’attache à nous sortir du paddock en douceur.

1 € pour « Plus belle la vie »

Sur le tournage de Plus belle la vie. DR
Ça peut paraître un peu cher pour le soap marseillais de France 3, tous les jours à 20 h 20. Mais songez que pour 1 euro, soit le prix d’une baguette tradition, vous avez les lasagnes de Roland. Oui, car figurez-vous que dans l’épisode de jeudi, Roland le bistrotier est jaloux, car Blanche et Johanna préfèrent les lasagnes d’Emma aux siennes. C’est avec ce genre de palpitante intrigue que Plus belle la vie bat régulièrement le 20 heures de France 2.

0,98 € pour « France 2 Foot »

DR
L’affaire a beaucoup fait jaser  : en mars, France 2 remportait, au nez et à la barbe de TF1, les droits télé du magazine dominical de football que détenait la Une depuis des lustres, via Téléfoot. Joli coup de Carolis. Sauf que le chèque signé par France Télévisions reste en travers de la gorge : 24,5 millions d’euros pour un an de droits. Ça fait mauvais genre quand Carolis se plaint de n’avoir pas le sou vaillant. Surtout, France 2 Foot, l’émission créée pour accueillir les droits de la Ligue 1, est un four d’audience par rapport au Téléfoot de TF1.

0,15 € pour « Guerre et paix »

DR
Des canons par centaines, des fusils par milliers, autant de figurants, dix-huit semaines de tournage en Lituanie et en Russie, quatre épisodes et Malcom McDowell en cerise sur le pompon du gâteau. Le tout pour la modique somme de 15 centimes. C’est ce qui en coûte au contribuable pour avaler ce gros gâteau de Guerre et paix dont France 2 diffuse le troisième épisode mardi à 20 h 50. Pas cher pour une fiction à 25 millions d’euros, mais il s’agit d’une coproduction internationale à laquelle France 2 contribue à hauteur de 18 %, le reste étant notamment financé par la Rai italienne et la ZDF allemande.

0,04 € pour le théâtre en direct

C’était l’une des promesses de campagne de Patrick de Carolis pour la présidence de France Télévisions  : du théâtre à 20 h 50, et en direct s’il vous plaît. Promesse tenue le 3 novembre avec la diffusion sur France 2 de Faisons un rêve de Sacha Guitry depuis le théâtre Edouard VII. Devant le petit écran, la place était à 4 centimes d’euro, contre 22,50 pour le fauteuil le moins cher au théâtre. La retransmission a fait salle pleine sur la Deux, avec 5,4 millions de téléspectateurs, juste derrière les Enfants de la télé de TF1 (5,9 millions de personnes). France Télévisions a déjà prévu de remettre ça en 2008.

0,85 € pour « Toute une histoire »

Delarue sur son plateau. DR
Vous trouvez ça un peu chéro pour regarder Delarue interviewer quotidiennement dans Toute une histoire sur France 2 des femmes qui ont découvert que leur mari était en fait un dangereux criminel (perso, nous à chaque fois qu’on a regardé, c’était ça le sujet) ? Mais c’est une paille quand on songe que c’est avec une partie de ces 0,85 euros que Delarue s’offre des vacances au bout du monde, et nous fait bien rigoler en gifflant des hôtesses avec des saumons.

0,13 € pour « Empreintes »

Empreintes est une collection de 120 documentaires de 52 minutes qui sont diffusés depuis la rentrée chaque vendredi soir sur France 5. Chaque numéro est consacré à une personnalité française que la chaîne juge marquante pour l’époque. Coût pour une série de 30 épisodes : 13 centimes d’euros par redevance. Soit, pour se voir raconter ce vendredi la vie de Sœur Emmanuelle, moins de trois fois rien. Ceux qui trouvent que c’est encore trop cher diront trois Je vous salue Marie.


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