Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 25 janvier 2008 10:48

  • télévision

Télé sans pub, chiche ?

par Guy Seligmann, Jacques Fansten

tags : économie , Télé sans pub

Jacques Fansten, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques et Guy Seligmann, président de la Société civile des auteurs multimédia.

Depuis le 8 janvier et l’annonce par le président de la République d’une « réflexion sur la suppression de la publicité sur les écrans de la télévision publique », l’ensemble des professionnels sont sonnés, partagés entre la stupéfaction et l’inquiétude. Faut-il se féliciter ou s’inquiéter de cette annonce ? Trop tôt pour le dire sans doute. Depuis longtemps, les auteurs ont souvent protesté contre le formatage et l’uniformisation imposés par la publicité sur les grilles de programme. Nombre d’entre eux ont rêvé d’un service public débarrassé des contraintes publicitaires. Ce pourrait être une grande nouvelle, mais il y faut quelques conditions. Depuis le 8 janvier, on nous annonce tous les jours qu’elles seront remplies. Pouvons-nous répondre : chiche ?

D’abord, il faut la garantie d’un financement pérenne et dynamique qui, non seulement compense immédiatement les pertes et permette de financer les quelque trois heures quotidiennes de programmes qui se trouveront libérées et qu’il faudra bien alimenter, mais aussi soit en progression régulière dans les années à venir. Rappelons que notre service public de l’audiovisuel souffre depuis longtemps d’un sous-financement constant. Comment faire ? Le choix de la clarté et de la cohérence devrait inciter un gouvernement - si prompt à se référer aux modèles britanniques et allemands dont le succès repose notamment sur des niveaux de redevance élevés, respectivement 181 euros et 204 euros par an - à une revalorisation conséquente de cette ressource naturelle du service public. On nous dit que ce n’est pas là le bon chemin, on nous parle de taxes diverses. Nous craignons que ce soit insuffisant. Le gouvernement doit trancher, mais il doit garantir un système qui durera. Chiche ?

Ensuite, il faut une continuité du périmètre du service public, l’assurance qu’il ne va pas rétrécir au gré d’économies à faire ou de cadeaux à la concurrence. On nous affirme qu’il n’y aura pas de privatisation et qu’il restera multiple et ambitieux. Chiche ?

Au-delà des moyens, cette réforme sera jugée à l’aune de sa capacité à remettre la création au cœur du service public et à renforcer sa singularité et son identité. Un service public de télévision exemplaire, ce sont des programmes de qualité, bien sûr. Mais il doit aussi jouer un rôle d’entraînement pour l’ensemble du paysage audiovisuel. La BBC, qu’on cite si souvent, influence fortement les programmes des chaînes commerciales anglaises. Et nous savons bien que si France Télévisions renouvelle le succès de ses retransmissions théâtrales, il ne se passera pas longtemps avant que des chaînes commerciales ne s’intéressent au théâtre, si longtemps absent de nos antennes. C’est pourquoi il importe de lui garder la volonté de toucher un public large. Car rien ne serait pire, sauf à vouloir organiser le démantèlement futur du service public, que de reléguer France Télévisions dans un ghetto. C’est aussi un choix politique. Chiche ?

Il faudra redéfinir les cahiers des charges de ce service public, a souhaité le président de la République. Solennellement, au nom des auteurs de télévision, nous demandons à être associés à la réflexion. Car cette réflexion doit être plus large qu’une simple négociation, voire un marchandage, entre des diffuseurs et des cabinets ministériels, comme cela se fait couramment. Les programmes sont conçus et réalisés par les talents conjugués des auteurs des œuvres, des producteurs et des diffuseurs. Il est indispensable que, cette fois, ils puissent être partie prenante et confronter leurs points de vue, différents mais complémentaires. Le président de la République affirme souvent sa volonté de dialogue. Chiche ?

Il y aura des choix quantitatifs pour renforcer la vocation du service public d’être un partenaire privilégié de la création : par exemple, l’augmentation des obligations de diffusion des chaînes publiques en les portant à 50 % pour les œuvres françaises (au lieu de 40 %) et à 70 % pour les œuvres européennes (au lieu de 60 %) ; la suppression de l’abattement de 30 % dont bénéficie France 3 dans le calcul de ses obligations d’investissement dans la création audiovisuelle et cinématographique ; un renforcement des engagements au profit du spectacle vivant. Nous voulons aussi participer aux réflexions et aux choix qualitatifs. Non pas pour intervenir sur les choix éditoriaux de chaque chaîne, qui appartiennent aux dirigeants de France Télévisions, mais pour proposer des perspectives pour vivifier la création dans notre pays. Les auteurs ont aussi des choses à dire dans ces domaines. Chiche ?

Par ailleurs, ces nouvelles règles vont bouleverser l’ensemble du paysage audiovisuel. La redistribution des ressources publicitaires qui bénéficiera pour partie à TF1, M6 et aux acteurs de la TNT, rend aussi nécessaire de repenser les obligations de ces diffuseurs dans les œuvres audiovisuelles. Il ne faudrait pas exonérer les télévisions commerciales, et notamment les chaînes de la TNT dont la contribution à la création audiovisuelle et cinématographique est totalement marginale, d’une participation maintenue, voire accrue, au financement de la création au moment même où les transferts de publicité feront croître leur chiffre d’affaires. Tout autant, l’évaporation d’une partie des recettes publicitaires vers Internet ne devra pas intervenir sans qu’une réflexion soit lancée sur les moyens d’assurer une juste contribution au financement de la création par les opérateurs de ces nouveaux médias, qui diffusent des œuvres cinématographiques et audiovisuelles et qui en tirent des revenus publicitaires de plus en plus importants. Cette réforme peut être l’occasion de réguler mieux l’ensemble des relations entre la création, la production et la diffusion. Chiche ?

Nous avons des raisons de nous inquiéter. En octobre dernier, le gouvernement avait décidé de renoncer à la publication de décrets réglementant les obligations d’investissement des diffuseurs dans les œuvres audiovisuelles, textes qui, pourtant, avaient été votés à l’unanimité par le Parlement. Nous en avions retiré le sentiment d’un choix politique qui privilégiait les intérêts à court terme des chaînes commerciales au détriment du respect de la parole donnée. Nous ne demandons qu’à être rassurés. Depuis le 8 janvier, on nous répète que le choix a été fait d’organiser et de défendre un service public de l’audiovisuel sans publicité. Nous ne pouvons que demander aux pouvoirs publics d’être à la hauteur d’un défi qu’ils se sont eux-mêmes lancé. Chiche ?


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

économie - [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Télé sans pub - Voici Filippetti, et Valois le travail

article précédent
Monopoly : Une deuxième chance pour Montcuq ?
article suivant
Coup de pied dans le PAF


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • Un coup de Moog

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008