Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 17 janvier 2011 12:24

  • internet
  • téléphone

Télécoms : le gendarme mis au pas

par Catherine Maussion

tags : politique , Arcep

Photo Thimothy Allen, CC BY SA

C’est quasiment chose faite : le gouvernement disposera bientôt d’un siège chez le régulateur des télécoms, l’Arcep. En l’espèce, un commissaire du gouvernement. L’amendement-surprise devait être voté hier soir par les députés. Et il crée beaucoup d’émoi en dépit des dénégations, mercredi, de son instigateur, le ministre de l’Industrie, Éric Besson : « Ce n’est ni une mise sous tutelle ni une remise en cause de l’indépendance de l’instance. »

Sidération du monde des télécoms et de la gent politique, d’abord en raison de la rapidité avec laquelle le gouvernement a dégainé : rien n’a filtré du dessein du ministre jusqu’à mercredi. L’amendement a été accroché à un texte technique lundi, trois jours avant le débat. Celui-ci s’est tenu, comme prévu, dans la soirée d’hier. Sidération également teintée de réprobation face à l’inélégance de la méthode : Eric Besson a dévoilé l’initiative sous les ors des plafonds de la Sorbonne, mercredi, alors qu’il était invité par l’Arcep à ses vœux. Pour Laure de la Raudière, députée UMP et spécialiste des télécoms, la précipitation du vote « a créé de la suspicion. Tout cela explique l’émotion. Mais cela ne la justifie pas ».

Pourtant, très vite, les langues se sont déliées, soulignant les risques d’une emprise du politique sur l’Autorité et d’une vigueur accrue donnée aux lobbys. Jusqu’à la Commission européenne, qui s’en est émue hier, déclarant qu’elle allait « vérifier de très près la conformité de ce projet avec la réglementation européenne », en fervente supportrice d’une Arcep « indépendante et impartiale ». De fait, sur beaucoup de dossiers, les forces sont à l’œuvre pour mettre au pas le gendarme des télécoms. Exemple : celui de la défense des consommateurs. En novembre, coup de théâtre, l’Arcep se saisit du sujet et met en consultation publique 30 propositions de protection des abonnés. Certaines hérissent les opérateurs, comme l’obligation de proposer des offres sans engagement pour le mobile, ou de définir, pour Internet comme pour les portables, des standards de qualité. Commentaire d’un dirigeant d’un opérateur mobile, mercredi, à la réception sorbonnarde : « Mais de quoi se mêle l’Arcep ? Normalement, c’est une compétence qu’elle partage avec le politique. » En l’occurrence, le secrétaire d’Etat à la Consommation ou les agents de la répression des fraudes (DGCCRF).

Grincements de dents aussi du côté des services de l’État. Ses ministres ne pourront plus se targuer de donner leur nom à une loi, comme l’a fait Luc Chatel en rendant, par exemple, les hot-lines gratuites. « C’est vrai qu’on déshabille un peu la DGCCRF, et qu’on coupe l’herbe sous le pied au secrétaire d’État à la Consommation », reconnaît-on à l’Arcep. Mais l’Autorité sait pouvoir compter sur le soutien des consommateurs. Hier, Alain Bazot, le président de l’UFC-Que choisir, dénonçait sur son blog, « un gouvernement qui veut carrément sa place à l’Arcep ».

L’octroi des futures licences de téléphonie mobile est potentiellement un autre enjeu de conflit, entre un État financièrement exsangue et une Autorité privilégiant la couverture du territoire. « L’Etat a sans doute envie que cela se passe le mieux possible pour ses caisses », commentait hier François Brottes, député PS, alors que Besson s’apprête à lancer l’appel d’offres pour les futures licences 4 G. Et un opérateur faisait remarquer dès mercredi soir : « Regardez, Bercy a inscrit 2 milliards d’euros de recette pour les futures licences dans la loi de finances. » Il y avait déjà eu de beaux bras de fer : au moment de l’envolée des enchères autour des licences 3 G ou, tout récemment, autour de l’opportunité de faire entrer un quatrième opérateur — en l’occurrence Free — sur le marché du mobile. L’Arcep avait dû argumenter face au lobbying de Bouygues à l’Elysée. Avant que, finalement, François Fillon ne tranche au cœur de l’été 2009 en faveur de Free.

Et que dire du conflit d’intérêts de la puissance publique autour de France Télécom ? Mercredi soir, le régulateur des télécoms a répliqué crânement au ministre Besson, évoquant « la confusion des rôles entre l’Etat régulateur et l’Etat actionnaire ». Il est allé jusqu’à agiter le spectre de « l’effroyable crise du Crédit lyonnais ».

Pour mémoire, l’Etat est toujours le premier actionnaire de l’opérateur, avec 26,73% du capital, et l’action reste au plus bas. Hier, le syndicat CFE-CGC - Unsa, puissant chez France Télécom, n’a pas semblé être vraiment fâché par l’irruption d’un commissaire à l’Arcep. S’il y a une cause qui cimente la direction de l’opérateur avec ses syndicats, c’est bien la résistance à la montée en puissance de la concurrence. « Faut-il dissoudre Arcep ? » s’interrogeait ainsi hier la CGC.

Paru dans Libération du 14 janvier 2011

Sur le même sujet :

Éric Besson veut marier CSA, ARCEP et ANFR (12/1/2011)


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

politique - Pierre Lescure, des intérêts en question

Arcep - Free Mobile : les opérateurs virtuels veulent une sanction

article précédent
Brider les enjoliveurs en roue libre
article suivant
Facebook mis à nu


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen
  • Un coup de Moog

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008