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lundi 31 janvier 2011 10:53

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Téléphonie : label d’urgence pour les démunis

par Catherine Maussion

tags : économie , FAI , forfait social

Photo Erik Hersman, CC BY

Un label. C’est ce que le gouvernement a sorti au débotté hier matin. Comme il y a le poulet bio, il y aura le forfait mobile étiqueté social. Dix euros maxi pour trente à quarante minutes d’appels et 30 à 40 SMS. Mais c’est beaucoup moins clair pour les offres Internet. Les opérateurs télécoms, conviés hier à Bercy par Eric Besson, le ministre de l’Industrie, et Frédéric Lefebvre, le secrétaire d’Etat à la Consommation, pour réfléchir à des offres ciblant les plus démunis, n’étaient pas franchement disposés, après le relèvement de la TVA, à faire un nouvel effort. On commencera donc par un label, et par le mobile, parce que « c’est facile à sortir tout de suite », commente-t-on dans l’entourage de Besson. Fin février, tout le monde devrait se retrouver « pour signer une convention ». Mais le gouvernement n’entend pas en rester là.

Après François Fillon en janvier, Lefebvre et Besson ont donc remis le couvert. Il y a urgence. Dans le mobile, comme dans l’Internet, aucune offre ne semble répondre aux besoins des clientèles abonnées aux minima sociaux. Entrez dans une boutique et faites le test : on vous regardera avec des yeux ronds. Tapez « tarif social » ou « mini-forfait » sur les sites des opérateurs, et c’est le même désert. Sauf chez Orange, où l’offre est accessible dès la page d’accueil. Baptisée « tarif social », elle est pile dans les clous de ce que souhaite le gouvernement. Avec un bémol : cette offre, qui fêtera ses deux ans le 1er juin, n’a touché que 4 500 abonnés. Un score rédhibitoire comparé à plus de 3 millions d’allocataires des minima sociaux. L’offre existe aussi chez SFR — bien que non accessible sur le site —, mais l’opérateur est incapable de donner le nombre d’abonnés.

En fait, et contre toute attente, la meilleure offre se trouve chez Simyo, un opérateur low-cost, filiale de KPN, un opérateur hollandais qui loue son réseau à Bouygues. Qu’on se le dise : chez Simyo, pour 11,90 euros on a droit à une heure d’appel ou 119 SMS. Deux fois mieux que l’ambition du gouvernement…

D’ailleurs, nos deux ministres ne font-ils pas fausse route avec leur offre de trente minutes ? C’est ce que pense tout bas, Charles-Edouard Vincent, d’Emmaüs Défi. L’association propose, en liaison avec une trentaine de partenaires, une carte prépayée à 5 euros pour une heure de conversation. L’offre, généreuse, concoctée avec SFR qui la subventionne à 100%, profite… à 250 bénéficiaires seulement après six mois de mise en route. Mais cela n’émeut pas son initiateur : « On est en train d’explorer les besoins, et on veut éviter les "effets trappes". » En clair, ne pas enfermer les gens dans leur situation d’exclus avec des offres discriminantes. Le premier travail des associations, dit-il, est « de débrouiller des factures de téléphone astronomiques et de sortir les gens des contentieux ». Et, après seulement, de leur trouver une solution. Parce que « le téléphone est un moyen d’insertion incontournable. C’est aussi le dernier lien, la dernière adresse ». À Emmaüs Défi, on doute surtout de la formule-miracle ministérielle. Tous n’ont pas les mêmes besoins. « Nous avons beaucoup de femmes en horaires décalés qui ont besoin d’être en lien avec leurs enfants. Certains se contentent d’une demi-heure, mais pour d’autres ce sera deux heures. Or les recharges sont hors de prix. » Même critique du côté d’UFC-Que choisir, qui a salué hier la démarche, mais mis en garde sur les premières solutions.

Le tarif social pour Internet est une autre épine dans le pied du gouvernement. Cette fois, les ministres auraient presque trop d’ambitions : 20 euros par mois pour une offre Internet et téléphone illimités. A la sortie de la table ronde, Richard Lalande, représentant les concurrents de France Télécom, doutait de sa faisabilité. « À moins que l’on oblige France Télécom à baisser ses tarifs d’interco », c’est-à-dire le coût de location de sa ligne de cuivre. Bonjour l’ambiance.

L’autre piste explorée par le gouvernement fait un détour par Bruxelles. Trois réunions se seraient déjà tenues. En jeu, l’extension à Internet du tarif social en vigueur pour l’abonnement au téléphone fixe (6,49 euros par mois pour les bénéficiaires du RSA au lieu de 16 euros), et en perte de vitesse avec seulement 328 000 bénéficiaires. Seul hic, cela supposerait une hausse de la contribution de tous les opérateurs au fonds de service universel, la cagnotte qui sert à subventionner l’offre aux démunis. Pas vraiment la solution qui enflamme le secteur.

Paru dans Libération du 28 janvier 2011


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