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jeudi 20 octobre 2011 10:23

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Temps de parole du PS : plus dur sera le chut

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , CSA , temps de parole

Le débat pour la primaire socialiste - image iTélé

L’angoisse étreint des millions de téléspectateurs : va-t-il falloir s’appuyer des heures et des heures de Jean-François Copé pour compenser le pantagruélique temps de parole auquel vient d’avoir droit le Parti socialiste avec sa primaire ? Déjà, les chaînes infos LCI, i-Télé et BFM TV devraient aujourd’hui se voir infliger de sérieuses réprimandes par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) au motif d’une surexposition du PS.

Mais comment ça marche, au fait ? L’opposition a droit à au moins la moitié du temps de parole de la majorité qui inclut, outre Jean-François Copé et tout l’UMP, le gouvernement ainsi que le président de la République. Du moins la part de son verbe qui relève du « débat politique national », selon la terminologie du CSA. C’est-à-dire que si Nicolas Sarkozy dit : « Obama est un pourri », ça ne compte pas. S’il dit : « Hollande est un pourri », zou, sur le temps de la majorité.

Le temps de parole est ensuite, chaîne par chaîne et radio par radio, réparti en trois catégories : JT, magazines (politiques) et « émissions de programme » (genre Ruquier). Et à chaque catégorie, sa temporalité : les chaînes ont trois mois pour équilibrer les temps de parole dans les JT et six pour les magazines. Ça, c’est le principe hors période électorale. Quand celle-ci sera ouverte, début 2012, la règle sera alors beaucoup plus simple : égalité. Kif-kif, que ce soit pour Philippe Poutou du NPA ou Nicolas Sarkozy de l’UMP (1).

Là, c’est sur les JT et pendant la période juillet-août-septembre que les chaînes info ont failli. Sur les trois, i-Télé, BFM TV et LCI, le temps de parole des socialistes est de l’ordre de 150% supérieur à celui de la majorité.

Invitées à plaider leur cause devant le CSA lundi, elles ont toutes invoqué le trio d’actualités socialistes : la primaire, les sénatoriales et DSK. « On leur a expliqué qu’on était conscients du déséquilibre et que ça ne nous réjouissait pas, indique Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, mais notre devoir est de suivre l’actualité et il y avait cette triple actu socialiste, ce sont des raisons inédites et exceptionnelles, on n’allait pas arrêter de parler du PS. » Et de souligner qu’au cœur du mois d’août, pendant que la droite faisait bronzette, il n’y avait guère que du socialiste en campagne pour la primaire à se mettre sous la dent.

Autre paradoxe, DSK : la moindre phrase d’un socialiste à ce sujet est imputée au PS. « Et pourtant, indique-t-on au sein d’une chaîne info, je doute que l’affaire DSK ait fait du bien au Parti socialiste. » De même les déclarations de DSK sur TF1 ont toutes été créditées sur le temps de parole du PS. Dès l’arrestation de ce dernier, Thierry Thuillier, directeur de l’info de France Télévisions, se l’est d’ailleurs vu confirmer par le CSA : « Ça m’a étonné, mais c’est la décision du CSA. »

Si, pour les magazines, les chaînes infos ont jusqu’à décembre pour compenser, pour les JT de juillet-août-septembre, c’est râpé. D’où, vraisemblablement, une sanction de la part du CSA. Lundi, devant les membres du Conseil, les chaînes info n’ont pas manqué de souligner qu’elles ont eu, ces dernières semaines, le plus grand mal à faire parler des invités de droite, pas très enclins à s’exprimer vu l’actualité, faite de fadettes et de valises d’argent… D’autres ont mis en évidence des bizarreries : ainsi Gilbert Collard, pourtant très officiel président du comité de soutien à Marine Le Pen, ne compte pas pour le temps de parole du Front national. Tout simplement parce qu’il n’est pas encarté au FN. Enfin, certains, face au CSA, ont eu la nette impression que les conseillers s’étaient fait taper sur les doigts par l’Elysée, d’où le soufflage dans les bronches attendu d’aujourd’hui…

Pour la période actuelle, qui couvre octobre, novembre et décembre et les deux tours de la primaire socialiste, on s’emploie déjà à compenser. A France Télévisions, indique Thierry Thuillier, « on fait un pointage hebdomadaire : il n’était pas question pour nous de passer au travers de la primaire PS. C’est pour ça qu’on n’a pas eu un socialiste au 20 heures de France 2 en septembre, afin de pouvoir se consacrer à la primaire en octobre. »

Après deux débats de la primaire sur quatre, explique-t-il, « on est en déséquilibre mais on a suffisamment de rendez-vous politiques pour compenser ». Déjà, il y a eu un Juppé dans Des paroles et des actes, fin septembre sur France 2 : boum, deux heures pour la droite. Ajouté à cela un Fillon au 20 heures de France 2 lundi, un Mots croisés, lundi encore, n’accueillant que des personnalités de droite et un Copé invité partout (pour se lamenter de ne pas l’être, c’est toujours piquant), et France 2 ne va pas tarder à être dans les clous. D’autant que Nicolas Sarkozy himself devrait aider à remonter le temps de parole de la droite avec une adresse aux Français prévue lundi. Divers projets sont en lice : France 2 a suggéré un classique Des paroles et des actes, tandis que Jérôme Bellay, producteur de l’émission de France 5 C dans l’air, a proposé de l’adapter à Sarkozy, qui serait interviewé par Yves Calvi et Jean-Pierre Pernaut, pour un entretien retransmis sur TF1 et France 2.

Enfin, bonne pâte, dès dimanche soir, François Hollande a indiqué que le PS allait se mettre à « la diète médiatique ». Ce qui, indique son entourage, « ne veut pas dire l’abstinence : tout le monde a eu sa dose de primaire et ça va se calmer après l’investiture officielle samedi mais le candidat ne va pas disparaître des écrans radars. »

(1) En fait, ce n’est pas aussi simple : le CSA fixe deux temps dans la période électorale, la « préliminaire » où règne « l’équité » et « l’intermédiaire » avec, cette fois, une stricte égalité.

 

Paru dans Libération du 19 octobre 2011


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