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jeudi 28 mai 2009 15:32

  • cinéma

Ténèbres, frissons, Argento et prog rock

Le mythique groupe Goblin sera vendredi soir à l’affiche de Villette Sonique, une première en France.

par Alexandre Hervaud

tags : musique , gore , festival

Dans les films d’Argento, comme Suspiria, on se fend la gueule - DR

Goblin performing Dario Argento Soundtracks
Grande Halle de la Villette, 19h30, vendredi 29/05/09.

La programmation de l’édition 2009 du festival parisien Villette Sonique a de quoi réjouir pour de nombreuses raisons, parmi lesquelles on citera Black Lips, Dan Deacon, Diplo... Mais pour les amateurs de films d’horreur, le poids lourd incontournable de l’affiche reste la venue de Goblin. Ce groupe italien culte est connu pour ses bandes-originales de giallo, ces films transalpins à la frontière du policier, du gore et de l’épouvante popularisés par Mario Bava et Dario Argento. C’est avec ce dernier, réalisateur des classiques Suspiria et Tenèbres, que le groupe a entamé une jouissive collaboration en 1975 avec Profondo Rosso (aka Les Frissons de l’Angoisse).

DR

Dans la très belle édition collector de Profondo Rosso sortie en 2004 chez Wild Side, Claudio Simonetti, un des piliers de Goblin qui sera hélas absent du retour scénique, revient sur la rencontre avec Argento. Rentré d’Angleterre, le groupe venait de boucler une maquette sur laquelle tombe Argento, qui craque illico pour leur son. Leur prog rock synthétique associé à la maestria visuel d’Argento fonctionne à merveille. Exemple avec cette scène où l’on découvre, caméra rasante, les objets fétiches du tueur de Profondo Rosso.

Le groupe connaît alors un vif succès, leur bande-originale s’arrache et les médias italiens commencent à s’intéresser à Goblin, ici en live à la télévision, toujours avec la BO de Profondo (attention, son pourri) :

Leur collaboration avec Argento se poursuit deux ans plus tard lorsque sort Suspiria, premier volet de la trilogie des trois mères (poursuivi avec Inferno et La Terza Madre). La scène suivante tirée du film présente toutes les obsessions, voire les tics visuels d’Argento (jeune femme apeurée contre une vitre, arme blanche, sang excessivement rouge) mêlés aux sons caractéristiques de Goblin. Eloignez les enfants, ça gicle un peu.

En 1978, Argento fait une fois de plus appel au Goblin pour illustrer la version européenne du Zombie (Dawn of the Dead) de Georges A. Romero, dont il est producteur. Malgré l’aura et le talent de Romero, bon nombre d’amateurs de zomblards avouent préférer la version supervisée par Argento, et la présence de Goblin en bande-son n’y est sans doute pas pour rien :

Les profanes pourront d’ailleurs découvrir le Zombie de Romero, version européenne, sur grand écran samedi soir, dans le cadre de l’Absurde Séance. Le rendez-vous cinéphile, qui propose depuis peu des séances de minuit déviantes au Nouveau Latina, s’est associé à Villette Sonique et propose d’ailleurs via son Myspace des tarifs préférentiels.

Revenons à la collaboration Goblin / Argento, auquel leur retour sur scène sera exclusivement consacré. Samplé par nos Justice hexagonaux archi-fans dans leur premier album, le thème de Tenèbres (1982) illustre l’une des scènes de bravoure du film, avec un travail de caméra sur grue qui sera régulièrement pompé par Brian de Palma, qui s’avoue lui-même être admirateur de l’italien.

La collaboration entre le réalisateur et Goblin (qui travailleront par ailleurs avec d’autres metteurs en scène, comme l’australien Richard Franklin sur Patrick) se poursuivra à mesure que la filmographie d’Argento baisse en qualité, jusqu’à sombrer dans le ridicule absolu (La Terza Madre, nanar épique). En 2001 toutefois, Le Sang des Innocents (Non Ho Sonno) marque le retour d’Argento au giallo pure, et le son de Goblin sied parfaitement à la scène d’ouverture du film, un meurtre ferroviaire qui malgré plusieurs défauts (son interprète toute naze, notamment), fait plaisir à voir.

Pour les curieux, une bonne partie de la discographie de Goblin peut s’écouter sur Spotify ou Deezer, même si la chose est plutôt déconseillée sans avoir les films en question. Que les fans attendant le concert de vendredi soir soient ponctuels : leur passage est prévu pour 20h pile. La seule crainte - légitime- qu’ils puissent avoir serait de découvrir que Goblin a aussi mal vieilli qu’Argento.


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