mercredi 1er juin 2011 09:12
Tension les yeux
par Pierre Marcelle
Capture d’une vidéo démo de iHealth - DR
S’il fallait établir le génie de la maison Apple à faire feu de tout bois et commerce de tous composants, on ne prendrait pour preuve que la prolifération, outre de ses « applis », des accessoires de ses iPhones, iPods et Pads. Non pas seulement les déclinaisons infinies d’emballages plus ou moins protecteurs, de supports plus ou moins ergonomiques ou de couleurs plus ou moins baroques, destinées à habiller flashy des dragonnes ou des câbles d’alimentation. On veut parler là d’extensions lourdes, physiquement plus lourdes même que l’appareil moteur sur lequel elles viennent se greffer. Ainsi avait-on été impressionné par la vacuité du mini trépied prétendant conférer au smartphone une fonction d’appareil photographique véritable, et plus seulement d’appoint. Dans le genre, il y a mieux encore, avec le zoom pour iPhone (vendu avec tour de cou), dont la protubérance priapique, en faisant contrepoids, va à l’encontre de la fonction originale du machin. En matière d’inventivité, on n’avait pourtant encore rien vu, avant de découvrir cet étonnant tensiomètre baptisé iHealth, dont le moindre des paradoxes n’est pas d’avoir été primé au dernier concours Lépine ; les Géo Trouvetout du fil à couper l’eau tiède associés aux geeks ingénieurs de Cupertino, c’est le parangon de l’oxymore. Pour fruit de leur entente, donc, la santé cardiaque à portée de clic. Un petit coup de mou dans les artères, et hop ! Je sors mon appli à flux sanguins, livrée avec un brassard tout comme chez le toubib et une station d’accueil dite « plug and play » (tu branches et le bouzin fait le boulot). 99,99 neuneus tout de même, c’est le prix de l’illusion qu’on peut sauver sa peau en sollicitant ces intermédiaires-là, plutôt que SOS Médecins ou un quidam qui passe. Vous avez déjà vu quelqu’un utiliser un stimulateur cardiaque dans une station de métro, vous ? Mais le plus spectaculaire, dans ce mariage incongru d’Apple et des technologies externes, c’est la faute de goût. Nous le font-ils payer assez cher, chez Mac, leur design ! Avec un brassard ou un objectif qui casse les lignes autant que le concept, les unes ni l’autre pas vraiment pragmatiques, les objets à la pomme deviennent moches. Et, ça, c’est impardonnable. Paru dans Libération du 31/05/2011
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