jeudi 1er avril 2010 15:39
« Tête de turc », Pascal Elbé label série B
par Bayon
tag : polar
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Tête de Turc de (et avec) Pascal Elbé et aussi Roschdy Zem, Ronit Elkabetz, Samir Makhlouf… 1 h 27. Tête de Turc est une tragédie antique arménienne en milieu zonard franchouille : unité d’action, de banlieue, de temps, la mise en place sérieuse introduit sans tortiller les pièces de la machinerie. Dont le déclic claque d’emblée, enflammant les passions. Ce nœud du drame serré, en pacte infernal entre un médecin de quartier sensible et un jeune homme idem, tête de Turc contre bouc émissaire, toute la suite en engrenage tient à cette maldonne fatale. Aux acteurs aussi. A commencer par Roschdy Zem (flic) et Samir Makhlouf (« jeune »), pour finir par la vibrante Ronit Elkabetz (mère), gifleuse tragédienne familière, le minot même (Moussa Maaskri), le flirt exquis (Leo Elbe - fille de ?), sans oublier Pascal Elbé - faisant à peine son chien battu rituel, mais essentiellement au profit de sa casquette neuve de cinéaste-scénariste, maître d’œuvre du projet, ethnopolar ambitieux et simple à la fois. Servie par son casting, la mécanique tourne bien, emballée ; le tournage déplaçant les points de vue pour plus de recul, de champ social, en « Portrait de l’artiste » incendiaire, « avec groupe » urbain invivable d’époque - sans dérapages idéologiques ni pittoresque verlan. Les flics ne se conduisent pas mal. Ni les gens. A cet égard, Tête de Turc serait un anti-la Haine. La racaille même, cette garde rouge d’une révolution culturelle nihiliste souterraine, a ici ses nuances, ses forums, esquissés autour des conséquences d’une « tuerie » pour passer le temps et les nerfs. Au dîner en famille, en tête à tête sur le toit, à la dérobée, fâcherie, menaces, cogne, « plexiglass défoncé », réflexion…
Sur ce registre du débat de conscience, le film, petit Misérables « téci », 1993 revu « 9-3 », tourne naturellement hugolien : Gavroche en sacs-poubelle à capuche, communards de terrains vagues autoroutiers, Thénardier de barre, Javert vengeur pardonneur… Ne manque que Valjean, mais pas la « tempête sous un crâne » du héros, médaillé d’honneur pour le meilleur et le pire… Ce Juste civique de la scène primitive, bon ange de la désolation disant « Je ne sais pas… » est une trouvaille du script. Une surdité inaperçue enrichit son type au renfermé pathétique, comme l’enfant mort arménien complique de secret de famille le martyre comateux. Comme pour souligner le silence intérieur assourdissant de l’adolescence trouble, tiraillée entre bien et mal, fatalisme et instinct de vie… Cadet taulard du fleuron d’Un prophète, le novice Samir Makhlouf n’a peut-être rien à lui envier, Shia LaBeouf local croisé d’Andrew Garfield Boy A. Le happy end, digne de ceux des Blanc comme neige ou Sans laisser de traces saisonniers (le deus ex machina de la tragédie), est plus discutable ; le mérite d’ensemble du coup d’essai ne l’est pas. Paru dans Libération du 31/03/2010 Bande annonce
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