Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 3 juin 2011 18:23

  • télévision

« The Big C » : plus cru, tumeur

par Fabrice Rousselot

tag : série

Photo Showtime

» sur le même sujet

« C’est quand la comédie chatouille la vérité qu’elle est intéressante »

L’actrice Laura Linney, la prof malade de « The Big C », explique son investissement dans la production de la série.

De notre envoyé spécial à Stamford (Connecticut)

Trois fois, Laura Linney vient vérifier son texte. Elle feuillette le script et repart répéter, en frappant son front du poing. Comme pour mieux se faire entrer les mots dans le crâne. Elle passe du côté des caméras et…« Action ! » Cathy, son personnage, est dans une salle d’attente et va commencer un traitement d’acupuncture. C’est elle la malade, mais c’est son frère, Sean, qui a l’air le plus atteint. Soudain, il part en vrille, l’engueule, et pique une crise plutôt malvenue. Du coup, Cathy, atteinte d’un cancer incurable, est obligée de s’excuser platement pour l’esclandre. « Ma famille est un peu brusque, tendue et elle ne peut jamais se relaxer », lâche-t-elle en guise d’explication, un sourire entendu aux lèvres…

A elle seule, la scène résume assez bien The Big C, la comédie qui sera diffusée sur Canal + au premier trimestre 2012. C’est aussi la première série à aborder de façon aussi directe et énergique, à la télévision américaine, le tabou du cancer et de la mortalité [euh, Breaking Bad anyone ? ndlr]. Avec The Big C, c’est le monde à l’envers, on ne sait jamais à quoi s’attendre, et c’est tant mieux. Aux Etats-Unis, le feuilleton, déjà culte, en est à sa deuxième saison sur la chaîne câblée Showtime.

The Big C raconte donc l’histoire de Cathy Jamison, une professeure de lycée, à qui on annonce soudain qu’elle est atteinte d’un mélanome en phase terminale. Mais Cathy, interprétée par la remarquable Laura Linney, plus connue au cinéma pour ses rôles dans Love Actually, Mystic River ou la Famille Savage, ne réagit pas vraiment comme on pourrait l’imaginer. Elle ne dit rien à personne, se débarrasse (temporairement) de son mari, fait construire une piscine dans son jardin, achète une Ford Mustang rouge, prend un amant et verse une bouteille de vin sur son sofa avant de le faire brûler. Non sans avoir prononcé cette imparable réplique : « J’ai toujours détesté ce canapé, et maintenant c’en est fini. »

Photo Showtime

La série se déroule à Minneapolis, dans le Minnesota, mais elle est tournée dans les studios du Connecticut Film Center, à Stamford, au nord de New York. On y retrouve la maison jaune familière, un nouveau sofa et la Westhill High School, l’école de Cathy. Sur le mur du couloir, un slogan a été peint autour d’une fresque : « Rêvez en grand. » « Pour nous, The Big C est venu quand on s’est dit qu’il était temps de parler ouvertement d’un sujet comme le cancer dans une fiction à la télévision et de toutes ces maladies que l’on n’ose pas évoquer, explique Jenny Bicks, la productrice, à qui on a diagnostiqué un cancer du sein - aujourd’hui guéri - il y a une dizaine d’années. Mais ce que l’on a voulu montrer, c’est comment on peut vivre au mieux le temps qui nous est imparti. Quelles que soient les circonstances et même si la mort est un obstacle. »

Le résultat, c’est un ton indéfinissable, politiquement incorrect, une comédie entre larmes et délire qui ne choisit jamais la facilité. A sa voisine Marlene, la vieille emmerdeuse qui deviendra sa confidente, et se plaint de la construction de la piscine, Cathy lance un jour : « You are a fucking cunt », ce qui, aux Etats-Unis, est certainement la plus grosse injure pour une femme et qui peut se traduire par « espèce d’enculée de salope ». A Andréa, l’élève en surpoids interprétée par Gabourey Sidibe, révélée au cinéma dans le rôle de Precious, Cathy propose un marché : 100 dollars (70 euros) à chaque fois qu’elle perd 500 grammes… Et quand Adam, le fils, refuse de tirer la chasse d’eau dans les toilettes après son passage, elle conserve littéralement sa merde dans un seau pour qu’il nettoie. « Pour moi, tout est surprenant dans The Big C, personne ne sait ce qui va se passer d’un épisode à l’autre, même pas les acteurs », résume Gabourey Sidibe, entre deux éclats de rire, sur le tournage.

En fait, The Big C doit beaucoup à ses personnages et à l’espèce de douce folie qu’ils parviennent à créer à l’écran. Cathy, évidemment, touchée par la maladie, tout à fait normale en apparence, déjantée à souhait quand il le faut, mais qui sait toujours trouver son point d’équilibre dans la tourmente. Sean aussi, le frère colérique qui a décidé de vivre comme un sans-abri et de ne pas se laver pour mieux faire passer son message anticonsumériste. Sans oublier le mari bisounours et dépassé (Oliver Platt). « On est constamment sur le fil du rasoir, assure John Benjamin Hickey, qui joue Sean et que l’on a pu voir au cinéma et au théâtre, tous les personnages sont anticonventionnels, on casse totalement les règles quant aux réactions des uns ou des autres devant la maladie, les mauvaises nouvelles. Mais il faut aussi toujours faire attention à ne pas aller trop loin, à ne pas en faire trop. »

Si The Big C confirme son succès sur Showtime, qui est en train de voler à HBO le titre de meilleure chaîne câblée du moment, la série devrait compter cinq saisons. Afin d’illustrer les cinq étapes du deuil, comme le rappelle la productrice Jenny Bicks : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Dans la deuxième saison, Cathy a d’ailleurs clairement décidé de se battre et de vendre chèrement sa peau. « C’est un feuilleton sur la vie, sur la vie comme on peut la célébrer avec le cancer », conclut doucement Jenny Bicks.

Paru dans Libération du 01/06/2011


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

série - Derniers numéros de séries

article précédent
Silence, on joue ! Dirt 3, No More Heroes
article suivant
Enlarge your tennis


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
  • Le président de la banque du Vatican démissionne
  • Google confronté au viol de droits d'auteur
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008