jeudi 9 juin 2011 11:49
«The Journey», fable d’esprit
par Olivier Séguret
tag : E3
Fable : The journey - DR
Les lecteurs de Libération le savent : nous ne sommes pas des apôtres du despotisme de la normalité. Pourtant, on ne remerciera jamais assez Peter Molyneux pour cette étrange qualité : il est normal, ce qui est sans doute une forme touchante de monstruosité dans le business des jeux vidéo. Normal, dans le cas du fameux développeur britannique, cela veut dire humain, direct, réfléchi mais spontané, incapable de speechs robotiques précuits et définitivement mal à l’aise avec les discours «corporate» qui polluent souvent les interviews dans ce secteur. Il nous a fait l’honneur d’une présentation personnelle de son dernier bébé, Fable : The Journey, curieuse et inattendue variation autour de Fable, son cher chef-d’œuvre, dont trois épisodes ont déjà illuminé le catalogue Xbox. Exclusivement développé pour être joué avec l’accessoire Kinect, qui permet la reconnaissance de mouvement, The Journey est un jeu on rails. C’est-à-dire donnant le sentiment d’être vécu à bord d’un scenic railway dont la progression est automatique, que le héros se déplace à pied ou à bord de son petit chariot, tracté par un beau et puissant cheval, dirigé par le joueur en faisant le geste (repéré par le Kinect) de tenir des rênes. Cela implique un gameplay entièrement renouvelé et relativement dirigiste, avec lequel il faudra apprendre à composer. Absolument somptueux à l’œil (et à l’oreille) dans les passages sélectionnés pour la démonstration, The Journey exhale une fraîcheur épique dont Molyneux est le maître sorcier. Le titre sera uniquement «single player», contrairement aux dernières itérations de Fable, qui permettaient de partager son expérience. Mais le joueur se retrouvera de nouveau confronté aux fameux choix moraux dont les productions Molyneux se sont faits les spécialistes. Bien qu’il ait toujours quelques difficultés à contrôler son émotion quand il s’agit d’évoquer le Projet Milo, très (trop ?) ambitieuse expérimentation autour de Kinect actuellement ensablée, Molyneux confirme que de nombreuses idées moissonnées à cette occasion ont été implémentées dans The Journey, «notamment pour tout ce qui touche à la reconnaissance vocale». Le fameux, fidèle et indispensable chien des précédents épisodes a disparu, mais on pourra toujours cultiver des liens affectifs avec le canasson. A propos de ce dernier, Molyneux confie s’être posé de profondes questions : «Devions-nous représenter régulièrement des chutes de crottin ?» Oui, c’est ça, le «horse shit» comme il dit. Si c’est pas un mec normal, ça… Paru dans Libération du 09/06/2011
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