mardi 7 septembre 2010 09:49
« The Pacific », la guerre ultra-marines
© HBO Films
The Pacific série de Tom Hanks, Steven Spielberg et Gary Goetzman 1, 2 et 3/10, Canal+, lundi à 20h50. Il faut attendre quarante minutes pour voir la première scène de combat dans The Pacific. Une bande de marines vient de débarquer sur la petite île de Guadalcanal, au large de l’Australie, occupée par les Japonais. Nous sommes en août 1942, Tokyo a lancé son attaque sur Pearl Harbor neuf mois plus tôt et l’Amérique veut se venger. Mais l’ennemi ne se montre pas tout de suite. C’est la nuit que la bataille s’engage. Un déluge de feu tourné dans le noir complet. Puis un écran blanc. Et l’image choc d’une plage jonchée de centaines de cadavres japonais sanguinolents, fauchés par les armes automatiques américaines. La série événement que diffuse Canal + aujourd’hui est loin des films à grand spectacle d’Hollywood. En dix épisodes d’une heure, The Pacific décrit une guerre sale et dérangeante, menée par des gamins inexpérimentés, rongés par les maladies et tiraillés par la peur. Diffusée au printemps sur la chaîne payante HBO aux Etats-Unis, la série est le résultat d’une nouvelle collaboration entre Steven Spielberg et Tom Hanks. Après le film Il faut sauver le soldat Ryan, le réalisateur et l’acteur, passionnés par l’histoire et la Seconde Guerre mondiale, avaient déjà travaillé, en 2001, sur Band of Brothers, une première minisérie qui suivait des soldats américains en Europe. Cette fois, ils se sont unis pour relater la guerre du Pacifique. Au plus proche de la réalité. « Quand j’étais petit, mon oncle et mon père m’ont toujours raconté l’enfer de cette guerre et cela n’avait rien à voir avec les quelques films qui étaient présentés au cinéma, a expliqué Steven Spielberg. Alors je me suis dit qu’il était temps de faire autre chose et de montrer les événements tels qu’ils se sont déroulés. » The Pacific est basé sur l’histoire vraie de trois soldats de la première division de marines, Eugene Sledge, Robert Leckie et le sergent John Basilone. Les deux premiers, décédés en 2001, ont écrit leurs mémoires, qui ont servi de fil conducteur au récit. Steven Spielberg et Tom Hanks se sont également attaché les services de Hugh Ambrose, le fils de l’écrivain et historien Stephen Ambrose, auteur du livre Band of Brothers, afin de coller au mieux aux faits historiques. « Avant cela, seul Mémoires de nos pères, le film de Clint Eastwood sur Iwo Jima avait eu le même impact », estime Gene Santoro, l’un des directeurs du magazine World War II. « The Pacific est parvenu à recréer les conditions de la guerre. Il n’y pas de glamour, très peu de romantisme. Ce que l’on voit surtout, ce sont des gars qui essaient de sauver leurs peaux. Pour les Américains, c’est comme s’ils réapprenaient ce qui s’est passé dans le Pacifique. Beaucoup d’entre eux connaissaient Nagasaki ou Hiroshima mais pas grand-chose de plus. » Dans le premier épisode, en guise de préambule, deux vétérans évoquent leur campagne dans le Pacifique. « On ne nous avait pas dit que l’on partait à la guerre, dit l’un d’eux, mais après, on a vite compris que le plus important était d’essayer de rester vivants. » La minisérie représente l’un des plus gros budgets jamais dépensés à la télévision. Plus de 200 millions de dollars (155 millions d’euros) pour dix mois de tournage. Après avoir envisagé de filmer à Hawaï, la production a décidé de s’installer en Australie pour recréer des conditions similaires à celles qu’avaient rencontré les marines en 1942. Plus de 500 palmiers ont été transportés des Etats-Unis et replantés afin de créer des paysages de jungle tropicale. Les uniformes ont été confectionnés en Inde, sur de vieilles machines à tisser. Les acteurs, peu connus pour la plupart, ont été envoyés pendant neuf jours dans un camp d’entraînement sous la supervision d’un ancien marine pour se familiariser avec le terrain. Mais bien plus que le théâtre de la guerre, The Pacific décrit le quotidien des hommes qui l’ont menée. Leurs interrogations, leurs fêlures, leur sadisme quelquefois. La caméra filme tout près des acteurs, dans une jungle oppressante et omniprésente. Les marines sont racistes (« On va se les faire ces singes jaunes ! »), ils pleurent, ils crient, ils tuent. Après une bataille, ils s’amusent à tirer sur un soldat japonais qui a survécu comme sur une cible, avant que Leckie n’abrège son calvaire d’une balle dans le cœur. Plus tard, la série montre les meurtres gratuits de civils à Okinawa et les errances de soldats qui ne savent plus faire la différence entre le bien et le mal. Le 30 août, The Pacific a reçu huit Emmy awards, permettant à HBO de sortir vainqueur de la grand-messe. La sortie du DVD est prévue pour le 2 novembre. « C’est une fiction qui va nous marquer pour longtemps, assure Gene Santoro de World War II, il n’y a pas vraiment de héros, pas de message, juste des hommes qui se retrouvent plongés dans l’horreur de la guerre. » Comme dans cette scène où un marine lance mécaniquement des pierres dans le crâne ouvert et sanglant d’un soldat japonais, les yeux perdus dans le vide. Paru dans Libération du 6 septembre 2010
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