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mercredi 18 février 2009 18:20

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« The Wrestler » : Mickey maousse

Dans "The Wrestler", Darren Aronofsky film Rourke en Elephant Man du catch et offre à l’acteur détruit une renaissance remarquée et quasi-autobiographique.

par Philippe Azoury

DR

The Wrestler de Darren Aronofsky avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood… 1 h 45.

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Ceux qui ne s’expriment pas tout le temps en anglais ne savent pas forcément qu’un wrestler est un catcheur. En revanche, il ne doit plus rester grand monde ici, anglophone ou pas, qui n’ait été tenu au courant de la sortie du film du même nom, ce film qui signe l’acte de résurrection d’un acteur, adoré ici, essoré en son pays, sous le regard empathique d’un jeune cinéaste lui-même déjà au fond du ravin.

Démarré sur une quinte de toux grasse dans les backstages d’un match de catch truqué, passant très vite (les sept premières minutes) à la vitesse supérieure en employant les moyens dérisoires d’un spectacle lui-même pas jojo (une vieille lame de rasoir planquée sous un pansement et le sang jaillit plus vite de tout un tas de petites coupures), The Wrestler annonce d’entrée de jeu sa santé foutue dans une économie ravagée  : après huit ans d’un double mandat Bush désastreux, voilà les restes de l’éternel héroïsme américain  : un Action Joe fantasmatique et ridicule, d’une laideur infinie, luttant pour tenir physiquement jusqu’au rendez-vous du dernier match. Avec le vieil adversaire de toujours, un enturbanné portant le surnom symbolique d’Ayatollah.

Vingt ans après, les protagonistes sont les mêmes, c’est juste tout ce qui est autour qui est fini  : l’amour c’est dans les toilettes (rappelle-moi ton prénom), la famille a éclaté (ma fille se souvient encore de tous les anniversaires que j’ai oublié de lui fêter), le boulot (au supermarché, rayon boucherie) est minable par définition et les souvenirs se disent dans les arrières-salles d’un strip bar minable. Là au moins, Randy « The Ram » (le Bélier, mec), veste en jean et crinière blonde, peut se la raconter un peu au rythme des gesticulations molles d’une fille sympa et bien foutu, bien qu’en âge d’avoir connu, elle aussi, la fin des années 80, quand Guns n’ Roses ânonnait des Sweet Child o’ Mine qui touchaient au cœur une Amérique encore sûre de son droit. The Wrestler ou une heure quarante pour refaire le match  : à quel moment a-t-on raté le virage et fini dans les cordes  ?

Il est sans doute dommage que Darren Aronofsky ne soit pas aussi un grand cinéaste. Que The Wrestler soit carrément à côté de la plaque question cadrage, qu’il soit plutôt mal éclairé, que l’ensemble soit laid. Mais c’est encore dans sa laideur globale que tout ça fait sens  : laideur de l’Amérique profonde, horizontale et plate, villes bâties le long d’une route, laideur abrutissante d’un paysage qui fut autrefois celui de l’Utopie pure et qui ressemble au final à une zone de consommation industrielle qui ne fait plus rêver personne. Mais l’intelligence d’Aronofsky, c’est d’avoir imaginé que pour raconter cette Amérique-là (enlisement irakien et credit crunch), il pouvait y placer le corps de Mickey Rourke et se contenter de le suivre en plan large.

Et Rourke, plus Mickey que jamais, donne tout. Il n’a jamais su jouer autrement. Pendant quinze ans, il a oublié de lire le scénario (du moins tant qu’on le lui envoyait). Cette fois, il est le scénario.

N’allez pas croire que The Wrestler est un documentaire. Sa grande idée, c’est au contraire de croire encore à la fiction  : de désigner Rourke comme un territoire fictionnel grand comme l’Amérique. Avec ça, Aronofsky peut commencer à s’amuser. Avec l’entier consentement de l’acteur, de l’inconscient folle de Rourke  : qu’il le montre chez le coiffeur bigoudis sur la tête (on dirait Springsteen chez Almodóvar), au solarium ou, surtout, qu’il le déguise en charcutière (son job dans le civil) pendant un tiers du film ou qu’il le regarde juste comme il est  : acteur, un peu trav’ terminal sur les bords, givré et surtout dingue de lui-même. Ceci est mon corps, non  ?

Et ce corps… Un truc mutant, par-delà les critères du beau et du monstrueux. Un Barnum peroxydé, l’enfant caché de Jackie Sardou et d’Axel Rose, Marilyn from Hell cramé aux UV, gonflé de testostérone, botoxé, anabolisé, ni homme, ni femme, ni viande, palimpseste douloureux de tous les échecs collectifs, un Christ souffrant tatoué dans le dos, et sur lequel le film va exercer tout un tas de sé­vices  : agrafeuses, verre pilé, barbelés. Une plaie, ce corps. A destination d’un public à qui le Golgotha rappelle ce film bien crade où le mec aussi s’en prenait plein la gueule (cf. la Passion du Christ). La bigoterie ­reborn amerloque, mais emmenée ici jusque dans sa dimension obscène, ridicule, phy­sique et tragique, fracassante.

Paru dans Libération du 18/02/09


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