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vendredi 17 septembre 2010 09:26

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« The cat », une vie derrière sa souris

par Philippe Azoury

tags : documentaire , second life

DR

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« Pour ces gens, l’avatar reflète leur véritable moi »

Les auteurs d’un documentaire sur Second Life expliquent leurs allers et retours entre réalité et virtuel.

The Cat, the Reverend and the Slave d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshitaavec Patrick Teal, Benjamin L. Faust… 1 h 19.

On peut dire qu’il y a le réel et le virtuel, mais personne encore n’ose dire à quel point ça tangue dangereusement (au sens où désormais le virtuel, c’est le réel) comme le démontre ce documentaire inouï. Un Français, une Japonaise, parcourant l’Amérique des suburbs, des « non-lieux », à la recherche de gens avec qui ils ont noué des liens sur Second Life (SL) depuis un an. Communautés d’hommes-animaux (les « furries »), d’esclaves sexuels ou d’évangéliques. Eux-mêmes ne savent plus s’ils ont joué pour faire ce film, ou si ce film est né de leur immersion : c’était il y a trop longtemps, dans une autre vie. Ils sont partis à la rencontre de « résidents » et tombent sur des hommes. Filmés sur leur lieu de travail, dans leur salle à manger, tondant la pelouse.

Tous parlent sans soif de cette extension de leur vie qui s’est développée dans l’imaginaire SL au point, par un effet boomerang invisible, d’avoir ravalé comme un vortex ce truc difficile que l’on nomme le quotidien. Le réel n’est plus que cet espace neutre entre deux connexions, un temps mou que l’on meuble en continuant de parler de son avatar avec un autre joueur. Et si certains se sont mariés dans la « vraie » vie après avoir dragué dans l’univers coloré de SL, ils ne consommeront leur union que symboliquement, dans le jeu : ils sont devenus les avatars de leurs avatars.

Extrait

Drôle de jeu, par ailleurs, pour qui regarde le film sans jamais y avoir foutu les doigts : pas exactement un endroit mieux que le monde, mais la vie même, encore et toujours recommencée. Où ce qui est mis en œuvre n’est pas l’égalité de chacun (ça, c’est une utopie, et les joueurs sont névrosés, pas utopistes) mais au contraire une lecture de l’homme à travers l’extension enfin réalisée de son pouvoir : ce qui est joué, ce ne sont jamais que des rapports de dépendance.

Le monde SL est un territoire d’influence (pour qui prêche), de pouvoir et d’esclavagisme. Des joueurs demandent à être des esclaves et se trouvent un maître - ils ont bien fait attention de les choisir faibles, c’est-à-dire tout aussi intoxiqué qu’eux. Mais en retour, ce que le film a la sagesse de faire, c’est de les montrer et les écouter totalement. De ne pas se planquer en les désignant comme « Américains », ou « pensionnaires d’un asile virtuel ». A la place, il nous dit que si on les juge malades, nous le sommes tous un peu, frères de ceux-là qui ne font jamais qu’articuler une réponse toute neuve à une question vieille comme le monde : « Qu’est-ce que vivre ? Réponse : dépendre ? » Tous junkies, tous en demande, tous en manque.

Il est possible que l’on n’ait pas eu aussi peur au cinéma depuis Evil Dead, mais - et c’est un plaisir rare - en ayant en même temps le sentiment de croiser là un grand portrait du monde - et pour qui continue d’avoir besoin du cinéma pour accepter de vivre et de comprendre ce que la vie même vous refuse comme explication, ça file le vertige.

Bande annonce

Paru dans Libération du 15/09/2010


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