jeudi 9 octobre 2008 09:43
Time Crisis
par Olivier Séguret
C’est à Rob Fahey, analyste pour le site GamesIndustry.biz, que l’on doit la formule la plus adéquate du moment : « Le spectacle des marchés mondiaux qui vacillent et s’effondrent depuis quinze jours ressemble à de la “car crash television” authentique... » On ne nous repasse pas encore en boucle des images de golden boys se suicidant à Wall Street, mais il y a indubitablement de ça dans la stupéfiante mesmérisation globale autour de la faillite capitaliste. Le spectacle de milliards d’euros-dollars, que l’on apprend à compter en trillions, apparaissant et disparaissant comme qui rigole, ou plutôt pleure, est en effet l’un des plus médusants qui soient, mais il laisse aussi rêveur sur le goût des médias modernes pour le vertige de la fin du monde. Un vertige bien connu des gamers, une large part de l’histoire du jeu vidéo étant fondée sur ce paradoxe : c’est un monde qui déploie une créativité extraordinaire pour la mettre au service de forces et pulsions d’anéantissement, encourageant ainsi notre fascination pour le mal et la destruction... N’aurait-il pas été en conséquence presque immoral que l’industrie du jeu ne subisse pas elle aussi de plein fouet les effets de la crise financière ? Que les âmes vertueuses se rassurent : elle mord bien la poussière. Mais on a le droit de considérer avec Rob Fahey cette sanction comme injuste : les prouesses capitalistiques du secteur n’ont rien d’une « bulle » spéculative, elles reposent sur une solide croissance du marché. Même les meilleurs, tels Nintendo, dont la valeur a chuté pour revenir à son niveau de l’été 2007, malgré une année commerciale triomphale. Idem pour Electronic Arts, Ubisoft ou Activision-Blizzard, trois éditeurs champions dont les cours se déprécient sèchement malgré des bénéfices et prévisions en hausse. Tous les studios sont en fait concernés et, la perte de valeur signifiant une plus grande vulnérabilité aux prédateurs, elle annonce aussi des rachats prochains. Sans la moindre expertise de courtier, qu’on nous permette quand même ce petit rappel historique : Hollywood s’est remarquablement consolidé à la faveur de la crise de 29 et des années de la Grande Dépression. C’est précisément dans ce contexte que le cinéma américain est devenu le premier du monde et a démontré qu’il était l’indispensable industrie de distraction du XXe siècle. Le jeu vidéo, qui a si bien imité le cinéma en toutes matières, saura-t-il suivre ce judicieux chemin ?
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