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vendredi 9 octobre 2009 18:32

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Sons of Anarchy : To bike or not to bike

par Bruno Icher

tag : série

Sons of Anarchy de Kurt Sutter, M6, 23 h 10.

Les bikers sont de ­retour, et il était temps. Depuis trop longtemps, ces créatures de l’enfer bardées de cuir faisaient les troisièmes couteaux dans de mauvais téléfilms, tout juste bons à se faire démantibuler par le premier héros propret venu. Les revoilà sur leurs motos avec leurs tatouages absurdes et leurs bagouzes à tête de mort. Ce sont les Samcro (Sons of Anarchy Motorcycle Club, Redwood Original), un gang créé selon la légende du club en 1969 dans un patelin de Californie, la ville imaginaire de Charming, où ils se sont évertués depuis lors à conserver en l’état ce monde qu’ils pensaient parfait. C’est la toile de fond de la formidable première saison de Sons of Anarchy, série diffusée en 2008 sur la chaîne américaine FX et signée Kurt Sutter, scénariste et producteur formé à l’école Shawn Ryan, créateur de The Shield.

Évidemment, ils ne sont plus de toute première fraîcheur, nos rebelles indomptables. Entre cheveux gris et tonsure monacale, bide proéminent et toux nicotinée, la plupart semblent plus près de la chaise médicalisée électrique que de la Harley chromée à guidon surélevé. Pourtant, ils se défendent encore très bien, prospérant dans le trafic d’armes pour les gangs de Los Angeles où, pas fous, ils ne mettent jamais les bottes. Accessoirement, ils font régner une quiétude très provinciale dans leur bonne ville de Charming, chassant à coups de mitraillette tous les requins qui s’aventurent dans leurs eaux. Les dealers de tout poil comme les promoteurs immobiliers ou les succursales de multinationales. Charming est ainsi la seule ville de cette taille en Californie à ne pas posséder de Starbuck’s, pourtant un standard local.

Un gang de bikers se définit aussi par ses ennemis, et ils ne manquent pas. Pas du côté des autorités locales puisque shérif, maire et autres notables se montrent d’une docilité compréhensible compte tenu des arguments expéditifs de la bande. D’autant que, dans cette bourgade où le temps s’est figé, tout le monde y trouve son compte, voyous comme gens respectables. Il faut regarder plutôt du côté des autres gangs, chicanos ou aryens, jaloux de cette prospérité, qui tentent de rogner le territoire des Sons of Anarchy. L’enjeu de cette première saison, dès lors, est explicite. Atteints par la limite d’âge, ces chevaliers d’une autre époque pourront-ils résister à l’ usure du temps  ?

C’est là qu’entre en scène Jax, l’héritier des Samcro. Fils du fondateur du club, il possède la beauté sauvage, la mélancolie d’un prince et le caractère ombrageux d’un loubard. Sa mère, Gemma, sorte de Marie de Médicis en cuir, s’est mise en ménage avec le président du club, ex-compagnon de route du père de Jax. Entre le prince et le régent, le climat n’est pas toujours au beau fixe, entre querelle de génération et lutte de pouvoir.

Ça rappelle quelque chose, non  ? Oui, rien moins que Hamlet. Le prince, sa mère, reine indigne, son beau-père l’usurpateur… La correspondance devient éclatante quand, dans un long travelling, on découvre le jeune Jax, juché sur le toit du garage familial comme Hamlet sur les remparts d’Elseneur, les cheveux au vent, scrutant l’horizon comme s’il interrogeait l’avenir. Car, bien entendu, il y a quelque chose de pourri au royaume de Charming. La suite des événements, shakespearienne à mort, le confirmera, baignant dans le climat délétère d’une époque qui s’achève, pleine de secrets et de trahisons, de passions coupables et de vengeances cruelles.

Une fois encore, une série bluffante vient démontrer la profondeur du réservoir à histoires que constitue la télé américaine. Ce recyclage d’un classique de la littérature revisitant au passage les vieux mythes populaires des années 50 et 60, a été la révélation de la saison dernière. Grâce à une maîtrise narrative, sans temps mort ni dissipation dans des intrigues secondaires. Mais aussi, grâce à la qualité des interprètes qui, jusque dans les rôles les plus obscurs, donnent une densité impressionnante à l’ensemble.

A commencer par Jax, remarquable Charlie Hunnam, à peine entrevu (mais remarqué) dans Hooligans de Lexi Alexander. Sa démarche, tout en roulage de mécaniques, toujours à l’extrême frontière du ridicule sans jamais y tomber, vaut à elle seule le déplacement.

Et puis, il y a aussi une collection de character actors aux tronches impossibles, suintant la dangerosité, la folie et la névrose. Ron Pearlman, plus simiesques que jamais, sorte de Lee Marvin moderne en plus tordu, forme un duo fascinant avec Katey Sagal dans le rôle de la mère machiavélique. Les autres sont à l’unisson, avec une mention spéciale pour Kim Coats, brute au regard dément, capable de la pire monstruosité à tout instant.

Une fois avalée la première volée de ces treize épisodes, chacun sera très heureux d’apprendre qu’une deuxième saison est actuellement en cours de diffusion aux Etats-Unis.

Paru dans Libération du 9 octobre 2009


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