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dimanche 11 janvier 2009 17:27

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Tournoi de Koh-Koh

Télé-réalité. La crème des candidats des précédents « Koh- Lanta » s’affronte au chaud en Amazonie.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : télé-réalité

« Lélélélélé » - DR

C’est ici, dans cet article écrit à la dure et imprimé sur des feuilles tranchantes comme des rasoirs, que, défiant les dangers de la diffamation comme leur ont enseigné les chamans du journalisme au cours d’énigmatiques cérémonies aux rites ancestraux, deux aventuriers de la télévision vont vous faire partager une expérience de vie inédite, à peine abrités dans le baobab de béton de Libération que lèchent encore d’extraordinaires congères d’un blanc virginal, témoins muets de la rudesse de l’hiver parisien. Là, il y a schisme de lecteurs : les uns se mettant aussitôt à chanter « Lélélélélé » tandis que les autres s’alarment de la soudaine dérive stylistique de leur quotidien préféré. Relax, les vioques : c’est juste Koh-Lanta. Oui, Koh-Lanta, son générique qui fait « Lélélélélé » et le style ineffable de son présentateur, Denis Brogniart, quand il décrit en voix off le lieu où se déroule l’aventure : « Cette jungle à la fois refuge et mère nourricière pour les Indiens est un danger permanent pour qui ignore ses secrets et ne respecte pas ses lois. » Bon d’accord, mais Koh-Lanta en janvier… Eh bien oui, la télé-réalité à base de survie, d’élimination de ses congénères et d’ingestion de vers blancs fait une incursion au cœur de l’hiver pour une édition des plus particulières puisque ce Koh-Lanta : le retour des héros réunit, dès mardi à 20 h 50 sur TF1 et au milieu des caïmans amazoniens, quatorze candidats des saisons précédentes. Là, les lecteurs, qui chantaient « Lélélélélé » se taisent soudain pour, de joie, se tortiller tels de petits vers blancs. Les autres… Ben les autres, vous n’avez qu’à lire.

Guide de Survivor

Inutile de se torturer le totem pendant trois heures : Koh-Lanta, c’est comme le Paris-Dakar ou Pékin Express, ça ne se passe pas à Koh-Lanta. L’émission a juste gardé le nom du lieu de tournage de la première saison, en 2001, un groupe d’îlots au large de la Thaïlande. A l’époque, ça portait un nom un peu bêbête : les Aventuriers de Koh-Lanta, et un animateur qui ne l’était pas moins, Hubert Auriol. C’est que, souvenez-vous de 2001, cette préhistoire, en avril, la télé-réalité débarque en France avec Loft Story adapté de Big Brother : tourbillon médiatique, baston entre TF1 et M6, le PDG de la Une dénonçant sans rire la « télé-poubelle » de la Six. Et puis, en août, voilà que TF1 dégaine Koh-Lanta, la version française de l’autre concept-phare de la télé-réalité, Survivor : une poignée de candidats livrés à eux-mêmes sur une île déserte doivent survivre par leurs propres moyens et éliminer les rivaux un à un. En fait, l’émission est née en 1997 en Suède sous le nom d’Expédition Robinson, mais c’est la version américaine qui en fait un phénomène. Peu à peu, elle s’adapte partout dans le monde, à l’étrange exception du Royaume-Uni qui n’a connu qu’une saison.

Sur TF1, dès 2002, Denis Brogniart succède à Auriol et la courbe de Koh-Lanta s’envole - en 2008 encore, l’émission réunissait près de 7 millions de téléspectateurs chaque semaine en plein été. « Dix ans après son invention, explique Bertrand Villegas, patron de la société The Wit qui observe les programmes du monde entier, le concept de Survivor est toujours l’étalon-or de la télé-réalité avec la recette suivante : isolation, cohabitation, élimination. » Aux Etats-Unis, on use ainsi deux saisons de Survivor par an, avec des aggiornamentos plus ou moins farfelus dont, en 2006, une division par équipes selon la couleur de peau qui crée la polémique. En Italie, c’est la version célébrités qui déplace les foules dont la dernière session a vu un ex-député communiste transsexuel remporter le pompon. Scandale : un communiste ! Enfin, Survivor a essaimé dans toute la télé, de la série Lost, qui en est clairement inspirée, à l’Ile de la tentation. Où il n’est pas question, cette fois, d’allumer le feu en frottant des brindilles revêches, mais d’allumer des brindilles siliconées pour s’y frotter.

Ils sont venus, ils sont tous là

Des quatorze candidats qui ont gentiment accepté (moyennant une rondelette prime de confidentialité afin qu’ils n’aillent pas vendre la mèche de l’issue du jeu déjà enregistré) de briguer les 100 000 euros promis au vainqueur, un se détache. Moundir, évidemment, qui défraya la chronique de Koh-Lanta 3 en lançant des imprécations exotiques vers les cieux panaméens et une de ses coturnes : « Tu vas voir, fille ou pas fille, je vais te déchirer, pourriture ! », « Ferme ta race ! », « Sorcière, queue fourchue ! » Oui, car une candidate avait commis l’irréparable en rapportant aux autres concurrents l’ambition de Moundir de remporter le gros lot. Effectivement, une vraie queue fourchue… Aujourd’hui, Moundir est apaisé (1) et s’est tricoté un look de gourou de la secte Aum des plus seyants.

Dans la select brochette d’ex, la quasi-totalité des anciens gagnants et quelques figures du jeu. Ainsi Catherine, catho bon teint qui, dans Koh-Lanta 4, avait fait sérieusement flipper le téléspectateur. Pour se motiver lors d’une épreuve, elle s’était un jour mise à hurler, façon Shining, le prénom de ses filles : « Clothilde, Aurélie, Constance ! CLOTHILDE, AURELIE, CONSTANCE ! » Dans le genre, on retrouve aussi Jean-Luc, du premier Koh-Lanta. Allure du Kurtz d’Apocalypse Now, l’homme évoluait en solitaire, de préférence la nuit, et boulottait des crabes vivants. Huit ans après, Jean-Luc reste inquiétant quand, seul dans la jungle, il pousse des cris de singe. On regrettera évidemment l’absence de Raphaël, véritable monstre de foire de Koh-Lanta 4, qui pêchait des requins à main nue. C’est que l’homme, à l’instar de nombreux candidats de télé-réalité, poursuit TF1 en justice pour voir sa participation requalifiée en contrat de travail. La jungle, quoi.

Concentré, c’est plus musclé

Bref, TF1 a mis les grands plats dans les super grands. A côté de ce Koh-Lanta-là, les autres éditions, c’était du camping sauvage à l’île d’Oléron : la crème des candidats qui regroupe les gagnants (François-David, Clémence, Jade, Amel, etc.), les gros-baroudeurs-qui-construisent-la-cabane-avec-leur-bite-et-leur-couteau-mais-qui-gagnent-jamais (Jean-Bernard, Tony, Jean-Luc) et les grandes gueules (Moundir, Filomène, Catherine…). Même exigence pour le décor : une jungle infestée de toutes les vermines possibles (sadiques caïmans, maousses mygales, féroces jaguars et ondoyants anacondas) et une météo qu’on peut objectivement qualifier de merdique.

Denis Brogniart, lui, est à son acmé. Raide comme un Playmobil, l’index martial, le commentaire survitaminé. Vous auriez dit que François-David est un jeune gandin ? Amateurs… Pour Denis, c’est un « sémillant et avenant escrimeur médiéval ». Vous auriez qualifié Jade de jeune femme sportive ? « L’amazone aux yeux de braise », rectifie Denis. Et ce Romuald qui vous semble avoir reporté sa matière grise dans les biscoteaux ? Non, c’est « le sympathique professeur de fitness ». Un concentré de Koh-Lanta, en somme, jusque dans les épreuves : dès les premiers instants, ouste, deux candidats sont éjectés (qu’on n’a pas le droit de dire, on a promis à TF1, OK on s’en fout, c’est TF1 après tout, bon d’accord, on dit rien). C’est qu’en 21 jours au lieu de 40 d’ordinaire, on n’a pas le temps de faire du sentiment, ni de tourisme. Quelques instants après le « Lélélélélé », ça y est, on s’empaille, on se frite et on fomente des alliances. A peine pire que le saut à l’élastique entre collègues et le séminaire d’entreprise, Koh-Lanta, c’est caïman la vie de bureau.

(1) Faut-il rappeler son amourette post-Koh-Lanta avec Diana de l’Ile de la tentation, qui tourna mal ? Souvenons-nous que Moundir avoua alors « avoir profané des menaces contre elle » du fait que la belle eut, en annonçant leur rupture à la télé, « atteint (s)on alter ego ».


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