mercredi 16 novembre 2011 10:43
Tous en réseaux, pourvu que sociaux !
par Pierre Marcelle
tags : applications , open data
Bien sûr, il y a Copwatch (« Surveille les flics »), site militant d’observation des mœurs policières et d’identification des baveurs récidivistes — forcenés contrôleurs d’identité au faciès et zélateurs du menottage au sang et à l’os. C’est l’intérêt des smartphones, plus discrets que l’antique caméra vidéo, de donner au citoyen l’impression que lui aussi peut fliquer flics et fliqueurs, et l’illusion que l’ordre libéral des « Face de bouc » et autres trafiquants de données privées se distribue équitablement. Car derrière Copwatch, il y aurait, dans une version light de celui-ci, 100 façons d’être citoyen et moderne, par le biais des petits boîtiers bons à tout. Ainsi de Checkmymetro (« Contrôle mon métro », avec toujours cette obsession d’anglicisation), autre objet de réseau visant, celui-là, à rendre compte des aléas du réseau ferré urbain. Le machin fait actuellement parler de lui à propos d’une polémique avec la RATP, dont il aurait sans autorisation, et au nom d’un démocratique open data, reproduit le plan des lignes ; la Régie, faisant valoir sa propriété intellectuelle, couine un peu, mais cette petite bistouille n’est pas notre objet. Notre objet, c’est la capacité de Checkmymetro à flirter avec une illégalité, sous couvert de civisme et d’harmonisation du monde (de « gentillesse », comme on disait ce dimanche). Comme Coyote, système (cher payant, celui-là) de signalisation des radars sur le réseau routier affichant l’objectif vertueux d’une fluidification du trafic au nom de la sécurité routière, Checkmymetro ne prétend qu’à enchanter nos transports sous-terrains en signalant ici un retard, là un talentueux musicien de sous-sol, quand sa fonction véritable, mais à peine dicible, est de traquer le contrôleur : c’est ça qui fait du clic et la viabilité de l’entreprise, sans toutefois pouvoir ouvertement se revendiquer, mais qu’un libéral understatement encourage : le ministre Besson (ex-Identité nationale, aujourd’hui Economie numérique) a lui-même tancé la réticence de la RATP à l’open data, donnant de la sorte un commencement de légitimité au site aspirant au statut jackpot de « réseau social ». La différence entre Coyote ou Checkmymetro, d’une part, et Copwatch de l’autre, c’est que les uns sont agréés (ou tolérés, ce qui revient au même), et l’autre, pas. Paru dans Libération du 15 novembre 2011
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