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mercredi 23 septembre 2009 19:46

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« Tout le monde prédit la mort du papier, donc on y va ! »

Xavier Monnier, fondateur de Bakchich.info et directeur de la rédaction de « Bakchich hebdo », s’explique sur le lancement ce mercredi dans les kiosques de la déclinaison papier hebdomadaire du site de « journalisme d’investigation satirique ».

par Philippe Brochen

tags : presse , journalisme

« Bakchich hebdo »

Tout le monde prédit la mort du support papier pour une migration sur le Net. Vous faites le chemin inverse. Pensez-vous que vous aviez raison avant tout le monde, mais trop tôt, ou qu’au contraire le Web ne sera jamais viable économiquement pour l’information ?
On fait ça par pur mauvais esprit. Tout le monde prédit la mort du papier, donc on y va... Non, plus sérieusement, on tatonne car il n’y a pas de modèle économique qui fonctionne pour les sites d’info. Mais nous, à la différence de sites adossés à des rédactions papier, on n’a pas le temps d’attendre. Alors on essaie des trucs, sans pour autant être idéologues.

Quelles sont vos ambitions et vos craintes avec Bakchich hebdo ?
Notre ambition, c’est de nous faire davantage connaître et de rentrer de l’argent frais. La difficulté, aujourd’hui, c’est de pas perdre sur le papier l’esprit qu’on avait sur le Net. Mais on est assez confiants et contents de ce premier numéro.

Combien avez-vous levé d’argent pour ce projet papier ?
On a recapitalisé à hauteur de 150.000 euros, essentiellement grâce à Jean-Jacques Copé, un homme d’affaires belge qui est de nos actionnaires historiques.Mais je précise qu’il n’a rien à voir avec Jean-François Copé [président du groupe UMP à l’Assemblée, ndlr] !

Qu’est ce qui a manqué économiquement à Bakchich.info par rapport Rue89 ou de Slate, autre pure players gratuits ?
Nous nous sommes lancés sans rien en 2006. Enfin, sans gros investisseurs. Nous étions trois journalistes de 24 ans dont l’unique ambition était de sortir de l’info. Et sur le Net, ça ne coûte que de l’énergie. Après l’année 2007 et le lancement de Rue89, il y a eu une mode de l’info sur Internet.

Cet été, vos rentrées publicitaires se montaient à 2.000 euros par mois. C’est effectivement un peu juste pour faire vivre une rédaction. Combien vous rapportait mensuellement la pub dans vos mois les plus fastes ? Et quelles étaient vos autres rentrées financières ?
Entre 6000 et 8000 euros de pub dans les bons mois, entre 7000 et 8000 euros avec nos 2000 abonnés, 15000 euros dans la vente de contenu à d’autres médias écrits (Siné hebdo, le quotidien breton Le Télégramme, la société SCPE qui édite Entrevue, Guts).

Le modèle économique du Web n’a pas réussi à Bakchich.info. Pourtant Bakchich hebdo consacre quatre pages à l’actualité de la Toile. Vous n’êtes pas rancuniers...
Non, nous le sommes pas, car il ne faut pas oublier d’où on vient. Et puis il y a des trucs super intéressants sur le Net. Alors autant en parler et faire du décryptage de ce que l’on trouve. Comme pour tous les médias, il a du bon et du moins bon sur le Net.

Votre premier numéro ne contient pas de pub. Est-ce par choix dogmatique, comme vos confrères du Canard enchaîné ?
S’il y a des annonceurs qui se présentent, on discutera. Nous ne sommes ni dogmatiques, ni idéologiques. Mais la question ne s’est juste pas posée pour le premier numéro.

Comment qualifiez-vous votre journalisme ? D’investigation ou de commentaire ?
Nous faisons de l’investigation satirique. Un peu à l’image du Canard, mais avec un ton et une histoire différente.

Avez-vous étoffé votre rédaction pour créer Bakchich hebdo ?
Pas beaucoup, même si quelques jeunes journalistes nous ont rejoints. Aujourd’hui, nous sommes une quinzaine à plein temps.

Jeunes, car ils ne coûtent pas cher ?
Parce qu’ils sont mordants, prêts à se défoncer et qu’ils n’ont pas de coteries à protéger. "On y va", c’est notre seul mot d’ordre.

Pourtant, l’investigation est supposé être un journalisme de professionnels expérimentés, avec de nombreux contacts et sources ?
On creuse, on essaie d’avoir des nouveaux contacts, mais, surtout, on bosse beaucoup. Depuis trois ans, on s’est fait un carnet d’adresses assez intéressant. Car les gens voient que quand ils nous fournissent une info, on ne la garde pas parce qu’elle peut gêner untel ou untel. Car on ne roule pour personne. Alors nos informateurs se disent qu’on ne va pas biaiser leur histoire ou la déformer.

Dans Libération d’aujourd’hui, vous parlez d’« opération de la dernière chance ». Qu’est-ce à dire ?
On va le savoir très vite au résultat des premiers numéros. Mais vous savez, on a connu beaucoup d’opérations de la dernière chance à Bakchich en trois ans. Sur le plan journalistique, les premiers retours sont bons. Mais on n’a pas envie de rester un succès d’estime.


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