mercredi 26 mai 2010 17:30
Trafics en stock et indic à docks
par Isabelle Hanne
tag : France 2
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Le Repenti, téléfilm d’Olivier Guignard épisode 1/2, ce soir à 20 h 35 sur France 2. Matthias était bien tranquille, planqué en Italie. Il avait changé de pays, changé de vie, de job, d’identité, et même de visage, après plusieurs opérations de chirurgie plastique. Dans sa vie d’avant, il s’appelait Alexis, avait une femme et un fils, et faisait des trafics pas clairs sur les terminaux du port de Dunkerque. Six ans plus tôt, quand il était docker-magouilleur, il avait balancé son patron mafieux et meilleur ami, Victor Fontanel, en échange de son immunité. Mais avant son arrestation, le patron lui avait fait la totale : brûlé vif, une balle dans la poitrine, et laissé pour mort. Mais voilà que six ans plus tard, la juge Delphine Baron (Elisabeth Vitali) vient le sortir de sa planque. « La Baronne » lui promet de mettre fin à son assignation à résidence s’il infiltre, grâce à sa nouvelle identité, l’organisation criminelle à laquelle il appartenait. Pour enfin réduire à néant les trafics des Manutentions du Nord. Le repenti retourne à Dunkerque, parvient à se faire embaucher aux Manut’, gagne la confiance du patron, et devient « aviseur », informateur de douanes, payé par l’Etat et protégé par la justice. Surtout, il retrouve sa femme et son fils, qui le croient mort et enterré depuis des années. Le Repenti, dont la première partie est diffusée ce soir, présente des invraisemblances évidentes. Matthias a certes changé de visage, mais ne pas être reconnu par son épouse et son propre fils, tout de même… On regrette également le basculement un peu trop franc du thriller à la tragédie familiale, le premier étant bien plus captivant que la seconde. Mais l’ensemble est bien défendu par la belle réalisation d’Olivier Guignard (Un village français, Vénus et Apollon), et surtout par le travail d’ambiance, résultat d’une longue immersion de l’équipe sur les docks de Dunkerque. Belles couleurs, intelligence du cadre et décors ultra-soignés, la mise en scène sait tirer parti de l’esthétique du port industriel. Grues, conteneurs colorés et rouillés, mouettes et mer grise servent bien cet âpre polar, cette plongée dans la « famille » de la mafia du port, avec bagarres, magouilles et luttes de pouvoir pour le contrôle des terminaux. Le tout dans un monde où la loyauté n’est pas un vain mot, où « fils de pute » est un compliment et où l’on se gratifie de viriles embrassades. Mais la force de cette fiction repose surtout sur l’ambivalence de ses personnages. Sur les dockers forts en gueule, méchants et touchants à la fois. Sur la juge, prête à jeter son indic en pâture sous prétexte de faire régner l’ordre. Sur Victor Fontanel en parrain formidable (l’excellent Aurélien Recoing de l’Emploi du temps de Laurent Cantet), qui peut menacer de son flingue et embrasser le même homme dans la minute. Et dans le rôle de Matthias-le repenti, un Bruno Debrandt aux petits oignons (le commissaire Brémont de la série de Canal+ Engrenages), muet et persuasif, violent et amoureux. Un héros avec du sang sur les mains, qui reprend vite goût à la magouille. Car le Repenti est fataliste : nous sommes tous condamnés à répéter nos erreurs. C’est même Matthias qui le dit : « Plus ça recommence, et plus c’est pareil. » Paru dans Libération du 26/05/2010
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