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mercredi 15 octobre 2008 11:34

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Trip aux tropiques

Blaxploitation. Le soldat Ben Stiller saute sur Hollywood.

par Bruno Icher

DR

Tonnerre sous les tropiques, de Ben Stiller, avec Ben Stiller, Robert Downey Jr., Jack Black... 1h48.

Avant même la sortie de Tropic Thunder aux Etats-Unis, le film avait déjà fait l’objet de deux plaintes. Preuve que l’on peut encore choquer en essayant de faire rire. L’une émanait de Louis Farrakhan, le leader de Nation of Islam, qui condamnait le fait qu’un acteur blanc (Robert Downey Jr.) y interprète le rôle d’un homme noir. Une grosse ânerie, mais il n’avait pas encore vu le film. La seconde, plus furieuse, était un appel à boycotter le film lancé par plusieurs associations de défense des handicapés mentaux, parce qu’on s’y moquait cruellement des « débiles » (« retarded »).

Ben Stiller, dans les deux cas, a dû s’expliquer longuement pour calmer le jeu. Dans la foulée, il a également été obligé de nier toute ressemblance volontaire entre le personnage de Tom Cruise, auteur d’un numéro ahurissant d’obscénité de patron despotique de studio, et un quelconque producteur existant. Selon lui, il ne s’agit pas de la caricature d’Harvey Weinstein, le fondateur de Miramax connu pour son langage fleuri et ses accès de colères démentes, et encore moins de Sumner Redstone, le patron de Viacom CBS, moins spectaculaire, mais responsable de l’éviction de l’acteur scientologue de la Paramount. « Ces polémiques avant la sortie du film ont été très virulentes, mais personnellement, je fais en sorte de ne pas me laisser atteindre. A propos de l’appel au boycott, je sais ce que je pense des handicapés mentaux et je n’ai aucun problème avec ça. Il n’y a rien d’insultant à leur égard », se défend Ben Stiller, rencontré à Paris.

Bref, Tropic Thunder, avec ses airs de pochade grand format, n’est pas seulement une bonne vieille parodie de film de guerre avec clins d’œil épais mais drôles à Platoon, Full Metal Jacket ou Apocalypse Now. Ce qui, au passage, est déjà assez couillu dans un pays où la question du Vietnam est rarement abordée sur le mode de la gaudriole. Le film de Ben Stiller est surtout un règlement de compte d’une rare férocité avec Hollywood, dépeint comme le symposium permanent de la vulgarité milliardaire, de l’ignorance et du cynisme.

Pour décrire le panier de crabes, Tropic Thunder fait le récit du tournage catastrophique du « plus grand et plus cher film de guerre jamais tourné » dans la jungle thaïlandaise, où trois acteurs à la ramasse tentent de relancer leur carrière en rivalisant de cabotinage honteux. Rien ne manque à la représentation grotesque de cette machinerie psychotique, depuis le réalisateur (anglais, c’est à la mode) qui fait son petit maître, le conseiller spécial (Nick Nolte en ex-Béret vert amputé des deux mains qui a écrit le livre définitif sur le Vietnam), les effets pyrotechniques dantesques ou l’équipe pléthorique de parasites... Rappelons que Stiller avait brocardé avec une même joie iconoclaste le milieu de la mode dans le chef-d’œuvre paradoxal Zoolander. Avec une méchanceté poilante, Stiller se paie une galerie de portraits qui sentent bon le vécu, le traitement le plus sévère revenant aux acteurs. L’un (Stiller lui-même) est une vedette de films d’action en perte de vitesse qui vient de subir un échec cuisant avec le film Simple Jack, l’histoire d’un déficient mental maltraité qui parle aux animaux de la basse-cour. D’où l’irritation des associations précédemment citées. L’autre est un acteur australien blond aux yeux bleus (Robert Downey Jr.), adepte forcené de la méthode de l’Actors studio, qui tient le rôle d’un sergent noir. Il est tellement dans son rôle qu’il parle comme un pimp époque Blaxploitation et, cerise sur le gâteau, a eu recours à la chirurgie lourde, se faisant teindre définitivement la peau. Le troisième (Jack Black) est un comique qui a fait fortune dans une série de films où il tient tous les rôles (Eddie Murphy a dû adorer) et dans lesquels chaque ligne de dialogues est ponctuée de pets tonitruants. Une chute brutale de sa popularité l’a fait basculer dans l’usage massif de drogues dures, ce qui donne quelques moments d’anthologie.

« J’aime les acteurs, se défend Ben Stiller, l’une des stars les mieux payées d’Hollywood. C’est un milieu névrotique, où les egos sont surdimensionnés et où la perception de la réalité n’est parfois plus totalement cohérente. Nous avons tous tendance à nous prendre très au sérieux et je crois que cela ne nous fait pas de mal de nous moquer de nous-mêmes de temps en temps. » Ben Stiller, un genre de situationniste rigolo, n’épargne pas non plus les spectateurs. Ceux-là même qui, entre deux seaux de pop-corn, avalent sans barguigner les films qui sont ici parodiés. Une façon de chatouiller le public mainstream à rebrousse-poil en suggérant qu’il a un peu trop tendance à se laisser berner par des conneries au kilomètre.


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