jeudi 23 décembre 2010 10:51
« Tron : legacy », délit de suite
tag : science-fiction
Vroum - DR
De notre correspondant à New York Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas vu cela. Trois ans de campagne marketing, 100 millions de dollars (76 millions d’euros) dépensés en promotion, des jeux vidéo déclinés sur toutes les consoles pour Noël, un dessin animé déjà réalisé en parallèle (dix épisodes pour Disney Channel), des nouvelles attractions pour les parcs à thèmes de la major, et, bien sûr, Jeff Bridges en invité vedette sur toutes les chaînes de télé américaines depuis déjà plusieurs semaines. En termes hollywoodiens, Tron : Legacy, sorti le 17 décembre sur les grands écrans d’outre-Atlantique et qui ne déboulera en France qu’en février pour raison d’encombrement des salles, est ce que l’on appelle le pari de l’année. Un film en 3D à grand spectacle et à gros budget (170 millions de dollars rien que pour la réalisation) destiné à faire exploser le box-office pour rapporter un maximum de dollars aux studios, en l’occurrence Disney, qui tente de créer une franchise aussi rentable que Pirates des Caraïbes. A défaut d’avoir complètement réussi son coup, il faut ainsi reconnaître à Disney le courage d’avoir pris le risque de se lancer dans la suite du premier Tron, sorti en 1982 et qui avait fait un flop face à un concurrent sérieux, le E.T. de Steven Spielberg. Avec, de surcroît, un réalisateur totalement inconnu aux commandes, Joseph Kosinski, 36 ans, tout droit venu du monde de la publicité.
Il y a trente ans, le film s’attardait sur Kevin Flynn, un pirate informatique (déjà joué par Jeff Bridges) qui se retrouvait soudain plongé dans l’univers numérique qu’il avait lui-même créé. Aujourd’hui, Tron : Legacy reprend où l’original s’était arrêté. On revoit Bridges dire au revoir à son fils Sam avant de disparaître. Puis on est projeté plusieurs années plus tard. C’est évidemment Sam, devenu l’héritier malgré lui de l’empire technologique crée par le paternel, qui va reprendre le flambeau. Sam, donc, va se retrouver lui aussi au beau milieu de cet univers parallèle, baptisé « the grid » (la grille) et où les acteurs sont tous des programmes destinés à se massacrer les uns les autres dans des jeux de cirque façon nouveau millénaire. L’histoire est aussi légère qu’une puce informatique. Sam, évidemment, est réunifié avec son père. Il a même droit à plusieurs versions du personnage puisque les avatars numériques que Flynn avait créés à son image à l’époque sont toujours là et n’ont pas vieilli. Pour l’occasion, les techniciens du film ont recréé une image numérique de Jeff Bridges, pour lui faire le visage lisse des premiers jours. Mais le film déçoit paradoxalement là où on l’attendait le plus. Malgré les lunettes 3D bien fixées sur le nez pendant plus de deux heures, on a du mal à être impressionné par les effets spéciaux. L’univers de Tron : Legacy semble être resté figé trente ans en arrière, là où Tron était une sorte de blockbuster avant-gardiste. Comme un vieux jeu vidéo qu’on aurait remisé dans une boîte et qu’on aurait soudain ressuscité. « The grid » se résume à un ensemble de lignes mouvantes sur fond noir. Les bons ont tous des combinaisons sombres bardées de lignes blanches, les méchants sont en orange. Pour le reste, pas grand-chose. Si ce n’est les apparitions de la belle Quorra en latex (Olivia Wilde, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, aperçue dans la série Docteur House) pour épicer un peu l’affaire.
Tout cela n’a pas échappé à la presse américaine, qui s’est montrée peu enthousiaste sur le film. « Disney est revenu avec une suite dotée de beaucoup moins de couleurs et d’imagination cinématographique », a résumé le New York Times, qui ajoute : « Deux fois plus de Jeff Bridges ne veut pas dire pour autant deux fois plus de fun. Quelle déception ! » Seul Wired a fait sa une sur le film. Mais le magazine des nouvelles technologies s’attarde davantage sur le travail réalisé depuis plusieurs années par l’équipe de Disney chargée des effets spéciaux plutôt que sur le résultat. Au final, Tron : Legacy manque tout simplement d’imagination, là où le premier Tron laissait entière la promesse d’un « cyberespace » fabuleux et sans limite. Les trop rares bonnes phrases lâchées par Bridges à l’intention de son rejeton turbulent (« Là, petit, tu fous vraiment la merde dans mon truc zen ») ne suffisent pas à emporter le morceau. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’Amérique n’aimera pas le film et n’achètera pas les jeux vidéo. A voir l’épilogue, il est clair en tout cas que « la suite de la suite » de Tron fait déjà partie des projets de Disney. Pour l’heure, le premier Tron se négocie en DVD à 200 dollars sur Amazon [en version originale ultra collector, ndlr], et un projet de réédition ne semble pas la préoccupation première des décideurs du studio. Paru dans Libé du 22/12/2010 Lire aussi : Daft Punk, Bo Bof
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