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samedi 8 juillet 2006 11:51

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Trop con, trop bon

Premier film des frères Farelly, « Dumb and Dumber » raconte le périple de deux débiles profonds. Une comédie qui touche à la métaphysique (si, si) avec Jim Carrey à ses débuts.

par Alexis Bernier, Didier Péron

DR

Coffret « Dumb and Dumber » DVD Metropolitan, 20 euros.

« Edition prestige », « version longue non censurée et remastérisée », ce « chef-d’oeuvre humour frappadingue » n’en méritait pas moins. Dumb and Dumber permet de départager ses proches entre deux camps bien distincts : ceux qui ont les capacités suffisantes pour apprécier la drôlerie métaphysique de cette comédie en apparence un rien vulgaire et les autres. Faites le test avec votre conjoint(e) : il y a, hélas, fort à parier qu’il (ou elle) fasse partie des autres.
Tourné en 1994, c’est à la fois le premier film des redoutables frères Farelly (futurs réalisateurs des facéties aussi glorieuses que Mary à tout prix ou Fou d’Irène) et les débuts sur grand écran du pitre grimaçant Jim Carrey. Si la sortie française n’a provoqué qu’un embarras légèrement condescendant pour ce qui, à l’époque, apparaissait comme le signe évident de l’abrutissement terminal des masses américaines, Dumb and Dumber (« Con et plus con encore ») connut un succès fracassant au pays de Mickey. On peut affirmer aujourd’hui que la France, une fois de plus, avait tort et que l’Amérique était visionnaire.
Entre road-movie et roman d’apprentissage, le film suit les pérégrinations picaresques de deux débiles profonds, Harry et Lloyd, en qui chacun se reconnaîtra un frère (ou deux). Après avoir merdouillé leur grand projet commun de créer un élevage de lombrics domestiques baptisé I Got Worms (« J’ai des vers »), ils se retrouvent embringués dans une course-poursuite transcontinentale en direction de la station de ski huppée Aspen. Partis à bord d’une camionnette recouverte d’une atroce moumoute en poils de chien, ils finiront leur odyssée enlacés sur une trottinette à moteur, parcourant, frigorifiés, les derniers kilomètres de montagne en se faisant pipi dessus pour tenter de se réchauffer. On mesure à l’aune de ce gag humide la portée de l’humour des frères Farelly. Il faut d’emblée avertir ceux qui se sentent déjà mal à l’aise qu’ils doivent renoncer non seulement au film mais à la lecture de cet (important) article. Puisque, parmi les bénéfices de cette version non censurée, on trouve un montage plus long de la scène déjà fameuse dite de l’overdose de laxatif. Faut-il en dire d’avantage ? Pour aller vite, signalons que l’amusant Lloyd (Jim Carrey) a versé un flacon d’un puissant déconstipant dans le cocktail de son copain Harry (Jeff Daniels, dans son meilleur rôle) avant un rendez-vous amoureux. On vous laisse imaginer la suite. Tout le génie des frères Farelly est de transcender ce fonds scato potache typique de la comédie américaine (American Pie, Polly et moi, etc.) en ne fixant aucune limite à la surenchère. On ne voit guère que le Blake Edwards de la Party, Boires et déboires ou Elle pour les précéder sur ce terrain glissant.
En bonus pour nos derniers lecteurs, une scène finale injustement coupée du montage officiel où, à la question de leur perspective existentielle, Harry répond : « On n’a aucune qualification et on vit en marge de la société. » Et Lloyd de poursuivre : « On pourrait devenir critiques de cinéma. » Qu’on les embauche !


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  • Trop con, trop bon

    30 avril 2007 10:58, par Luc
    Bravo Didier Péron, vous etes pour moi le digne successeur de Francois Forestier, meme quand vous etes serieux (cf article du 30 avr 07 sur spiderman 3). Quel style d’ecriture !

 

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