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lundi 29 septembre 2008 10:56

  • télévision

Tunnel sans pub pour Channel 4

Télé. En mal d’annonceurs, la chaîne publique pourrait partager la redevance avec la BBC.

par Jean-Hébert Armengaud

tags : publicité , Royaume-Uni , BBC

Deux ex-candidats de Big Brother, la télé-réalité phare de Channel 4. Photo WENN.SIPA

De notre correspondant à Londres

« Exclusif : même Big Brother, la télé-réalité préférée des Anglais, risque d’être viré [de l’antenne] », s’est inquiété le Daily Star. C’est dire si l’heure est grave outre-Manche. Le tabloïd s’est trompé, mais peu importe  : l’heure est effectivement grave pour Channel 4, la chaîne britannique publique (mais financée exclusivement par la publicité) flinguée par l’effondrement du marché publicitaire.

Channel 4 vient d’annoncer qu’elle allait sans doute devoir supprimer 150 emplois sur 1 000 et couper dans son budget de programmation, d’une hauteur totale de 600 millions de livres en 2008 (755 millions d’euros). Que le lecteur du Daily Star se rassure  : Big Brother (la VO de Loft Story ou Secret Story), tous les soirs en prime-time du jeudi au dimanche sur Channel 4, n’est pas dans la ligne de mire des financiers – même si, par ailleurs, la célèbre émission perd de l’audience de saison en saison. Au contraire : Channel 4 souhaite plutôt rogner dans ses programmes à gros budgets qui figurent dans ses obligations de service public (documentaires, chères fictions maison, infos...) Fini, peut-être, les samedis soirs consacrés à la science ou à l’histoire.

La même semaine, l’Ofcom, l’organisme de régulation de l’audiovisuel britannique (l’équivalent du CSA), entamait deux mois d’auditions et ­d’enquêtes pour rédiger un rapport sur l’avenir d’un secteur chamboulé, et le préparer au big bang de 2012, date prévue pour la suppression du réseau hertzien analogique et le basculement sur le tout-TNT, donc avec une concurrence exacerbée pour les chaînes généralistes actuelles.

Pour sauver Channel 4, l’Ofcom n’exclut pas, parmi d’autres pistes envisagées, de proposer au gouvernement une vraie révolution  : piocher dans l’immense tirelire de la redevance –3,4 milliards de livres annuels (4,3 milliards d’euros)– qui vont actuellement dans la seule poche de la BBC.

Car la petite chaîne britan­nique est un cas à part dans l’audiovisuel européen, depuis sa création en 1982. Elle appartient à l’Etat mais doit s’auto­financer. Avec 8 % environ de parts de marché, elle cherche aujourd’hui sa place dans le paysage de la télé hertzienne entre le secteur public (BBC1, BBC2) et le privé (ITV, Five). Dépendante de la pub, mais soumise à un cahier des charges – programmes éducatifs, docus d’actualité, quotas de production made in ­England...

L’histoire avait plutôt bien commencé, Channel 4 se positionnant comme la chaîne du cinéma anglais (elle a produit ou coproduit Stephen Frears, Ken Loach, Mike Leigh…). Depuis, la concurrence pour le gâteau de la pub s’est envenimée, sur le réseau hertzien –avec la naissance de Five, en 1997–, le câble, le satellite puis Internet. Channel 4 a contre-attaqué en multipliant les programmes à fort potentiel d’audience, en tentant la surenchère avec les chaînes privées, notamment sur la télé-réalité un peu cheap. Genre Supersize vs Superskinny, où une quasi-anorexique et une quasi-obèse doivent cohabiter en échangeant leurs ré­gimes... Ou encore Make Me a Christian où un prêtre anglican veut remettre sur le « droit » chemin de jeunes brebis « égarées » (égarées parce que lesbiennes ou athées  !)

Cette course à l’audience n’a pas empêché la chute de la publicité, particulièrement ces derniers mois, marqués par la crise économique qui frappe le Royaume-Uni plus que n’importe quel grand pays européen. Selon les chiffres de la chaîne, les recettes publici­taires ont baissé de 17 % ces douze derniers mois.

Du coup, Channel 4 est revenue à la charge auprès des autorités de régulation et du gouvernement  : elle veut avoir accès à un financement public, réclame entre 60 et 100 millions de livres annuels d’ici à 2012, via la manne de la redevance (175 euros par an par foyer) sur laquelle veille jalousement la BBC, la « Beeb ».

« La redevance n’est pas une tirelire d’urgence, a grogné récemment Michael Lyons, le président de la « Beeb ». Elle appartient à ceux qui la paient, ce n’est pas un bas de laine du gouvernement ou des régulateurs. » Sauf que l’idée de « saucissonner » –selon le mot de la BBC– les fameux milliards est bel et bien à l’étude à l’Ofcom, même si c’est le gouvernement qui devra décider en dernier recours, l’an prochain. « C’est une priorité de clarifier à l’avenir le rôle et le modèle économique de Channel 4 », explique-t-on à l’organisme de régulation. Mais pas seulement  : l’Ofcom estime aussi qu’il faudra alléger les obligations publiques des chaînes privées –elles en ont aussi, notamment en matière de décrochages régionaux d’info. Car les concurrents de Channel 4 ne sont pas non plus brillants financièrement  : il y a une semaine, après des mois de baisse des cours de son action, ITV a ainsi été ­automatiquement « sortie » du Footsie, le Top 100 des entreprises cotées à la Bourse de Londres...

Paru dans Libération du 29 septembre 2008


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